‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 36 sur 185 · C'est lui qui souligne le mot, Ibid.^ t. I, p · texte numérisé non relu

C'est lui qui souligne le mot, Ibid.^ t. I, p

En vérité, voilà un jugement bien impressionnable, bien souple... ou bien timide, comme ou voudra! J'avoue qu'une telle confidence m'émeut et rend ma confiance assez perplexe. Si le plaisir de con tenter une « femme gracieuse » a fait écrire à Sainte- Beuve, pendant quinze ans, autre chose que ce qu'il pensait, les lecteurs ne vont-ils pas se croire obligés à une extrême circonspection à Tégard de ce qu'il a pu dire depuis, touchant la religion de Chateaubriand ?

Car il a sur ce sujet, ce n'est pas douteux, des tendances fort nettes, des idées arrêtées, préconçues. Toutes les fois qu'il nous montre, dans l'écrivain, un sceptique déguisé, il est évident qu'il se plaît vivement à lui-même. Or, de se plaire à soi-même, chacun sait bien que c'est un penchant plus vif encore, et qui a une action plus puissante sur la conduite que le désir de plaire à autrui. Dès lors, qui arrivera à nous convaincre que Sainte-Beuve n'a pas été « paralysé » dans la sincérité de ses jugements, pendant les vingt dernières années de sa vie, qu'il s'est trouvé alors plus fort contre lui qu'il n'avait su l'être, durant les quinze années précédentes, contre une aimable influence du dehors ?

Supposons-le même d'une entière bonne foi. Il restera encore, chez lui, le parti pris de l'intelligence, à défaut du parti pris de la volonté. Et de celui-là aussi il convient qu'on se défie, car il aveugle.

Toujours est-il qu'il aide à comprendre, sans la justifier, la guerre injuste que Sainte-Beuve a faite

CE QUI INSPIRE LES ATTAQUES DE SAINTE-BEUVE li

à la loyauté de Chateaubriand, en ce qui regarde ses sentiments religieux. Son impiété entreprenante, et qui, vers la fin, devenait môme fanfaronne^, trouvait à se satisfaire dans ces attaques. S'il a tan répété que Fauteur du Gé?iie du Christianismti n'avait fait que jouer un rôle toute sa vie, s'il a compulsé tant de dossiers, fureté tant d'autographes et si souvent écouté aux portes, pour essayer de l'établir, d'autres raisons l'expliquent sans doute, nous l'avons vu, mais aucune mieux que celle-ci.

Dans une heure de mécontentement. Chateaubriand a écrit que le clergé ne lui a jamais donné sa sympathie ni prêté son appui.

Il y a beaucoup d'exagération dans ce reproche. Le clergé n'a pas sans doute pris son parti en tout et toujours. Il fut de ceux qu'on peut difficilement approuver longtemps et sans réserves. Mais, s'il était arrivé que les ministres de la Religion n'eussent pas montré à son brillant apologiste toute la reconnaissance dont il est digne, il me serait agréable de pouvoir me persuader que, pour ma faible part, je répare aujourd'hui cette injustice, en prenant la défense de sa mémoire contre ses calomniateurs.

Au demeurant, je ne dirai que ce que je pense. Si je croyais que l'auteur du Génie du christianisme

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