‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 78 sur 185 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

QUE LE CARACTÈRE DE CHATEAUBRIAND DONNE DU CRÉDIT A SES DÉCLARATIONS RELIGIEUSES

2 I. Sentiment de l'honneur. — | II. Désintéressement. — g TH. Passion de la popularité. — § IV. Que le goût d'un rôle à jouer ne saurait expliquer chez Chateaubriand l'hypocrisie religieuse.

§ ï. — Sentiment de l'honneur

On peut refuser sa sympathie à M. de Chateaubriand; on ne peut lui refuser son estime. Ce fut vraiment un homme d^honneur.

Tout politique perspicace qu'il était, encore qu'il ait eu sur l'avenir des vues nettes et profondes, il a commis des fautes dans le maniement des affaires, au pouvoir comme hors du pouvoir. Les appétits d'une ambition aussi ardente à poursuivre le but qu'incapable d'en jouir après l'avoir atteint, sa vanité exigeante, la susceptibilité ombrageuse d'un amour-propre extrêmement sensible aux blessures et obstiné à en tirer vengeance, tous ses défauts

sont connus, et on a quelque peine à les lui pardonner, en voyant parfois lusage malheureux qu*ils le poussent à faire de son talent.

L' homme privé n'est pas davantage sans reproche. Il eut des passions et ne sut pas toujours en rester maître; il céda à leurs conseils, nous le verrons, et eut la faiblesse de s'en laisser vaincre.

Mais, au demeurant, sa dignité est sauve, il n'y a jamais porté aucune atteinte. Peu d'hommes ont eu un plus vif sentiment de respect pour euxmêmes ; on peut dire qu'il avait l'honneur intolérant : toute bassesse lui faisait horreur. L'apparence même de ce qui aurait pu nuire à son estime envers lui-même le révoltait ; il ne supportait pas l'idée d'être amoindri à ses propres yeux. 11 disait de lui : « De tous les témoins, c'est celui aux yeux duquel je craindrais le plus de rougir. » Beau trait de sa physionomie morale, qui a frappé ceux mêmes qui l'ont jugé avec rigueur. Sainte-Beuve a écrit: « Ce que Chateaubriand a toujours eu, ce qu'il a su garder j usqu'à la lin bien mieux que ses successeurs, même les plus illustres, c'est la dignité, cette haute estime de soi et qui s'imposait aux autres. 11 n'était pas homme à se baissera »

En 1804, il venait d'être nommé ministre de France près de la République du Valais. Il avait trente- six ans ; Bonaparte lui ouvrait toute grande la voie des honneurs, et, dans son nouveau poste, on l'attendait avec une bienveillance impatiente, que le diplomate devait à l'écrivain. Tout à

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