Ibid., t. II, p
les efforts perpétuels et obstinés du critique pour ramener violemment les idées de soù auteur à celles qu'il aurait désiré lui voir. Lavande écrivait, diton, le nom de tous ses amis dans son dictionnaire des athées. Sainte-Beuve a fait quelque chose d'analogue pour Gliateaubriand : bon gré, mal gré, il a fallu que Fauteur du Génie du Christianime figurât parmi les sceptiques ; son commentateur en a décidé ainsi, ne Taimant pas autrement. En se consultant lui-môme, en écoutant ses antipathies et son incrédulité, il s'est fait de Chateaubriand un type auquel Chateaubriand a été contraint de ressembler. Ses commentaires ont pour base un parti pris; c'est l'évidence même. On voit dès lors quelle justice on peut en attendre, et combien il serait périlleux de s'y fier !
11 a dit lui-même qu' « une influence aimable », celle de M™® Récamier, l'avait « tout à fait paralysé » pendant quinze ans, — tant que cette enchanteresse vécut, — qu'elle l'avait empêché de porter sur Chateaubriand un jugement équitable et qui fût vraiment un jugement*. Cela prouve qu'il n'avait pas profité du conseil de M*"^ Récamier elle-même, qui lui avait donné pour devise : vouloir plaire et rester libre. 11 prétend bien qu'il fut fidèle à ce programme 2. Mais c'est une illusion, s'il est vrai qu'il ait sacrifié la liberté déjuger à la volonté de plaire.
Croyons-en donc sa parole : le désir d'être agréable ne lui a jamais laissé la /e'Aer^e d'être juste 3.
\ . Chateaubriand et son groupe^ t. I, p, 17.