tes Mai'lyrs^ livre IV; Œuvres, t. IV, p
avait de beaucoup dépassé son âge, quand la vue des « cadavres » d'Egine et de Corinthe lui inspirait ces réflexions profondes sur l'irrémédiable fragilité de tout ce qui brille et de tout ce qui vit ici-bas.
Enfin ce qui écarte jusqu'à l'idée d'une supercherie, ce qui prouve avec évidence la parfaite bonne foi de l'écrivain, c'est qu'il indique lui-môme, ' à la lin du volume, dans une note à laquelle il renvoie, que cette page est imitée de la lettre de Sulpi tins à Cicéron*.
Voilà qui tranche absolument la question et qui montre que la loyauté de Chateaubriand éclate justement dans un endroit de ses œuvres, dont on a prétendu se servir pour la trouver en défaut!
C'est qu'en efl'et elle n'est pas contestable. De feindre des sentiments qu'il n'avait pas, c'était contraire à sa nature. L'eût-il voulu, il n'en était pas capable. Lui-môme Ta déclaré, et ce que nous savons de son caractère et de ses penchants s'accorde avec ses paroles et les confirme :
« Si je n'étais pas chrétien », dit-il, « je ne me donnerais pas la peine de le paraître : toute contrainte me pèse; tout masque m'étoufl"e; à la seconde phrase, mon caractère l'emporterait et je me trahirais 2. »
1. Il donne môme la référence pour Toriginal : liv. IV, épist. V, adjamiliares, |
(QPréface de YEssai, édition de 1826; ce passage fut reproduit >?-^| deux ans après dans la préface des Mélanges politiques.
Pourquoi d ailleurs aurait-il tenté cet effort inutile? De cette longue dissimulation, de ce mensonge opiniâtre qui durerait toute une vie, chez un homme qui n'avait ni l'habitude , ni le goût, ni le pouvoir de contrefaire ses sentiments, quelle explication plausible y aurait-il, quels motifs pourrait-on donner ?
Ce n'est pas l'intérêt sans doute, car personne ne fut jamais moins intéressé que Chateaubriand. Il ressemblait sur ce point à la plupart des gentilshommes de l'ancienne France : il avait le dédain de l'argent. On sait qu'il ne possédait pas de fortune. La crainte de se mettre dans l'embarras ne l'empêcha cependant jamais de prendre une résolution, qu'il jugeait nécessaire, mais qui, en le privant d'une charge publique dont il vivait, devait le laisser sans ressources en face de l'inconnu.
On l'a vu pour sa démission de ministre dans le Valais, à propos de la mort du duc d'Enghien*.
1. Il avait déjà reçu 12.000 francs pour frais d'établissement à Sion, quand il démissionna. Il dut, pour les remettre, les prendre sur les fonds que M""* de Chateaubriand avait encore sur l'Etat : la somme fut rendue deux jours après la démission. C'est M~ de Chateaubriand qui raconte ces détails. Son témoignage confirme, en toute cette affaire, les Mémoires d'outre-tombe. De son côté, Joubert écrivait à ChênedoUé (10 mai 1804) à propos du diplomate démissionnaire et peu préoccupé du lendemain : « M** de Chateaubriand, lui, les bons Saint-Germain que vous connaissez, un portier, une portière et je ne sais combien de petits portiers, logent ensemble, rue de Miromesnil, dans une jolie petite maison. Enfin notre ami est le chef d'une petite tribu, qui me parait assez heureuse. Son bon génie et le ciel sont chargés de pourvoir au reste. i> V. Pailhès, op. cit., p. 298 299.
Douze ans après il parut à Tégard de la royauté tel qu'il s'était montré devant Tempire. Sa brochure la Monarchie selon la charte ayant semblé digne d'être saisie, c'était courir au-devant d'une disgrâce que de la publier, lui, ministre d'Etat. Il ne l'en publia pas moins. Aussitôt il perdit, avec son titre, la pension qui y était attachée. « J'en fus quitte », écrivait-il plus tard, « pour me remettre à pied, et pour aller, les jours de pluie, en fiacre à la Chambre des pairs* ». Il lui fallut aussi faire argent de ses livres, que l'on vendit à la criée. Puis vint le tour de sa maison de campagne : la ValléedeS'Loups fut vendue, comme « les meubles des pauvres, sur la place du Châtelet ».
Huit ans s'étant écoulés, il venait d'être ministre des Affaires Etrangères, quand on lui rendit, par un nouveau brevet, le traitement considérable dont sa brochure avait amené la suppression. Il le refusa pour une simple question de forme, par suite des scrupules d'une dignité exigeante, que froissait le plus léger manque d'égards 2.
Il était ambassadeur à Rome lorsque le prince de Polignac arriva aux affaires. Redoutant, de la part