Mémoires (T outre-tombe^ t. V, p
muniquer. Victor de Laprade écrivait à M. E. Biré, le 12 août 1870, à propos de Chateaubriand :
« A ceux qui veulent douter de sa ferme foi chré- « tienne, vous pouvez raconter ce détail quejetiens « d'une dame protestante, qui fut longtemps savoi- « sine, et qui habite encore la maison où il est mort, « rue du Bac, n* 128. M""^ Molh (la femme de Jules c( Molh, le célèbre orientaliste) était très liée avec « M"'^ de Chateaubriand, qui ne sortait pas et ne « voyait presque personne. La femme de ce vrai « grand homme gémissait souvent près de sa voisine « de la peine qu'elle avait à empêcher son mari de « suivre dans leur plus scrupuleuse rigueur lés « règles du carême et des autres temps de jeûne et « d'abstinence. Chateaubriand avait alors atteint « l'âge où l'Eglise nous en dispense et sa santé se « trouvait fort mal de ces austérités ; il les prati- « quait néanmoins avec son opiniâtreté bretonne, « et il fallait toutes les supplications de sa femme « pour le faire fléchir quelquefois. Ceci n'était pas « fait pour le monde et pour la pose^ comme on « dirait aujourd'hui ; M""® de Chateaubriand et sa « confidente en étaient seules témoins, et je suis i( peut-être le seul qui le sache aujourd'hui. Vous « qui êtes jeune, gardez et transmettez ce souve- « nir de l'auteur du Génie du Christianisme,
« Je me laisse aller volontiers à ces racontagesde « vieux, mais c'est ainsi que les traditions se court servent. J'ai connu tout un monde évanoui. 11 n'y « a plus guère de gens qui aient vu Chateaubriand « de près. Nous ne sommes plus que deux à l'Aca- « demie française qui ayons vu le salon de M"** Réca-
« mier : M. le duc de Noailles et moi. En dehors (4 de rAcadémie, je ne connais plus que M"** Lenor- « mantetM"' Mohl, qui aient vécu dans cesillustres « intimités. »
Aujourd'hui, ces derniers témoins ont disparu à leur tour. Mais les divers témoignages qu'ils ont rendus à Chateaubriand demeurent, et il est remarquable que tous les quatre, vieux survivants de son époque, ont parlé et, pour ainsi dire, déposé en sa faveur.
Auditeur assidu des conférences de Notre-Dame, nous le voyons demander au P. de Ravignan, à la fin de la station de 1838, un entretien particulier*. Etait-ce pour déposer aux pieds de l'austère religieux l'humble aveu de ses fautes? C'est son secret et celui de Dieu. Mais on disait alors, comme on l'avait dit auparavant et comme on continua à le dire depuis, qu'il ne pratiquait pas la confession. Que faut-il en croire ? Serait-il coupable de cette inconséquence?
On raconte qu'elle fut commise assez longtemps par un catholique éminent de noire sïfccle, croyant décidé, ardent, impétueux, Garcia Moreno. Il avait trente-trois ans et était à Paris pour des études scientifiques, quand un jour qu'il défendait, avec une vivacité pleine d'amour, la vérité des enseignements de l'Eglise, un de ses amis l'interrompit en s'écriant;