Essaij Œuvres, t. I, p
Il voit bien que les principes du philosophe ont couvert la France de ruines. Ils « sont devenus des machines qui ont battu l'édifice. » Mais il attribue la responsabilité de ces désastres à la perversité des hommes, non à l'influence des doctrines de l'écrivain, qu'il s'obstine à trouver bonnes, en avouant qu'elles ont fait un mal affreux. J'aimais mieux, disait-il plus tard, « condamner le genre humain tout entier que le citoyen de Genève* ».
Il est bien revenu depuis de ce culte fanatique. Tout en admirant le style de VEmile^ sinon toujours sa langue, quoiqu'il rendît justice à « quelques pages dune rare éloquence », trente ans après, il ne trouvait plus rien de sublime dans l'ouvrage. A ses yeux, la société y était « jugée par l'amour-propre blessé » ; l'auteur déclamait contre les mœurs de son siècle en y conformant les siennes; le livre enfin ne lui paraissait ni grave, ni vrai, ni utile. Il ne jugeait l'écrivain supérieur que dans une soixantaine de lettres de la nouvelle Héloïse^ dans ses Rêveries et dans ses Confessions, « Là, placé dans la véritable nature de son talent, il arrive à une éloquence de passion inconnue avant lui », quoique, au milieu même de ses ardeurs, il soit, à vrai dire, plus poétique dans ses images que -dans ses affections, son inspiration venant « plus des sens que de l'âme ».
Au demeurant, malgré ces réserves nécessaires, l'écrivain mérite d'être admiré. Mais l'homme? se •demandait Chateaubriand, comment ai-je fait dans