‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 50 sur 185 · Essai, préface de 1826; Œuvres, t. I, p · texte numérisé non relu

Essai, préface de 1826; Œuvres, t. I, p

de nos vœux, permettait notre réunion, tu trouverais au milieu de nous tout le bonheur qu'on peut goûter sur la terre ; tu nous donnerais ce bonheur, car il n'en n'est point pour nous, tandis que tu nous manques e^ que nous avons lieu d'être inquiètes de ton sort^ »

Cette lettre fut pour Chateaubriand un coup de foudre. Elle Téclaira subitement et le frappa au cœur. Il ne pouvait se pardonner d'avoir ajouté de loin, lui-même, aux chagrins d'une mère bien-aimée, que leurs ennemis communs avaient déjà rendue si malheureuse. Car M""" de Chateaubriand avait été enfermée, à soixante-douze ans, dans les cachots de la Révolution. Jetée sur une charrette, avec d'autres victimes, elle avait été conduite, du fond de la Bretagne, jusqu'aux prisons de Paris.

Elle souffrait dans ses enfants encore plus qu'en elle-même. L'un se trouvait à Londres, en exil. Une de ses belles-filles et sa fille Lucile étaient emprisonnées à Rennes; et, à Paris, le comte de Chateaubriand, son fils aîné, allait à la mort avec la comtesse sa femme, petite-fille de M. de Malesherbes, et M. de Malesherbes lui-même. On les exécuta ensemble, le même jour, à la même heure,* et sur le même échafaud.

Elle fut condamnée, elle-même, après eux. Le 9 thermidor la sauva. Mais on l'oublia à la Conciergerie. «Que fais-tu là, citoyenne? » lui dit le commissaire de la Convention, qui l'y trouva. « Qui es-tu ? Pourquoi restes-tu ici ? »

Page 1