I. — L'ÉDUCATION CHRÉTIENNE DE CHATEAUBRIAND
L'auteur du Génie du Christianisme n'a pas toujours été un croyant : il a eu besoin de revenir à la Foi, comme la France, qu'il a si éloquemment exhortée ensuite à ce voyage de retour vers la religion de ses pères.
Son berceau avait été pourtant protégé et particulièrement béni par Ttiglise. 11 a raconté* comment sa nourrice l'avait voué à la Sainte Vierge : il devait être vêtu de bleu et de blanc, en l'honneur de sa céleste protectrice, jusqu'à ce qu'il eût atteint sa septième année. La première chose qu'il ait sue par cœur est un cantique de matelot qu'il entendit plus tard chanter dans un naufrage :
\, Mémoires d'outre-tombe, 1. 1, p. 25.
Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours, etc.
« Je répète encore aujourd'hui ces méchantes rimes», disait-il plus de trente ans après, «avec autant de plaisir que des vers d'Homère. » Et se rappelant une pauvre image « d'un demi-sou », que sa vieille servante avait « attachée avec quatre épingles au pied de son lit », devant laquelle il s'était souvent agenouillé et dont le souvenir le remuait encore, il écrivait : « J'aurais dû vivre dans ces temps où Ton disait à Marie : Doulce Dame du Ciel et de la terre, mère de pitié, fontaine de tous biens, qui portastes Jésus-Christ en vos prétieulx flânez, belle, très doulce Dame, je vous mercye et vous prye^ »
Dans cette ville de Saint-Malo, où s'écoula d'abord son enfance, les fêtes de l'Eglise, Noël, les Rois, Pâques, la Pentecôte, la Saint-Jean, étaient pour lui de grands jours de joie. Son âme s'ouvrait, fraîche et pure à ces premières émotions religieuses, comme une fleur s'ouvre aux premiers rayons du soleil.
« Lorsque, dans l'hiver, à l'heure du salut, la cathédrale se remplissait de la foule ; que de vieux matelots à genoux, de jeunes femmes et des enfants Usaient, avec de petites bougies, dans leurs Heures ; . que la multitude, au moment de la Bénédiction, répétait en chœur le Tantiim ergo; que, dans l'intervalle de ces chants, les rafales de Noël frô-