‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 96 sur 185 · Ibid., t. I, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. I, p

-3. Ibid,, t. VII, p. 3 et 4. Préface de Tédition de 1828.

& ceux qui défendaient la Religion; il voyait des adversaires dans les représentants officiels de l'tîiglise, comme dans ses patrons politiques, et il croyait avoir le droit de s'en plaindre. On s'en aperçoit dans la page même où il se proclame chrétien : c'est le ton aigri d'un mécontent.

Mais ses rancunes contre les hommes ne l'empêchent pas de rester fidèle à la doctrine ; plus elles sont vives, plus elles se laissent voir, plus il lui est difficile d'en dominer l'expression et d'en dissimuler l'amertume, et plus doit paraître profonde la sincérité de l'hommage qu'elles sont impuissantes à contenir.

Après cela, on n'est peu médiocrement étonné d'apprendre que, dix ans plus tard, Chateaubriand n'aurait pas payé un pareil tribut au Christianisme : il n'eût pas corrigé et raillé son passé comme il le fit alors. C'est Sainte-Beuve qui l'assure, sur la foi d'ailleurs d'une simple hypothèse :

« Si en 1836 », dit-il, « M. de Chateaubriand vieilli et hors de la scène, dégagé de son rôle officiel de 1826, n'ayant plus en face de lui M. de Villèle et la congrégation et ce portefeuille de ministre du Roi perdu d'hier et toujours en perspective ; s'il s'était mis à donner une troisième édition de VEssai, je me figure^ sans trop de crainte de me tromper, qu'il aurait fait d'autres notes critiques sur et contre ses notes de 1826, et qu'il aurait donné raison plus souvent à ce jeune et libre auteur qu'il était alors,

au temps de Londres et des années de l'exil *. »

Sainte-Beuve cède, dans ce passage, à l'idée préconçue dont nous avons parlé plus haut. Cette rétractation éclatante contrarie son rêve d'un Chateaubriand nouveau, revenant avec les années au scepticisme de sa jeunesse ; il en est gêné, embarrassé, agacé ; il la trouve « impatientante ^ » ; et il essaie de s'en consoler en l'attribuant aux calculs passagers d'une ambition hypocrite, toujours à l'affût du pouvoir.

Voilà certes une étrange manière d'écrire l'histoire d'un homme et de le juger !

Car enfin quelle preuve solide le critique donnet-il de ce qu'il avance ? Aucune absolument. Essaiet-il du moins de justifier son hypothèse de quelque façon? Non, il ne s'en donne même pas la peine. Pour adresser une telle injure à une illustre mémoire, il ne s'appuie sur rien ; il n'obéit qu'au parti pris qui l'inspire; car, s'il avait une raison, si faible fût-elle, il la devrait à ses lecteurs, et on ne peut douter qu'il ne la donnât avec empressement, à voir la qualité de celles qu'il ne craint pas d'apporter, çà et là, au cours de son ouvrage.

11 se livre donc à une accusation gratuite, sans le moindre fondement. Il accuse pour le plaisir d'accuser, ou pour répondre aux exigences d'un préjugé opiniâtre, qui le domine et l'aveugle.

Car il n'hésite même pas à blesser violemment la vérité : il ne paraît pas s'apercevoir, il ne prend pas garde que les faits démentent sa conjecture,

Page 1