‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 165 sur 185 · juin · texte numérisé non relu

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2. « Par la tournure des esprits et des événements, son amitié pour M— de Beaumont a été aussi honorable à l'un qu'à l'autre. » Lettre à ChénedoUé, 2 janvier 1804.

de vent devait renverser la tige déjà à demi brisée.

Elle était à peine à Rome depuis quelques jours que le dénouement fatal s'annonça pour tous, excepté pour elle. Chateaubriand n'imita pas alors ces chrétiens étranges qui semblent oublier leur foi dans ces moments douloureux : il se souvint que c'est, aux yeux de TEglise, une faute et une cruauté d'endormir l'âme, qui va paraître bientôt devant Dieu, dans une sécurité trompeuse, au lieu de lui procurer le moyen de se préparer à cette redoutable entrevue, dont les suites sont éternelles. 11 vint donc chrétiennement vers la malade, encore dans toute la lucidité et la force de son esprit, et lui proposa courageusement d'envoyer chercher un prêtre.

Cette parole fut pour elle une sinistre lueur. Elle resta quelque temps sans rien dire, regarda fixement Chateaubriand, qui attendait sa réponse, debout près de son lit, puis d'une voix ferme : « Je ne croyais pas, dit-elle, que cela fût tout à fait si prompt; allons! il faut bien vous dire adieu* Faites appeler l'abbé de Bonnevie. »

Elle appartenait à Tune de ces générations malheureuses qui, témoins des grandes défaites de la justice et des triomphes scandaleux de l'iniquité, accusent le ciel et se défient de la Providence. Elle avait connu, elle aussi, ces doutes et ces murmures. Mais là, tout près de la mort, quand déjà blanchissait à ses yeux l'aube de cette vie nouvelle, qui montre le néant de tous les événements de celle-ci et en répare toutes les injustices, elle déclara à l'abbé de Bonnevie qu'elle reconnaissait ses erreurs, et elle se recommanda à la miséricorde de Dieu.

C'^st ainsi qu'elle mourut : entourée de tous les secours de la Religion, bercée par ses dernières prières,

... Ces doux chants delà mort, Pareils aux chants plaintifs que murmure une femme A Tenfant qui s'endort.

Cette fin si calme, en pleine jeunesse, rappelle par contraste une autre fin, qui fut moins douce et dont Chateaubriand, tout obscure qu'elle était, a conservé le souvenir :

« J'ai connu un médecin provençal, le D"" Vigaroux; arrivé à l'âge où chaque plaisir retranche un jour, « il n'avait point», disait-il, « de regret du (( temps ainsi perdu... il allait (gaîment) à la mort « dont il espérait faire sa dernière (?) délice. » Je fus cependant témoin de ses pauvres larmes lorsqu'il expira ; il ne put me dérober son affliction ; il était trop tard : ses cheveux blancs ne descendaient pas assez bas pour cacher et essuyer ses pleurs. Il n'y a de véritablement malheureux en quittant la terre que l'incrédule. »

Et alors, ce souvenir ramenant devant ses yeux la vanité de tout ce qui passe, il songe à la vie qui demeure, mais non sans mêler encore à cette pensée celle de ses anciens oublis, qu'adoucit l'espérance en l'indulgence infinie de Dieu :

« Dieu de grandeur et de miséricorde ! . . . Quelles qu'aient été nos erreurs, si nous avons conservé une âme sérieuse et pensé à vous au milieu de nos faiblesses, nous serons transportés, quand votre

bonté nous délivrera, dans cette région où les attachements sont étemels*. »

Il avait d'autant plus lieu de compter alors sur la clémence de Celui qui pardonna toujours au repentir qu'il pouvait écrire de cette dernière partie de sa vie, en la comparant à des jours moins sereins : « L'autorité du ciel a mis le bonheur, l'ordre et la paix dans mes devoirs. »

C'était dire qu'il devait à la Religion d'avoir triomphé de penchants obstinés et rebelles : peu à peu la foi était passée dans ses œuvres, comme un rayon qui purifie et féconde.

1. Mémoires (V outre-tombe , t. II, p. 236-237. Ce passage a été écrit en 1836.

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