‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 65 sur 185 · Ihid., II* partie, chap. xxv; 1. 1, p · texte numérisé non relu

Ihid., II* partie, chap. xxv; 1. 1, p

Qu'est ce donc que le monde ? Un immense marché où s'agite de toutes parts une hypocrisie mercantile. Ne croyez ni à ceux qui attaquent, ni à ceux qui défendent, ni aux protestations désintéressées en apparence, ni aux enthousiasmes, ni aux colères ; nul n'écrit ou ne parle pour servir la vérité. S'il y a des divergences dans les paroles des hommes, c'est que « chacun fait valoir le chaland dont il vit. Nous sommes assis dans la société, comme des marchands dans leurs boutiques : l'un vend des lois, l'autre des abus, un troisième des mensonges, un quatrième de l'esclavage ; le plus honnête homme est celui qui ne falsifie point sa drogue et qui la débite toute pure, sans en déguiser l'amertume avec de la liberté, du patriotisme, de la religion* ». Ailleurs, tous les personnages de la société sont assimilés à « ces escrocs qui se rendent exprès sur les promenades publiques, bizarrement vêtus. Tandis que la foule hébétée se rassemble à considérer le bout de ruban rouge, bleu, noir, dont le pasquin est bariolé, celui-ci lui vide adroitement ses poches, et c'est toujours le plus chargé de décorations qui fait fortune » .

« J'ai été à mon tour chargé de rubans, écrivait-il, trente ans plus tard, en relisant ce passage; je ne vois pas qu'ils m'aient servi à enchaîner la fortune. » Mais « j'en voulais sérieusement à la société : je ne lui pardonnais pas... le mal qu'elle m'avait fait*^».

i. Essai, II* partie, chap. xlix; Œuvres, t. I, p. 598. 2. Ibid.^ !!• partie, chap. xlviii; note de Tédition de 1826; p. 595-596.

Il disait encore alors : « Je serais bien fâché de mépriser autant la i-ace humaine aujourd'hui ^ »

Et, en effet, Texcès est évident, et l'injustice flagrante. On conçoit qu'avec de telles dispositions, habitué à tout considérer en pessimiste ombrageux, Chateaubriand n'ait pu juger TEglise, ses ministres et sa doctrine, sans laisser échapper des paroles malheureuses, qu'il devait regretter un jour, autant que ses déclamations ridicules sur l'universelle hypocrisie du genre humain.

Il rapporte donc longuement les difficultés de toute sorte que les ennemis du Christianisme opposent à ses enseignements. Quoiqu'il ait soin de dire qu'il ne joue, en cet endroit, que le rôle d'un témoin, et qu'il expose les raisonnements « d'autrui sans les admettre - », en réalité, il a l'air d'y souscrire et de les prendre à son compte. Il lui arrive, d'ailleurs, d'avancer que la Renaissance et la Réforme dirigèrent coup sur coup, contre le Christianisme, (( des attaques dont il ne s'est jamais relevé :^ » Il dit plus loin : «. Le régent parut, et de cette époque il faut dater presque la chute totale du Christianisme^. »

Mais, en retour, on ne doit pas oublier que plusieurs endroits de son ouvrage laissent voir d'autres sentiments à l'égard de la religion de son enfance.

Cela est si vrai que certains passages sont entrés

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