Mémoires (Toutre-tombej t. II, p
sanne, pour aller prendre sa place éternelle » dans la noble demeure, témoin de tant de fêtes et de plaisirs^.
Tout finit et tout finit vite ; nous passons comme des ombres : « Tous, tant que nous sommes, nous n'avons à nous que la minute présente ; celle qui la suit est à Dieu ; il y a toujours deux chances pour ne pas retrouver Tami que Ton quitte : notre mort ou la sienne. Combien d'hommes n'ont jamais remonté Tescalier qu'ils avaient descendu'-! »
Ces tristes réflexions, si vraies pourtant, décolorent la vie et la désenchantent. La Religion seule peut en adoucir l'amertume, en nous apprenant que ce qui a l'air de finir en réalité se transforme, et que cette vie éphémère est suivie d'une vie meilleure, qui la continue et qui est sans limites.
Chateaubriand trouvait dans cette pensée la consolation qu'elle contient. 11 songeait volontiers, je l'ai dit, à l'autre monde : c'est là qu'il comptait rejoindre ceux de ses amis qu'il voyait disparaître, là qu'il se promettait « d'attendre » ceux qu'il devait quitter à son tour, et c'était un baume pour les blessures de son cœur que cette ineffable espérance ! Le corps de Lucile, sa sœur, morte subitement loin de lui, a beau reposer inconnu dans la fosse commune, « Dieu a bien su », dit-il, « reconnaître ma sœur » , et entre elle et moi les relations ne sont pas brisées; « elle prie pour moi le Rédempteur; elle le prie du milieu des dépouilles indigentes, parmi lesquelles les siennes sont confondues 3. »