Mémoires d'où Ire-ioinbe^ 1. 1, p
mardi au mercredi en prières, s'interrompant pour lire avec terreur le livre des Confessions mal faites. Le mercredi, à trois heures de l'après-midi, on partit pour Téglise. Les parents accompagnaient leurs enfants.
(( Tout le vain bruit qui s'est depuis attaché à mon nom, lisons-nous dans les Mémoires d'outretombe ^ y n'aurait pas donné à M"'' de Chateaubriand un seul instant de l'orgueil qu'elle éprouvait, comme chrétienne et comme mère, en voyant son fils prêt à participer au grand mystère de la religion. »
Agenouillé devant Dieu et son ministre, Tenfant hésitait encore à dévoiler la plaie secrète qui lui rongeait le cœur, quand, le moment solennel étant venu, le prêtre lui dit : « Je vais vous donner Fabsolution... »
« La foudre que le ciel eût lancée sur moi m'aurait causé moins d'épouvante, je m'écriai : « Je n'ai « pas tout dit. »
Alors le confesseur changea de visage ; il devint tout à coup le pasteur le plus indulgent, le père le plus tendre. Il embrassa ce petit pécheur de douze ans, qui triomphait enfin après une longue lutte morale : « Allons », lui dit-il, « du courage, mon cher fils, du courage ! »
« Je n'aurai jamais un tel moment dans ma vie. Si l'on m'avait débarrassé du poids d'une montagne, on ne m'eût pas plus soulagé : je sanglotais de bonheur. J'ose dire que c'est de ce jour que j'ai été
créé honnête homme ; je sentis que je ne survivrais jamais à un remords... Mais combien elle est divine cette religion qui se peut emparer ainsi de nos bonnes facultés ! Quels préceptes de morale suppléeront jamais à ces institutions chrétiennes? »
Il s'approcha de la Table eucharistique avec une foi et une ardeur extraordinaires. La présence réelle de la Victime sainte, dans le sacrement de l'autel, lui était aussi sensible, assure-t-il, que la présence de sa mère à ses côtés. Il s'expliquait le martyre, et se sentaitle courage, dans cet heureux moment, de « confesser le Christ sur le chevalet ou au milieu des lions ».
Rapprochant depuis ces transports de son âme naïve, à la fois salutaires et doux, des ardeurs dévorantes que les passions allumèrent dans son cœur quelques années après, il a écrit ces sages paroles : Que Ton compare! « On choisira des deux yjoies; on verra de quel côté il faut chercher le bonheur et surtout le reposa »
§ II. — Influences qui l'éloignèrent de la Foi
Seize ans plus tard, en 1796, un libraire de Londres annonçait un livre, qu'il appelait « l'ouvrage le plus complet qui ait encore paru sur les affaires présentes » . Le livre était intitulé Essai historique, politique et social, sur les Révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs 7'apports avec la Révolution française de nos jours,