‹ La sirène de l'argonneChapitre 17 sur 27 · I,A SIRÈNE · texte numérisé non relu

I,A SIRÈNE

l'arreslalion inslautanée des deux perturbateurs.

La nuil faisait peu à peu place au jour. Les étoiles fâlissaien'i, la lune disparaissait. Les masses sombres des forêl-^, mêlées tout à l'heure, se détachaient des crêtes des collines d'une façon de plus en plus nette.

A l'orient, le sommet des arbres était couvert d'un immense nuag-e rouge. Le ciel paraissait en feu. De ce nuag-e s'échappaient des fusées brillantes qui allaient mourir dans l'azur.

On disling-uait les ondulations dj sol, les sillons qui séparaieut les petits buissons qui poussaient ça et là au flanc des coteaux. Un brouillard léger, diaphane, couvrait la vallée, s'altachant aux arbres entourant les maisons, imprég-uait l'air d'une légère fraîcheur.

Bientôt le soleil émergea derrière les collines, des torrents de lumière inondèrent la campagne, et sur la route, le long des chemins, dans les sentiers on vit des files nombreuses de villageois arrivant de tous les points de l'horizon, se diriger vers un même but. Tous les âges étaient représentés dans ces foules. Des vieillards m^^rchaient lentement,

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des hommes et des jeunes g-ens hâtaient le pas, des enfants couraient et criaient, des femmes coifîées de marmottes causaient.

Quelques bambins, falig"ués probablement, étaient à califourchon sur les épaules de leurs pères.

Ces bindes de curieux ressemblaient à d'immenses processions, suivant toutes les sinuosités des chemins, décrivant les courbes les plus fantastiques. Où le spectacle paraissait bizarre, c'était aux endroits où la voie publique traversait les bols. On voyait sortir des hautes futaies cette multitude se poussant, se bousculant, les derniers cherchant à passer au premier rang-, mais se modérant par respect pour les propriétés privées qui bordaient la route.

L'endroit où accouraient ces myriades d'êtres humains était borné d'un côté par la forêt, de l'autre côté par la prairie et coupé en deux parties par la route. Des lanciers et des gendarmes à cheval formaient un grand cercle et arrêtaient le flot animé qui venait se heurter à la tête de? chevaux hennissant d'impatience.

Les rayons du soleil passaient joyeusement entre les immenses tricornes des gendarmes

et les élég-antes coiffures des lanciers, faisant ressortir les couleurs voyantes des uniformes. De l'acier des sabres, de l'or des épauletles des officiers s'échappaient dei jets d'une lumière vive et brillante qui faisait mal aux yeux.

Cette mer humaine, arrêtée par la troupe impassible, refluait sur elle-même, et toutes ces têtes innombrables avaient l'air d'être ag-itées par le vent.

Les peuplieîs et les saules dans la prairie les chênes et les hêtres dans la forêt étaient surcharg-és de grappes de curieux qui s'accrochaient aux branches, au risque de les briser et de se rompre le cou en tombant.

On entendait des paroles vag-ues, des cris qui ressemblaient à des protestations, sortir de toutes les bouches.

Au centre du cercle formé par les soldats, huit individus étaient occupés à dresser un échafaud. L'un d'eux — leur chef sans doute — surveillait le travail, donnait des ordres qu'on s'empressait d'exécu'/.r. Il avait g-ardé son chapeau sur la tête, et, malgré la chaleur, n'avait pas jugé à propos de se débarrasser de son paletot noir.

Ses ouvriers étaient velus de panlalons en

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grosse toile et de chemises dont les manches, retroussées jusqu'aux coudes, laissaient voir des bras nerveux et halés par le soleil.

L'homme au paletot élait l'exécuteur de Nancy, les travailleurs étaient des menuisiers du pays et deux de ses aides.

On préparait l'échafaud.

