làid,, II" partie, chap. xxxi; Œuvres, t I, p
LA CONVERSION t37
vertu : il n'y a plus à ses yeux ni bien, ni mal, ni Providence K
C'est une âme inquiète, agitée, ballottée en sens contraires. L'Essai n'a pas de doctrine, tout s'y rencontre : il ressemble à un chaos, comme son auteur disait lui-même en le revoyant'^. On y trouve pêle-mêle les assertions les plus diverses. La pensée y bouillonne comme un métal en fusion, mais elle n'a pas encore reçu le moule qui doit, en la fixant, lui donner une forme précise, et en même temps l'unité, la force et la beauté. Chateaubriand n'est pas encore lui-même dans cet ouvrage. 11 reflète souvent les idées d'autrui. Sa philosophie en particulier n'est qu'une philosophie de collège, un écho 3. Voilà. pourquoi elle rend des sons différents : ils varient avec la voix à laquelle elle répond.
Mais il n'est pas possible de nier cependant que, si son esprit est partagé, incertain, indifférent, son cœur incline versla Religion. Sur ce point, d'ailleurs, sa conduite commente son livre et l'éclairé.
Quand il fit son voyage en Amérique, sa foi avait déjà subi le choc dont témoigne le scepticisme intermittent de VEssai; il s'était nourri des entretiens des philosophes et de leurs écrits. Or il nous a raconté lui-même ce qui se passait dans son âme, pendant la traversée, sur cette mer sans limites, moins orageuse que sa jeunesse. Parfois sans doute
1. Essaie II* partie, chap xxii, note ÔlQ V Exemplaire confidentiel ^ 1. 1, p. 536.