‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 20 sur 185 · Chateaubriand et son groupe^ t. II, p. 23, en note · texte numérisé non relu

Chateaubriand et son groupe^ t. II, p. 23, en note

Qu'est-ce à dire? Entend-il nier véritablement rinfluence que Chateaubriand a exercée en histoire? Non, sans doute. Lui qui s'autorise volontiers des opinions de Vinet, il sait bien que Vinet a écrit:

Chateaubriand « a renouvelé le goût des études historiques en faisant entrevoir de combien de poésie, de combien d'émotions et de jouissances nous privaient nos préjugés en histoire... 11 aréveillé les souvenirs éteints, il a piqué la curiosité par la séduction quelquefois trompeuse de son coloris; la foule a, sur ses pas, remonté le courant des âges ; la nation s'est informée de ses origines : ce poète a produit des historiens. »

Mais qu'est-il besoin de faire appel à l'autorité des critiques en général? N'est-ce pas Sainte-Beuve lui-même qui a dit du Génie du Christianisme :

« Littérairement, il ouvrit une foule d'aspects nouveaux et de perspectives, qui sont devenues de grandes routes battues et même rebattues depuis : goût du moyen âge, du gothique, poésie et génie de r histoire nationale, il donna l'impulsion à ces trains d'idées modernes, où la science est intervenue ensuite, mais que l'instinct du grand artiste avait d'abord devinées*. »

Mais alors pourquoi chercher querelle à Augustin Thierry dans une note postérieure et s'efforcer de réduire la valeur de son éloquent témoignage ? On laisse prendre ainsi en flagrant délit cet esprit chicanier, qui nie, ou conteste, ou diminue, le plus

1 . Chateaubriand et son groupe^ t. I, p. 340. Ce passage fait partie du texte.

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qu'il peut, tout ce qui est à l'honneur de Ciiateaubriand.

Mais c'est assurément en ce qui regarde sa sincérité que la tendance se montre le mieux. L'apologiste de la religion est accusé on l'a vu, de n'avoir été, dans sa vie, qu'un acteur, un comédien de grand talent, voilà tout.

C'est l'idée chère à Sainte-Beuve : il y revient sans cesse, il y ramène tout, il en cherche partout des preuves, dans les faits les moins compromettants et les paroles les plus inoffensives. S'il ne masquait la faiblesse de son raisonnement, en évitant de raisonner et en concluant sans se donner Tair de conclure, ses lecteurs seraient fort étonnés de voir de telles conclusions sortir de telles prémisses.

Donnons quelques exemples.

Il reproche nettement au grand écrivain de n'avoir cherché en tout, dans les sentiments qu'il a montrés, comme dans les idées qu'il a soutenues, que l'occasion de faire de « belles phrases... nobles, brillantes, à effet », et dont la gloire rejaillît sur l'auteur, et « blasonnât son écusson ». Voilà, dit-il, ce qu'il « veut par-dessus toute chose* ».

Or ce qui provoque ce réquisitoire, c'est qu'avant d'achever les Martyrs l'auteur ait cru, comme Virgile, devoir parcourir les lieux qu'il avait à peindre. Là est son crime, tout son crime!

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