‹ La sirène de l'argonneChapitre 15 sur 27 · L.V SIRÈNE · texte numérisé non relu

L.V SIRÈNE

ment Simon, mais le policier ne parut pas. On lut sa déposition écrite. Virg-inie et son com" plice convinrent qu'elle était de la plus exacte véFilé.

Il faut dire que l'ag-ent n'avait raconté que les détails relatifs à l'arrestation des deux coupables. Les défenseurs cherchant à g-ag-ner du temps, déclarèrent qu'ils voulaient que Simon se présentât à la barre; mais, comme il n'avait pas déposé sous la foi du serment, on passa outre.

Du reste, comme les accusés avouaient leurs crimes, dont ils se rejetaient seulement l'un à l'autre la responsabilité première, il ne s'ag-issait que de l'application de la peine. Les médecins firent des rapports pompeux, mais les plaisanteries ne leur furent pas ménag-ées. Ils s'étaient si lourdement trompés une première fois que les affirmations ou les dénég-ations n'avaient, de leur part, plus aucune importance. Le ministère public se fit un rôle superbe, et son réquisitoire eut un succès fou. Tour à tour sévère et attendri, le procureur de la République sut exciter l'indig-nation et les larmes. La défense répliqua, le président résuma les débats et le jury entra dans la salle de ses

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délibérations. Il en sortit une heure après, rapportant un verdict où les accusés étaient reconnus coupables du crime de meurtre. Il admettait des circonstances atténuantes seulement en faveur de la Lotteau. Hubert fat condamné à la peine de mort, et Virg-inie aux travaux forcés à perpétuité. L'exécution devait avoir lieu à Saint-Joire, tout près de l'endroit où avait été assassiné Mourot.

Les condamnés sig-nèrent aussitôt leur pourvoi en cassation, ils furent reconduits en prison. La foule quitta le palais de justice, causant et discutant. Une chose intrig-uait tout ce monde ; Hubert et Virg-inie étaient coupables, personne n'en doutait, mais on n'avait point pu savoir lequel des deux avait eu l'idée première du crime.

Lorsqu'on apprit à Saint-Joire et aux environs le résultat du procès, on trouva que si pour Hubert le jury s'était montré juste, il avait fait preuve de faiblesse à l'ég-ard de sa complice.

Il n'y a pas à raisonner avec la peur et depuis le jour où les auteurs des crimes commis dans le village quelques années auparavant

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avaient été entre les mains de la justice, tout le monde s'était rappelé, en voyag-eantla nuit, avoir aperçu au loin, dans les prés ou le long" des forêts, un homme et une femme se promenant, se cachant lorsqu'on allait les rencontrer et les reconnaître. Un cheval qui s'était épouvanté, un chien qui avait aboyé, c'était Hubert dissimulé dans un sillon qui avait fait peur à l'animal, ou bien passant en frôlant les murs avait été éventé par le chien. Les arbres coupés au ras de terre, les g-erbes enlevées des champs de céréales, les blouses, les chemises, les toiles oubliées par les ménagères sur les haies où elles séchaient, sur le gazon où elles blanchissaient et qui avaient disparu sans qu'on pût trouver les coupables, on disait que ces vols avaient été commis par Virginie et Hubert.

Une femme racontait qu'une nuit elle s'éveilla vers une heure el songea que la veille elle n'était point allée cherchar une superbe pièce de toile qu'elle avait étendue sur le pré derrière sa maison. Aussitôt elle se lève, ouvre une fenêtre qui donnait sur le jardin et se dirige vers l'endroit où se trouvait son étoffe. II faisait noir, pas de lune, pas d'étoiles au ciel,

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mais elle connaissait le chemin et une espèce de îig-ne blanchâlre marquée au sol lui fit pousser un soupir de satisfaction. C'était sa toile. Elle se mit à genoux et se prépara à replier la long-ue bande de tissu pour en former un paquet énorme et l'emporter sur ses épaules.

Mais, au moment cù la ménag-ère posait les mains sur les coins, l'étofiFe lui échappa des doig-ls et g-lissa sur le gazon. Elle suivit sa propriété, tâchant de la rattraper, mais chaque fois qu'elle croyait tenir un coin de la toile ses doigts ne serraient que le vide.

Du reste les secousses étaient réguhères, celui qui s'était installé à l'autre extrémité tirait à lui tranquillement, ne paraissant pas se douter que la véritable propriétaire suivait à genoux ce bien, qui paraissait le fuir. La surprise et la peur l'empêchaient de crier, l'intérêt la poussait à ce point abandonner la toile. Au bout de dix minutes, la longue bande se trouva presque repliée. La femme aperçut à quelques pas en face d'elle une masse noire qui s'agitait, soufflant et geignant. L'étoffe était entassée devant le voleur; deux mètres au plus restaient étendus à terre. La campagnarde suivait toujours à genoux. Le

fripon était tellement occupé qu'il ne la vit point, et, lorsqu'il eut donné la dernière secousse, 11 sentit une haleine chaude sur sa fig-are, entendit une respiration bruyante et vit une femme, à genoux comme lui, qui semblait le reg-arder avec des yeux féroces.

Il eut sans doute l'intention de la rouer de coups et de lui enlever sa toile, mais peut-être était-elle suivie du mari qui arrêterait le trop peu scrupuleux personnag-e, aussi s'enfuit-il au plus vile lorsqu'il entendit un cri aig-u lui déchirer les oreilles. Sans doute il se dit qu'on aurait pu lui éviter la peine de plier l'étoffe avec tant de soin.

La pauvre femme avait été terrifiée en voyant son voleur et reg"rettait d'avoir suivi sa propriété dans sa course. Elle cria sans song-er à faire fuir l'individu et tomba la tête sur le ballot. Son mari, inquiet de ne point la voir rentrer, se leva et la trouva pleurant assise sur l'herbe.

Il prit le paquet sur son épaule, sa femme par le bras et rentra, portant l'un et traînant l'autre. Le voleur ne fut point retrouvé.

Cette histoire et une foule d'autres de

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même force amenèrenl des visites domiciliaires chez Hubert et chez la Lolteau.

Malgré toutes les recherches, on ne trouva rien appartenant à des habitants du village, et la justice ne fit plus attention aux dénonciations qui lui arrivèrent à ce propos.

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