‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 14 sur 185 · Ctialeaubnand et son groupe, t. U, p · texte numérisé non relu

Ctialeaubnand et son groupe, t. U, p

26 SAINTE-BEUVE Eï CHATEAUBKIAND

le mal se mêlent en nous et dans nos œuvres, l'un faisant pardonner Tautre. Voilà un homme qui a longtemps vécu, et parmi des périls sans nombre, dont sa vertu n'a pas triomphé toujours. 11 ne fait guère que porter, après tout, le commun fardeau de la faiblesse humaine. Mais, pour le malheur de sa renommée, un historien anecdotique s'attache à lui : il note avec soin toutes ses défaites; il s'y arrête, il y appuie, il y revient, il s'applique à leur donner du relief, sans en omettre aucune; il les connaît toutes. Car c'est le sort des personnages célèbres, que nulle de leurs aventures ne demeure ignorée, aujourd'hui surtout que tant de gens, et de tout sexe, éprouvent le besoin de laisser des Mémoires, ou écrivent des lettres charmantes, qu'on ^se fait un devoir de publier après leur mort. En dépit qu'ils en aient, ils habitent la fameuse maison de verre de Socrate : rien de ce qu'ils font n'évite les regards du public. Vienne donc un écrivain zélé, qui recueille avec vigilance, sans laisser perdre quoi que ce soit, tout ce qui leur est échappé de répréhensible, dans le cours de leur vie, du commencement jusqu'à la fin, il fera dire : « Quel spectacle abominable, grand Dieu ! que de désordres ! quels hommes ! Assurément il y a peu de vies aussi scandaleuses. »

— Peut-être seulement y en a-t-il peu d'aussi bien connues.

Mais en admettant même que les personnages, dont on jette ainsi au vent tous les secrets, aient eu plus de passions malheureuses ou moins de force morale que le commun des hommes, encore

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faudrait-il donner de leur conduite une idée juste et ne pas augmenter l'effet déplorable de leurs fautes en les accumulant. Leur vie n'est pas immaculée, soit! Si vous pouvez y découvrir quatre ou cinq taches dans l'espace d'un demi-siècle, c'est trop pour leur vertu, j'en conviens. Mais en vous occupant toujours de ces taches, vous amenez à croire qu'elles sont plus nombreuses et qu'elles ne furent pas dans leur vie un accident, regrettable sans doute, mais en somme un accident ; ils ont Fair d'avoir vécu dans un désordre perpétuel. C'est une sorte d'iniquité à l'égard de leur mémoire.

C'en est une autre de ne jamais rien dire, ou à peu près, de leurs bonnes actions; et ce tort est naturel à la méthode. Qu'ils parlent ou qu'ils écrivent, les nouvellistes ont toujours cette tendance. En voit-on un dont les indiscrètes découvertes aient pour objet des vertus cachées qui fuient le jour? Ces secrets-là n'ont rien de piquant; ils ne prêtent pas aux fines malices ; ils ne caressent pas certains mauvais penchants du cœur. Et on les néglige poxir s'occuper presque exclusivement des autres.

Chateaubriand, on le sait, ne put prononcer son discours à l'Académie : Napoléon le trouva dangereux. Il y parlait, comme d'un de ses rôves, de « l'alliance entre l'Honneur et la Liberté ». Sur quoi Sainte-Beuve écrivait en 1849 : « Au chapitre xx" de ses Réflexions politiques^ il développera ce texte, et toute sa vie publique, sauf les zigzags, en fut le commentaire ^ »

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