Bientôt les pieds se trouvèrent d'aplomb, les planches destinées à la plate-forme furent clouées l'une après l'autre et le bruit des marteaux retombant sur les clous se répercutait au loin et faisait frissonner les plus braves. Une balustrade en bois fut rapidement posée.

Deux montants s'élevèrent perpendiculairement au centre de la plate-forme à une hauteur de dix pieds environ, maintenus à leur extrémité supérieure par une barre transversale.

Au-dessous de celte barre, un mouton en bois auquel était attaché un énorme saumon de plomb; puis, encastrée dans le mouton, une espèce de large lance triangulaire, brillante comme de l'argent.

Cet appareil étrange, suspendu par un crocaet en fer, glissait lorsqu'il était détaché

avec une effroyaDie rapidité entre les deux montants, où des rainures étaient creusées pour dirig-er la marche du couteau, qui s'arrêtait au niveau d'une demi lune taillée dans un morceau de bois.

L'exécuteur fit jouer la machine à plusieurs reprises, qui, chaque fois qu'elle tombait, faisait trembler l'échafaudag-e.

Enfin on apporta un panier plein de sciure de bois, qu'on plaça juste au-dessous de la demi-lune, et une b île en planches ayant la forme d'uu cercueil qui resta sur un coin de la plate-forme.

Lorsque tout fut prêt, l'exécuteur et ses hommes descendirent aux pieds de la g-uillo- 'tine, les ouvriers traversèrent les rangs des soldats et se mêlèrent à la foule, les aides seuls restèrent près de la sombre machine.

Les curieux, qui du haut des arbres où ils s'étaient installés avaient pu voir tous les détails de l'agencement de l'échafaud, expliquaient aux autres moins bien placés, comment les ouvriers s'y prenaient pour monter leur sinistre théâtre. Ces explications volaient de ttouche en bouche jusqu'aux derniers rangs de la foule.

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Beaucoup d'individus avaient apporté du pain, du lard grillé enveloppés dans du papier, du vin, s'étaient assis sur le gazon, mangeaieiit, buvaient et causaient en attendant le moment fatal. Un campagnard, qui avait vu Paris en 1831 racontait dans tous ses détails une exécution dont il avait été témoin. Dans ce temps là, c'était sérieux, disait cet homme; on marquait, on exposait publiquement le condamné. On voyait le fer rougir dans le réchaud, puis l'exécuteur tirait du feu les lettres T F chauffées à blanc, découvrait l'épaule droite et les appliquait sur les chairs. Le coupable criait, s'évanouissait quelquefois; dans ce dercier cas, il fallait le transporter du lieu de l'exécution à la voiture cellulaire.

Quelques enrfgés regrettaient que la Lotteau n'eût point été condamnée à la marque. Ils auraient pu voir sa peau rissoler sous la morsure atroce du feu, ses cris seraient arrivés jusqu'à leurs oreilles et elle qui avait tant fait souffrir les membres de la famille Mourot, qui était la cause de leur mort, à son tour elle souffrirait, implorerait la pitié de tout le monde et personne ne récoulerait. 13.

L'orateur, emporté par son sujet, finit par donner à ses histoires un développement extraordinaire. Il jouissait de reflet qu'il produisait; ii parla d'une condamnée aux g-alères qu'il avait vu sabir le supplice de la marque. 4 C'était comme aujourd'hui, clisait-il; on attendait la femme et son complice, l'exécution devait avoir lieu sur la place de la barrière Saint-Jacques.

Lorsque le cortég-e arriva prés de la foule au milieu de laquelle je me trouvais, les murmures cessèrent. Les g-endarmes se serrèrent, s'ouvrirent un passage avec beaucoup de peine, et parvinrent au pied de l'échafaud.

