Mémoires d' outre-tombe^ t. II, p
2. On peut lire un autre trait, à propos de la vente de ses Mémoires^ dans E. Biré : Mémoires (V outre-tombe^ nouvelle édition. Paris, Garnier, 1898, 1. 1, introduction, p. ix-xii.
CARACTÈRE DE CHATEACRRIAND 173
beaucoup d'instances de lui venir en aide, lui qu'une raison d'économie obligeait à ce moment même de dire aussi adieu à ses arbres et à ses fleurs, en quittant son habitation de la rue d'Enfer. Personne n'ouvrait sa bourse pour autrui avec plus de générosité, plus de facilité, plus de plaisir. Il avait pour lui-même peu de besoins ; sauf dans les circonstances solennelles où il devait paraître comme homme public, il n'aimait pas le faste. Et cependant ses revenus ne lui suffisaient pas. Ce n'est point seulement parce qu'il ne regardait pas à la dépense, quand l'occasion s'en présentait, c'est parce que personne ne frappait en vain à sa porte : il donnait sans compter.
« Jamais homme plus dur à lui-même », a écrit M. Villemain*, « ne secourut davantage autrui. Toute sa règle en cela semble indiquée par ce mot à son ami, M. Frisell : « J'ai l'air un peu rude; je tiens cela de mon père; il faut que je donne et que je soulage comme ma mère. » Et ces paroles furent suivies d'un riche présent pour une famille écossaise, orpheline et ruinée. »
« Je ne suis pas tendre », disait-il un autre jour; « mais je ne puis refuser un malheureux. Il me semble même que, si je manque un peu de sympathie, comme on dit aujourd'hui, si je m'ennuie parfois de mes semblables, je dois au moins, pour acquitter ma dette, les aider et leur faire du bien^. »
Et dans une occasion nouvelle, songeant à la loi ëvangélique qu'il avait conscience de n'avoir pas