‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 54 sur 185 · T. IV, p · texte numérisé non relu

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2. Cependant, la calomnie faisant toujours un certain efiFet, souvent même quand elle est démasquée ou qu'elle heurte eifrontément la vraisemblance, on voit aujourd'hui encore des écrivains sérieux emprunter quelque chose à Tanecdote du libraire Dulau. Dans un article de la Revue des Veux Mondes (15 mars 1890), M. Janet dit que, touché par la lettre de sa sœur, Chateaubriand fut à demi guéri de son scepticisme, mais que, d'autre part, il sentit que le renouvellement de l'imagination était ailleurs que dans l'incrédulité et qu'il se dit que « pour un tel objet il n'était pas nécessaire de posséder une foi orthodoxe et bien solide ».

Ainsi, comme dans l'anecdote, le point de vue littéraire décide l'auteur du Génie du CkiHstianisme ; ce n'est pas le désir de défendre la Religion, à laquelle il ne croit qu'à demi.

C'est là une pure hypothèse. Rien absolument ne l'autorise, et elle a le grave inconvénient de révoquer en doute la parole même donnée par Chateaubriand, et dans la préface du Génie du Christianisme, et dans cette lettre à Fontanes que nous citons plus loin (§ IV;, et dont Sainte-Beuve lui-même a reconnu la siiicérité. M. Janet, dans ce passage, va plus loin que Sainte-Beuve, ce qui est beaucoup.

récit de sa conversion. On parla aussi d'une entrevue compromettante, qu'il aurait eue, dès son retour de Londres, avec le philosophe Ginguené, son compatriote ^ Là, dans l'abandon d'un entretien intime, il aurait avoué le vrai motif de sa bruyante prise d'armes en faveur du Christianisme : il n'était pas plus chrétien que Ginguené ne l'avait connu avant son exil ; mais à tout prix il voulait se faire un nom dans les lettres, et comme il ne restait pas de place à prendre dans le camp philosophique, déjà encombré d'écrivains célèbres, il se jetait résolument dans l'autre, où il ne courrait pas le risque d'être gêné par la concurrence.

Les Lettres normandes se firent l'écho de celte fable en 1820^

Le Conservateur littcn^aire releva aussitôt le ganl^. L'article n'était pas signé. Mais on désignait tout bas l'auteur, qui, malgré sa grande jeunesse, touchait déjà à la célébrité, et qui depuis l'a dépassée, pour arriver jusqu'à la gloire^. Chateaubriand était appelé par son défenseur « le plus noble citoyen de France, le premier écrivain de l'Europe, la gloire la plus éclatante et la mieux méritée de ce siècle ».

C'est Victor Hugo qui traitait de cette royale façon

1. Plusieurs de ceux qui s'occupent de Chateaubriand appellent ^ Ginguené son camarade. C'est une distraction. Ginguené, né à

Rennes, a bien fait ses études au collège de cette ville, où Chateaubriand vint lui-même à douze ou treize ans. Mais le premier avait vingt ans de plus que le second ; il était depuis longtemps sorji du collège, quand celui-ci y entra.

2. Lettres normandes^ quatre-vingt-treizième lettre, 25 juillet 1820.

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