‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 56 sur 185 · Les Quatre Concordats^ Paris 1818, t. III, p · texte numérisé non relu

Les Quatre Concordats^ Paris 1818, t. III, p

dl2 LA CONVERSION DE CHATEAL'BRIAND

sans doute hésité encore moins à publier une confidence, pour démasquer l'hypocrisie d'un écrivain sans pudeur, qu'à outrager lui-même la vérité, comme il Ta fait, on vient de le voir, dans le dessein d'ôter quelque crédit à son ouvrage.

Et l'occasion ne lui a pas manqué pour rappeler cette confession décisive. En attaquant le Génie du Christianisme dans la Décade philosophique^ il a parlé de cette fameuse entrevue, où, d'après la légende, l'auteur aurait soulevé devant lui un coin du voile qui dérobait ses vrais sentiments au public. Or il ne lui échappe pas un seul mot sur ce prétendu aveu ; il n'y fait pas même la plus lointaine allusion. Si peu difficile qu'il paraisse sur le choix des armes, dans cette bataille, il n'use point de celle-là, qui aurait suffi, s'il l'avait eue, à lui assurer la victoire.

En réalité, il ne l'avait pas. L'anecdote n'est pas vraie. Que dis-je? Elle est même médiocrement inventée; le roman est mal fait : ses auteurs ont négligé de le rendre vraisemblable. Ils prétendent, on l'a vu, qu'après sa rentrée en France Chateaubriant aurait annoncé à Ginguené que, pour échapper à des rivalités dangereuses, il allait défendre ce que les autres attaquaient.

Or, quand il revint à Paris, le Génie du Christianisme avait déjà été imprimé à Londres sous sa forme première. Il ne pouvait être question d'un projet; l'œuvre était déjà faite. Le critique de la Décade est lui-même très catégorique sur ce point. Il dit à propos de son jeune compatriote, qui avait pu enfin, après dix ans, regagner clandestinement

sa patrie : « Malgré le bruit, qui annonçait déjà son livre, je Tai revu, avec l'intérêt dû à ses malheurs ^ »

Lors de cette entrevue. Chateaubriand avait donc fait, depuis quelque temps déjà, le pas décisif; il avait pris nettement position; son livre était né. Ce n'était pas, ce ne pouvait pas être un jeune écrivain flottant, irrrésolu, qui s'ouvrait sur ses intentions à un vieux maître, comme pour lui demander conseil. C'était un ami d'autrefois, devenu, dans la lutte des opinions, un adversaire d'aujourd'hui, et qui en avertissait loyalement, à la première" occasion, l'ancien compagnon d'armes qu'il s'était donné mission de combattre.

Supposé que sa conversion n'eût pas été sincère, évidemment la nécessité de son rôle aurait voulu qu'il n'en fît pas cyniquement l'aveu, surtout au parti qu'il essayait de ruiner dans l'opinion. Il publiait dans sa préface le récit touchant d'une scène, qui avait transformé ses idées et d'où était né son livre. Il défendait, avec éloquence, au cours de son ouvrage, une cause persécutée, parce qu'il la jugeait, disait-il, aussi vraie qu'elle est belle. Il faudrait certes des témoignages bien forts, — et il n'y 'en a pas même de faibles, — si l'on voulait persuader au public qu'aussitôt arrivé sur cette terre française, où il attendait le succès et la renommée, il courut chez ceux à qui il déclarait la guerre, pour leur donner contre lui une arme terrible, qui devait lui ôter jusqu'à l'espérance de pouvoir seulement se

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