‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 46 sur 185 · Cf. Essai, etc. ; Œuvres, 1. 1, p. 341, note · texte numérisé non relu

Cf. Essai, etc. ; Œuvres, 1. 1, p. 341, note

Ce fut Delisle de Sales, qui, connaissant M"''' de Farcy, introduisit le chevalier, son frère, dans le cercle de ces beaux esprits, dont il était lui-même. Dix ans auparavant, il avait eu la chance inespérée de passer quelque temps en prison, pour sa Philosophie de la nature. C'est là que naquit sa fortune. Ses amis firent autour de Tévénement un bruit opportun, en sorte que, entré obscur à Vincennes, il en sortit célèbre. Tant de bonheur l'avait grisé. Sur le piédestal de son buste de marbre, il avait tracé, de sa main, cette inscription empruntée au buste de Buffon : Dieii^ thomme^ la nature^ il a tout expliqué. En réalité, c'était « un très brave homme, très cordialement médiocre », et qui « chaque année, au printemps, faisait ses remontes d'idées en Allemagne ». Le jeune breton ne l'en prenait pas moins pour <( un aigle ».

C'est chez lui qu'il rencontra Carbon Flins des Oliviers, celui dont Lebrun disait:

Carbon de Flins des Oliviers A plus de noms que de lauriers.

Flins devint très assidu auprès de la belle M""^ de Farcy, tout en voyant bien qu'elle ne prenait pas au sérieux son empressement et ses hommages.

C'était, au demeurant, un homme un peu étrange dans sa personne et dans ses habitudes, quoique sa manière de vivre, si Ton en croit Chateaubriand, fût celle de presque tous les gens de lettres de Paris, à cette époque. « Court et bouffi, de gros yeux saillants, des cheveux hérissés, des dents

sales », il passait sa vie à mettre au mont-de-piété et à en retirer, dans les jours meilleurs, tout ce qu'il possédait : les livrées de ses deux savoyards qu'il habillait en laquais, ses deux montres, ses bagues et son linge. 11 ne manquait d'ailleurs ni d'esprit, ni parfois de talent. Aussi recevait-il partout bon accueil, quoiqu'il ne fût nulle part aussi familier qu'au Théâtre-Français, oii il allait régulièrement: ce qui servait à la fois ses goûts et sa renommée, car alors « les actrices protégeaient les auteurs et devenaient quelquefois l'occasion de leur fortune ».

C'est par Fllns que Chateaubriand connut Fontanes, qui devait un peu plus tard le retrouver à Londres, et dont l'amitié lui fut depuis si précieuse. A ce moment, Fontanes était couronné par l'Académie française pour une Épure sur redit en faveur des non-catholiques^.

Le jeune homme crut pouvoir se présenter luimême au chevalier de Parny. Il lui écrivit qu'il avait le plus grand désir de voir un poète, dont les ouvrages faisaient « ses délices ». Parny ouvrit volontiers sa porte à cet enthousiaste. Les Muses sont hospitalières à tous les adorateurs ; elles aiment l'odeur de l'encens. Les deux chevaliers se lièrent^. Chateaubriand eut des entretiens, qui durèrent cinq heures de suite, avec celui que Voltaire avait appelé « son cher TibuUe », le futur auteur de ce poème, à la fois licencieux et impie, qui a pour titre la Guerre des Dieux. Épicurien voluptueux, tout

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