‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 60 sur 185 · Mémoires cC outre-tombe^ i. III, p · texte numérisé non relu

Mémoires cC outre-tombe^ i. III, p

Certes le jeune auteur de VEssai est souvent injuste envers le Christianisme et TEglise. Mai» quelle est Tinstitution, quelle est la doctrine, qui échappe à ses traits, excepté celles qui, étant mortes depuis longtemps, n'ont pas eu l'occasion d'irriter son humeur ? 11 n'épargne que les cadavres.

Tout ce qu'il voit, tout ce qu'il a vu, est victime de ses boutades. C'est qu'il écrivait dans une disposition d'esprit défavorable : il regardait tout à travers ses malheurs. Son frère avait péri sur l'échafaud ; sa mère, sa femme, ses sœurs, étaient enfermées alors dans les cachots de la Révolution. Et lui-môme, sur la terre étrangère où il avait cherché un refuge, dans cette grande ville de Londres dont L'opulence faisait ressortir à ses yeux sa propre misère, il vivait au jour le jour, sans rien d'assuré pour le lendemain ; il lui arrivait môme de manquer du nécessaire : plusieurs fois il se trouva sans feu, au milieu des rigueurs de l'hiver, et même sans pain. Avec cela, une grave maladie le minait sourdement. « J'étais maigre et pâle », dit-il, «je toussais fréquemment, je respirais avec peine; j'avais des sueurs et des crachements de sang. Mes amis, aussi pauvres que moi, me traînaient de médecin en médecin. Ces Hippocrates faisaient attendre cette bande de gueux à leur porte, puis me déclaraient, au prix d'une guinée, qu'il fallait prendre mon mal en patience, ajoutant : « Vis done, dear sir : C'est fait, cher Monsieur ^ » Le plus célèbre d'entre eux lui annonça qu'il pourrait durer quelques mois,

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