‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 143 sur 185 · Mémoires d'outre- tombe, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires d'outre- tombe, t. II, p

dessécha. Le ciel en eut pitié; il lui rendit ses tièdes rosées; puis la brise souffla de nouveau. Cette alternative de doute et de foi a fait longtemps de ma vie un mélange de désespoir et d'ineffables délices. Ma bonne sainte mère, priez pour moi Jésus-Christ : votre fils a besoin d'être racheté plus qu'un autre homme*. »

On remarquera, en passant, la sincérité d'uoe telle page. Qu'est-ce qui obligeait Chateaubriand à récrire? Le cours du récit ne l'amène point. Il a fallu qu'il eût un singulier désir de se livrer tout entier dans ses Mémoires^ suivant la promesse qu'il en a faite ! On peut donc et on doit le croire dans les mille circonstances où il proclame la pleine vérité de son Christianisme. Ce serait une étrange logique que d'accepter son témoignage dans un sens, quand il ne l'a donné qu'une fois, et de le récuser dans l'autre, alors qu'il l'a répété si souvent et de tant de manières !

D'ailleurs ce passage ne contredit pas les autres. Il montre que la foi de Chateaubriand fut éprouvée, à de certaines heures, par des souffles mauvais qui passèrent sur elle, comme un vent de tempête qui froisse une fleur, mais sans la briser ni la faire mourir. On dirait même qu'il vise justement l'épreuve que nous venons de raconter. La succession des états de son âme est facile à suivre dans son récit : après la foi de son enfance, le scepticisme de sa jeunesse ; puis vient sa conversion, et, voilà de nouveau le vent qui se lève ; mais il n'est

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