Ihid., t. IV, p
terre », écrivait-il, « c'est comme s'il venait demeurer à mes foyers ; il ne me quitte plus. »
C'est que son imagination prêtait un charme idéal à ceux que ses yeux ne voyaient plus. Il trouvait pour parler d'eux des accents nouveaux, et jamais il ne les aimait avec plus de tendresse. On sait, par exemple, que tant que vécut la duchesse de Duras il ne montra pas assez, envers elle, les sentiments qu'avait droit d'attendre une âme ardente et désintéressée, dont le dévouement s'obstinait à le pousser sur le chemin de la fortune et à l'y maintenir, malgré ses ennemis, et plus encore malgré luimême. C'est à propos d'elle qu'il écrivait plus tard : « Un homme vous protège par ce qu'il vaut ; une femme, par ce que vous valez; voilà pourquoi de ces deux empires l'un est si odieux, l'autre si doux. »
Il ne sut pas prouver toujours qu'il appréciait le charme de cette protection.
« Mais depuis que j'ai perdu une personne si généreuse, » disait-il après sa mort, « d'une âme si noble, d'un esprit qui réunissait quelque chose de la force de la pensée de M™* de Staël à la grâce du talent de M°* de La Fayette, je n'ai cessé, en la pleurant, de me reprocher les inégalités dont j'ai pu affliger quelquefois des cœurs qui m'étaient dévoués. »
Et son affection accusait l'inutilité de cette réparation tardive, envers des amis qui n'étaient plus là pour en jouir. « Nos regrets, un vain repentir, sont-ils un remède aux peines que nous leur avons faites ? Ils auraient mieux aimé de nous un sourire
pendant leur vie que toutes nos larmes après leur mort^ »
Voilà ce qu*il ne faut pas oublier, si Ton veut comprendre quel bouleversement produisit au fond de son âme la terrible nouvelle que sa mère n^était plus. Jamais il ne s'était senti plus d'amour pour elle, et à mesure que, les heures s'écoulant, il pensait davantage à elle, il se reprenait à détester plus vivement tout ce qui avait fait souffrir une âme si chère, à maudire tout ce qu'elle avait maudit, à aimer tout ce qu'elle avait aimé.
Il était, d'ailleurs, amené à penser comme elle par le progrès naturel de ses idées ; car VEssai historique sur les Révolutions n'est pas l'œuvre d'un incroyant, qui a pris son parti. Si l'auteur y parle çà et là en philosophe du xv!!!*" siècle, il y parle aussi en chrétien : tour à tour il doute et il croit.
C'est une observation que ses ennemis ont trop négligée. Pour rendre invraisemblable la sincérité de son retour aux idées religieuses, ils l'ont représenté comme un adversaire déterminé, acharné jusque-là à les combattre. Leur malveillance s'est complue à mettre en relief, dans une pleine lumière, tous les passages de son livre, où il les attaquait, alors qu'ils laissaient dans l'ombre tous ceux où il s'en montrait l'ami. C'est une des iniquités de la polémique ; l'histoire a le devoir de la réparer.