L'exécuteur et ses aides descendirent d'abord la femme qui avait les mains attachées, msiis dont les jambes étaient libres. Elle pouvait à peine marcher, sa fig-ure était pâle, ses dents claquaient, de grosses larmes roulaient le long* de ses joues. Le prêtre, qui avait mis pied à terre en même temps qu'elle, lui adressait quelques paroles pour lui donner du courag"e. Mais la malheureuse, arrivant en face de l'escalier, leva les yeux, et aperçut comme un point brillant le fatal couteau suspendu dans l'espace entre les deux montants. Elle eut peur, et tomba sur ses genoux, suppliant ceux

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qui l'entouraient de ne pas la forcer de monter. Le bourreau lui parla tout bas, elle comprit que la lutte était impossible, se laissa relever, et soutenue par les aides monta une à une les marches fatales. Le bois criait sous le quadruple poids de l'exéculeur, de ses deux aides el de la condamnée, qui fut prise de faiblesse lorsque, sur la plate forme, elle Tit le cercueil, le panier, la planche à bascule et le réchaud fumant. On lui retira son fichu; sa camisole fut coupée avec des ciseaux et la chemise, ouverte sur l'épaule, laissa voir la naissance d'un bras admirable.

La malheureuse jeta un reg-ard sur la foule qui grouillait à ses pieds; sur tous les visag-es qu'elle aperçut elle ne vit que l'expression de la haine et de la curiosité.

Les aides, qui l'avaient fait asseoir sur une massive chaise à dos de bois, l'attachèrent solidement, puis l'exécuteur s'approcha du réchaud, prit un des instruments qui ch:.uffaient, secoua la cendre dont il était couvert et deux lettres pareilles à des hiéroglyphes dessinèrent leur forme bizarre.

Ces deux lettres étaient un T et un P.

C'était la marque distioctive des condamnés aux g-alères à perpétuité.

Le bourreau fit deux pas du côté de la coupable.

Celui des deux aides qui tenait l'épaule où devait se poser le fer s'écarta ua peu, puis la condamnée éprouva àlafig-ure une vive sensation de chaleur suivie immédiatement d'une douleur atroce. C'était le fer roug-i à blanc qui venait de pénétrer dans la chair et d'y faire une plaie d'où s'échappaient du sang- et de la fumée.

La condamnée s'évanouit.

La foule pourtant si féroce s'était sentie prise de pitié en voyant le sang- sortir des lèvres carbonisées de la plaie et rougir la chemise. On la descendit, on la mit dans une voiture qui partit, escortée de deux g-endarmes. Dans la salle où elle fut déposée, on ne put trouver une seule femme pour lui donner quelques soins et la faire revenir à, elle.

Les deux g-endarmes et le conducteur de la voilure étaient fort embarrassés, ne savaient que faire, immobiles devant ce corps inanimé. »

L'orateur se ttit, jetant sur ses auditeurs

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un regard satisfait. Il était enciiaDté de l'effet produit par son récit.

Cependant, malgré les conversations animées, l'impatience s'emparait des spectateurs qui trouvaient qu'on faisait bien des cérémonies pour g-uilloliner un assassin. Neuf heures sonnaient à l'horlog-e paroissiale de Samt-Joire, quand un murmure immense sortit de la foule.

— Les voici! les voici! disait-on.

Eq effet on voyait s'approcher une troupe de gendarmes entourant une voiture sur laquelle on distinguait facilement trois personnes : le condamné, l'exécuteur et le prêtre.

Hubarl était vêtu d'une blouse bleue, d'un pantalon gris, engrosse toile écrue; un chapeau de paille mettait sa figure à l'abri des rayons ardents du soleil.

Il avait les mains solidement attachées derrière le dos, et aux pieds des entraves qui devaient l'empêcher de marcher.

Le conducteur de la voiture suivait à côté de son cheval, qu'il teaait par la bride. Le pauvre animal paraissait tout effrayé du bruit qu'il entendait et dressait les oreilles.

Hubert avait été conduit au pied des marches de l'échafaud, descendu de voiture et traîné sur la bascule.

