‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 32 sur 185 · Revue des Deux Mondes, 15 mars 1890, p · texte numérisé non relu

Revue des Deux Mondes, 15 mars 1890, p

et il en donne une preuve qu'il déclare décisive à ses yeux.

« Pour mesurer » , dit-il, « le terrain que Cha^ teaubriand et son école ont fait gagner au catholicisme, il suffit de comparer Topinion de deux philosophes, de deux libres penseurs, Tun du xviii*' siècle, Tautre du xix% Tun et l'autre savants mathématiciens, liés par une affinité générale de doctrines et ne différant que sur un seul point, leur opinion sur le Christianisme. . . Condorcet et Auguste Comte. » Le premier fait siennes toutes « les déclarations violentes et passionnées », dont les enseignements et les institutions de TEglise étaient alors communément Tobjet. Le second « justifie toutes les parties de Torganisation catholique que son prédécesseur a si violemment attaquées ». 11 défend Tinfaillibilité des papes, le célibat des prêtres, le culte des saints, la confession. 11 célèbre les services que TÉglise a rendus à l'humanité dans la famille, où elle a établi le principe de la fixité par la condamnation nécessaire du divorce, dans la société où elle a véritablement « fait l'éducation morale du genre humain », dans les sciences enfin comme dans les lettres et dans les arts. C'est « l'apologie absolue du catholicisme », entreprise du dehors par un adversaire qui le respecte et l'admire ^

Nous voilà bien loin du singulier témoignage de M. de Ficquelmont, de ces étranges vues de France qu'il prenait de Vienne ! C'est, on en conviendra, une bien malheureuse idée qu'a eue Sainte-Beuve

i. Revue des Deux Mondes, 15 mars 1890, p. 420-423.

de les lui emprunter, pour les donner comme exactes au mépris de la justice et de la vérité ^

La passion est vraiment une bien mauvaise conseillère.

Dominé par les sens, Sainte-Beuve finit par ne plus croire qu'aux sens. Lui-même en a fait le triste aveu^. Sous la coupole de l'Institut, devant ses confrères de l'Académie, il niait ouvertement l'existence de l'âme, ce qui révoltait Montalembert^. Un autre jour, dans un dîner entre littérateurs connus, la conversation ayant fini par tourner vers les choses de l'autre vie: « C'est étonnant », dit un des convives, « comme au dessert on parle toujours de l'immortalité de l'âme. »

— « Oui, répondit Sainte-Beuve, quand on ne sait plus ce qu'on dit^. »

Il appartenait par ses idées au xvni® siècle, et il

1. Dès 1818, seize ans après le Génie du Christianisme y M. de Pradt reconnaissait que les classes élevées revenaient à la Religion. 11 l'attribuait à Touvrage de Chateaubriand, dont il disait : < 11 remit la religion dans le monde et l'y établit sur un meilleur pied que celui où on l'avait tenue; car jusque-là elle marchait pour ainsi dire à la suite de la société, et depuis ce temps elle parut et marcha à sa tête (les Quatre Concordats, 1818, t. lU, p. 273). — Il ne faut pas oublier que M, de Pradt est hostile au Génie du Chris^ tianisme. Sainte-Beuve le cite ailleurs et s'autorise de ses idées contre Chateaubriand. Mais les passages qui sont favorables à la Religion dans les ouvrages qu'il lit, Sainte-Beuve ne les voit presque jamais. En revanche, il découvre merveilleusement ceux qui lui sont contraires.

2. « Ah I » laisse échapper Sainte-Beuve, en se penchant vers moi, « Il faut avoir fait le tour de tout et ne croire à rien. 11 n'y a rien de vrai que la ... » volupté. — On est obligé de changer le dernier mat pan convenance. — Cela était dit le 20 juillet 1863, à un dîner chez Msigny {Journal des Goncourt, !'• série, t. II, p. 131); cf. plus haut p. 57.

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