Mémoires d'oulre-tombe, t. I, p
OÙ la Révolution triomphante avait ramené la famille royale et la gardait en otage, une multitude de femmes élégantes étalaient leurs grâces et leurs toilettes. On apprenait les plus graves nouvelles dans les théâtres, parfois de la bouche même des acteurs.
« Du reste, force duels et amours, liaisons de prison et fraternité de politique, rendez-vous mystérieux parmi des ruines, sous un ciel serein, au milieu de la paix et de la poésie de la nature ; promenades écartées, silencieuses, solitaires, mêlées de serments éternels et de tendresses indéfinissables, au sourd fracas d'un monde qui fuyait, au bruit lointain d une société croulante, qui menaçait de sa chute ces félicités » étranges, déplorables erreurs d*un peuple frappé de vertige ^
On vivait dans un tourbillon. Toutes les idées qui avaient jusque-là agité le siècle semblaient se ramasser et prendre un élan nouveau en se rapprochant du but. La religion catholique était frappée de coups répétés : la philosophie voyait enfin arriver son heure, et les philosophes, enflés de leurs succès, achevaient dédaigneusement, dans les salons, contre la doctrine ennemie, la victoire éclatante qu'ils remportaient sur elle dans les lois.
C'est parmi ces adversaires triomphants des croyances de sa famille que Chateaubriand se trouva jeté, dès son arrivée à Paris. Et il était d'autant plus exposé à prendre le mot auprès d'eux qu'en ce temps-là, — c'est lui qu il'a dit, — toute renom-