Mémoires d'outre- tombe ^ t. II, p
C'est par là qu'il se prépare et se dispose, encore à son insu, à ce qu'il fera bientôt dans le Génie du Christianisme. C'est là le lien réel et comme le pontQiAvQ les deux ouvrages, qui semblent d'abord contradictoires ^ »
L'observation est juste, mais incomplète ; Sainte- Beuve n'a pas dit assez. 11 y a d'autres ponts que celui dont il parle, et de meilleurs : plus solides, plus larges et plus faciles à traverser. « En lisant attentivement V Essai », a écrit Chateaubriand luimême, on sent partout que la nature religieuse est au fond et que Tincrédulité n'est qu'à la surface 2. »
C'est ce que M. Janet aussi a fait justement remarquer; il a fort bien vu qu'il y avait chez le jeune auteur un christianisme latent et profond, beaucoup plus profond que son scepticisme. Le vieil homme, le chrétien primitif, était resté en lui, effacé sans doute, inactif et comme endormi, mais tout prêt à se réveiller 3.
Il aurait pu s'appliquer d'avance ce que Lamartine a écrit de lui-même : '< J'ai été élevé au sein du Christianisme; j'ai été formé de sa substance; il me serait aussi impossible de m'en dépouiller que de me dépouiller de mon individualité, et si je le pouvais je ne le voudrais pas, car le peu de bien qui est en moi vient de lui et non de moi ^. »