Le misérable, malgré les liens qui l'enserraient, luttait contre lesaides qui l'emportaient. Chaque marche franchie le rapprochait de la planche fatale, c'était une seconde de moins à vivre.

Eq vain, le curé de Saint-Joire essaya-t-il de lui parler, la terreur fut plus forte que tous les raisonnements. Hubert ne voyait plus rien, n'entendait plus rien et ne comprenait qu'une chose: c'est qu'il allait mourir. Il était fort, mais ses forces étaient paralysées, ses mains ne pouvaient plus remuer, ses jambes faisaient avec peine quelques mouvements, et il avait à ses côtés des hommes solides et vigoureux auxquels il lui était impossible de résister.

Il priait, pleurait, menaçait ; mais prières, larmes et menaces n'avaient pas le don d'émouvoir ses bourreaux, qui arrivèrent tout essoufflés à la dernière marche. Ils mirent Hubert sur ses pieds, et le reg-ard du misérable se porta machinalement sur ce qui l'entourait. Il reconnut l'endroit où quelques années auparavant il avait arrêté la nuit la voiture

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de son cousin. Il vit le fossé où il avait laissé le cadavre, la croix de pierre rappelant le crime. Cette pierre qu'il avait arrachée à plusieurs reprises, et que de i'échafaud où il allait expier son crime il apercevait pour la dernière fois^, le fascinait. Malgré lui, ses yeux y étaient attachés.

Il ne voyait pas la campagne immense, le ciel bleu ; il n'entendait pas les murmures de la foule ni le chant des oiseaux, il ne considérait que cette croix blanchâtre, couverte d'une mousse légère, qui émergeait du sol.

Les aides l'avaient attaché sur la bascule sans trop de difficultés. La planche tomba. Hubert poussa un cri horrible. Son cou alla s'emboîter dans la demi-lune, entre les deux montants, l'exécuteur fit jouer un ressort, le couteau tomba avec un bruit sourd. On eût entendu voler une mouche tant le silence était profond dans cette foule terrifiée.

En une minute la tête et le tronc furent mis dans une boite, qu'on charg-ea sur la voiture qui avait amené Hubert vivant. La foule s'ouvrit, les chevaux partirent au galop et le cadavre fut enterré dans un coin du cimetière de Saint-Joire. Le bourreau et ses aides

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démoalèreal l'échafaud, mirent les, planches sur une voiture. Ls public quitta lentement le lieu de l'exécution où bientôt il ne resta plus que quelques curieux acharnés qui voulaient voir les g-oulles de sang sur le sol. Toute la journée les cabarets de Siint-Joire furent remplis d'une foule nombreuse, et le soir, à la nuit tombante, on voyait les habitants des environs regag-ner leurs villages en causant du fait du jour.

A Sainl-Mihiel , où elle était encore en

prison, Virginie connut dans tous ses détails la fin d'Hubert. Lorsqu'on lai coupa les cheveux pour la conduire dans une maison centrale et qu'on lui fit revêtir l'habit des condamnées elle pleura, puis un pâle sourire plissa ses lèvres. Elle songeait à Simon.

— Peut-être, se dit-elle, celui-là pourra me faire obtenir ma grâce!

Le plateau, qui sépare les deux bassins de rOrnain et de la Meuse, est, du côté du midi, couvert en partie de forêts qui entourent de vastes étendues de terres en culture. Sur le territoire de Demange-aux- Eaux s'élevait autrefois une ferme appartenant à une abbaye, dite l'abbaye d'Evaux. A. la Révolution, les biens des moines furent confisqués et vendus : la ferme de Plain-Lieu disparut et la charrue passa sur son emplacement. Cependant, l'œuvre de destruction n'avait pas été assez complète et, des débris, un grand nombre jonchait le sol.

Les fondations étaient mises au jour par

le soc retournant la terre ; les pierres, les briques, des faïences et des poteries brisées couvraient l'espace où s'élevaient les bâtiments. