‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 88 sur 185 · Pensées, 1. 1, p. 249, édition Lahure · texte numérisé non relu

Pensées, 1. 1, p. 249, édition Lahure

Chateaubriand donnait raison à Pascal sans le savoir. Il prétendait ne pas aimer les hommes, et rien ne le touchait plus que l'approbation de leurs applaudissements; comme Alcibiade, il ne trouvait aucune musique aussi harmonieuse que celle des voix qui publiaient son éloge.

Mais en quoi ce goût nous autoriserait-il à soupçonner la loyauté de ses déclarations religieuses ? En quoi était-il forcé, pour le servir, de mentir efiFrontément à sa conscience?

« Il aimait sans doute la popularité, et il y sacrifia trop; mais il vivait dans un temps où, pour la conquérir, on n'avait pas trop à flatter le populaire, à être plat ou grossier devant lui*. »

Que s'il l'avait fallu — Sainte-Beuve Ta fait renvarquer justement — il n'était pas homme à accepter ce sacrifice ; pour rien au monde il n'aurait consenti à se déshonorer.

Mais ne voit-on pas en outre que, si l'ambition de caresser les sentiments du grand nombre avait pu dicter sa conduite au point de vue religieux, elle aurait eu une influence précisément contraire à celle dont nous parlons : elle lui aurait inspiré une sorte d'indifférence frondeuse envers l'Eglise et ses doctrines, au lieu de ces protestations où il eut le courage de s'en montrer Tami; car la Religion n'était pas à la mode alors, tant s'en faut ! Il régnait contre elle une hostilité latente, et bien qu'elle eût ses fidèles, on était bien plus sûr de plaire à ceux qui dirigeaient l'opinion en l'attaquant qu'en pre-

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