Mémoires d'outre- tombe, t. II, p
2. Julie de Chateaubriand s'appelait M"' de Farcy ; Lucile était devenue M"" de Caux, mais elle perdit son mari après quelques mois de marieige.
Il s'émut, il se rappela toutes les choses aimables et charmantes de son enfance, toutes les émotions et tous les souvenirs auxquels Timage de sa mère se trouvait mêlée : ses premières prières à Dieu, ces vêtements blancs et bleus qu'il portait en Thonneur de la Sainte Vierge, la vieille médaille suspendue par sa nourrice aux rideaux blancs de son lit, les cérémonies de la cathédrale de Saint-Malo, tout illuminée de cierges et toute pleine de cantiques, enfin les religieuses frayeurs, les douces joies, les innocents transports de sa première communion; et comparant, d'un seul regard de sa pensée, le vide douloureux que la philosophie avait fait dans son âme avec cette paix ineffable dont la Religion l'avait autrefois remplie, il sentit son cœur éclater tout à coup; il refoula vivement au dehors tous ses doutes dans un flot brûlant de larmes, il pleura et il crut*.
D'avoir ajouté aux chagrins déjà si amers des derniers jours de sa nière, c'était une pensée qui lui causait une sorte de désespoir. Il jeta au feu avec horreur des exemplaires de l'ouvrage^ instrument de son crime, comme il disait, et l'idée lui vint d'écrire, en faveur de la Religion, un livre nouveau, qui réparerait le mal de l'autre et effacerait son souvenir. C'est alors seulement qu'il retrouva la paix. Telle fut l'origine du Génie du Christianisme^.
On sent, en effel, quand on lit ce dernier ou-
1. « Ma conviction est sortie du cœur : j'ai pleuré et j'ai cru. » Préface de la première édition du Génie du Christianisme.