‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 8 sur 185 · Chateaubriand et son groupe, t. I, p · texte numérisé non relu

Chateaubriand et son groupe, t. I, p

A force d'indiscrétions, d'insinuations, de mauvais propos, pris sur toutes les lèvres et ramassés dans tous les coins, qu'ils soient ou non authentiques, si Ton réussit à dépouiller de tout idéal ceux qui demeurent les meilleures gloires de la littérature malgré leurs fautes, en vérité où sera le profit pour la littérature ?

J'admirais l'écrivain; vous me montrez l'homme inconséquent, petit, sans conviction : vous m'ôtez Testime et la confiance. C'est gêner mon admiration. Je n'ose plus m'y abandonner ; les belles pages me paraissent moins belles; j*ai peur d'être dupe. A mesure que mon goût s'émeut, prêt à subir le. charme, ma raison, qui se souvient, proteste et le refroidit. Mon plaisir n'est plus entier et sans réserve : vous l'avez diminué. .

Serait-ce donc là le but de la critique ? Son rôle n'est-il pas au contraire d'augmenter cette jouissance délicate, que l'esprit trouve dans la fréquentation des belles œuvres ? N'est-ce pas pour les faire mieux goûter qu'elle aide à les mieux comprendre ? Je me la représente comme une personne aimable et distinguée, qui, voyant avec assiduité et aimant cette société charmante, introduit les lecteurs auprès d'elle, ainsi que des visiteurs désireux de lier connaissance, facilitant les relations et travaillant à les rendre toujours plus fréquentes et de plus en plus agréables à mesure qu'elles deviennent plus intimes.

Voilà sa mission! Elle la trahit si elle vient dire, en apportant des preuves, bonnes ou mauvaises : « Vous trouverez, chez ceux dont je vous parle,

, beaucoup d'esprit et de richesse, un grand et vif éclat, mais c'est tout. Les cœurs sont vulgaires, tout à fait du commun, et peut-être même au dessous. » C'est rompre elle-même le charme, au lieu de le faire naître et de l'entretenir.

Oh ! sans doute, il y a des gens capables de prendre encore du plaisir dans des compagnies ainsi décriées. Certains esprits, — et Sainte-Beuve en était, — sont tellement épris de la beauté littéraire, qu'ils l'apprécient toujours autant, où qu'ils la rencontrent. Un ouvrage de talent leur reste agréable et les touche également, que l'auteur soitun homme digne d'estime ou un homme digne de mépris. Ils ressemblent à ces voluptueux, que séduit et captive l'éclat de la chair et à qui importe peu la beauté de l'âme ou sa laideur.

Mais quant à la foule des lecteurs, même des lecteurs cultivés, elle est mal à Taise pour admirer, dans leurs ouvrages, des écrivains qu'elle n'aime ni n'estime dans leur vie. La sympathie ouvre le cœur à l'admiration, l'antipathie le ferme presque toujours.

« Prenez garde à ce que vous allez dire », écrivait quelqu'un à l'auteur de Chateaubriand et son groupe. « Souvenez- vous que Bacon a dit qu'il faut se garder d'ôter les défauts des pierres précieuses, dans la crainte de nuire à la valeur de l'ensemble. »

Sainte-Beuve, qui rappelle ce conseil et le publie \ s'est donné le tort de ne pas le suivre.

Il arrive quelquefois, on le sait, que des mains

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