Mémoires iV outre-tombe^ t. I, p
3. Ibid.y t. in,p. 454. La même idée est exprimée, t. II, p. 213.
LeS^ idées chrétiennes le consolèrent aussi dans les tristesses qui lui vinrent de toutes les tombes, Duvertes près de lui dans sa longue carrière. Car il a' était pas de ces esprits frivoles qu'un peu de fumée étourdit, fumée de plaisir ou fumée de gloire, et qui semblent ne pas s'apercevoir que nous formons ici-bas une sorte de procession funèbre : on chante en avançant, mais on avance, et les premiers rangs roulent sans cesse dans le gouffre, qui attend et appelle les autres. Chateaubriand était frappé de l'idée de la mort ; elle lui revenait souvent.
Songe-t-il, après bien des années, à M""' de Beaumont? C'est pour se rappeler d'abord qu'il l'a connue un instant, quand déjà elle était à la veille de mourir ^ Il revoit, par la pensée, une foule d'amis qui ne sont plus, et il s'arrête à considérer cette preuve lamentable de la brièveté de nos jours, ce douloureux témoignage de notre néant. Son souvenir le ramène-t-il vers le château de Fervacques, oîi habita quelque temps la trop séduisante « marquise de Custine, héritière des longs cheveux de Marguerite de Provence, femme de saint Louis, dont elle avait du sang ? » C'est pour se dire que le château était à peine meublé, quand la châtelaine dut lui dire adieu, et qu'après l'avoir vue ellemême « plus blanche qu'une Parque, vêtue de noir, la taille amincie par la mort, la tête ornée de sa seule chevelure de soie », il a « entendu son cercueil passer la nuit dans les rues solitaires de Lau-