‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 29 sur 185 · Nicolardot, op. cit. y p · texte numérisé non relu

Nicolardot, op. cit. y p

2. Pontmartin, dans le Correspondant^ décembre 1872, vol. IX, p. 244-260.

hensions mêmes, ne gaérissant pas son scepticisme, l'exaspéraient. Il en voulait d'autaat plus à TÉglise qui inquiétait sa tranquillité et ses jouissances, et il s'animait plus vivement contre ses dogmes à mesure qu'il en était plus effrayé, comme ces voyageurs pusillanimes qui, surpris par la nuit, poussent des cris pour étouffer leur émotion ou se persuader à eux-mêmes qu'ils n'ont pas peur*.

Aussi ne manque-t-il jamais l'occasion de la piquer au passage, en distillant dans la blessure quelques gouttes de venin.

A propos du merveilleux chrétien dans les Ma?'tyrs^ au lieu de se borner à faire voir ce que l'on croit y sentir d'artificiel et de laborieux, et de s'en prendre au poète, il fait porter ses attaques plus haut : il s'appuie sur les découvertes de la, science moderne^ — ce qui était alors un mot fort à la mode, — pour nier qu'on puisse faire jamais un tableau pittoresque du Ciel, du Purgatoire et de l'Enfer.

Eudore confesse ses égarements devant Gymodo-

1. « J'ai Tair d'être brave en apparence, disait-il devant les Goncourt, en 1863, mais au fond, moralenjent, je suis très peureux. » (Journal des Goncourt^ i'* série, t. II, p. 99.)

La superstition était, paraît-il, une des formes que la peur prenait chez lui. Dans le Jouimal des Débats (26 mars 1891), M. André Hallays, usant contre lui de la méthode dont il s'est servi lui-même si souvent contre les autres, a rapporté les récits que lui a faits un ancien garçon du restaurant Magny, devenu aubergiste en Bretagne, entre Perros-Guirec et Ploumanach : « Vous avez entendu parler des dîners de Magny, où il y avait tant d'hommes célèbres. Eh bien ! moi, j'ai servi M. Sainte-Beuve, M"» G. Sand, M. de Saint- Victor... Ce que tous ces gens-là étaient superstitieux! Quand je mettais le couvert, je plaçais tout exprés les couteaux et les fourchettes d'une certaine façon, rien que pour voir la frayeur de M. Sainte-Beuve. )> On se rappelle le mot de Pascal : « Incrédules, les plus crédules. > {Pensées, XXIV, 99, édit. Havet.)

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cée, qui se retire un peu tard au degré du critique. « Je ne relève ce point, ajoute-t-il, que parce que Fauteur s'est piqué d'une entière orthodoxie : il n'a pu obtenir tout son charme qu'en y contrevenante»

L'orthodoxie est donc accusée obliquement d'être un obstacle au charme des poèmes. La vérité, c'est qu'elle n'est aucunement blessée dans la scène des Martyrs, Rien n'y est dit qui l'offense en quoi que ce soit.

Cette guerre à coups d'épingles, ou à coups d'épée, ne cesse pas. Ici on nous rapporte avec complaisance un passage de Volney, où il est affirmé hardiment qiie le Christianisme n'a jamais fait une conversion sincère parmi les sauvages d'Amérique^. Là on fait intervenir « un des hommes d'Etat les plus considérables de la monarchie autrichienne ». Ainsi enguirlandé, cet autrichien, M. de Ficquelmont, a mission de nous apprendre ce que la Religion est devenue en France, au cours de ce siècle. Naturellement, ce qu'il croit devoir en dire est défavorable; c'est à quoi il doit qu'on soit allé le prendre si loin pour lui donner la parole. A ses yeux donc Chateaubriand a rêvé en vain de relever le catholicisme abattu dans notre pays : « 11 a vu les principes du christianisme s'affaiblir chaque jour davantage, et sa voix ne s'est si fort élevée que pour marquer davantage son impuissance ^. »

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