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briand. C'est à ce propos encore qu'il lui écrivait de Lausanne, trois jours après : « Si vous venez à Rome, si vous voulez y rester, nous y finirons nos jours ; sinon je reviens en France pour mourir auprès de vous. »
Enfin le voilà rendu et M""* Récamier ne se décide pas. Il s'en désole : «Depuis que je suis à Rome, je vous ai écrit tous les courriers, c'est-à-dire trois fois par semaine, et toujours pour vous dire que je me meurs ici sans vous et qu'il faut ou que vous veniez, ou que j'aille vous retrouver ; mais rappelez-moi plutôt : j'ai le mal du pays ^ »
Et il n'était pas le seul, à son époque, qui se laissât aller à des sentiments si vifs et les exprimât d'une aussi chaude manière, dans un commerce dont la malignité même n'a pu suspecter Thonneur.
Joubert a une tendresse tout aussi expressive pour M™*" de Reaumont, cette créature aérienne que lui-même comparait « à ces figures d'Herculanum qui coulent sans bruit dans les airs, à peine enveloppées d'un corps ». Elle s'était cachée dans son voisinage pendant la Terreur. 11 allait souvent la voir discrètement dans sa retraite mystérieuse ; ces relations cordiales ne cessèrent jamais. C'est lui-même qui introduisit Chateaubriand dans le salon de sa jeune amie. Rientôt après, quand elle mourut, à trente-trois ans, il lui sembla qu'un vide immense se faisait tout à coup dans sa vie ; pour lui, le monde se dépeuplait. « Je n'avais pas eu depuis
1. 23 octobre. Toutes les citations précédentes sont tirées des lettres publiées dans Souvenb's et Correspondance titrés des papiers de Af"* Récamier.
neuf ans », écrivait-il à Chênedollé, « une pensée où elle ne se trouvât d'une manière ou d'une autre en perspective* ». Et, revenant quelques jours plus lard sur ce sujet douloureux, il ajoutait : « Depuis que j ai perdu M"' de Beaumont, je ne vois plus à qui et avec qui je pourrai parler dans le monde 2. »
Qu'on lise aussi ce qu'écrivait M""* de Chateaubriand elle-même, cette femme d'une piété si profonde et d'une si austère vertu ! Voici, par exemple, les billets qu'elle adresse à un ami de son mari, Clausel de Coussergues. C'était vers 1804; elle avait trente ans :
« Venez dîner avec moi. Je suis seule et malade. »
Un autre jour : « J'espère que vous n'avez ^as pris d'engagement pour aujourd'hui. Venez donc dîner avec moi. Je suis seule encore, et nous sommes dans un temps où l'on rêve bien noir dans la solitude. »
Et encore : « M. de Chateaubriand est à la campagne. Vous ferez une belle charité de venir dîner avec moi. Vous consoleriez une affligée. — S'il ne fait pas d'orage ce soir, nous irons prendre des glaces au café 3. »
On pouvait écrire de ce ton et agir de cette manière, et personne n'en était offensé. On se visitait, on acceptait l'hospitalité, une hospitalité amicale, dans une campagne retirée, sans qu'un sentiment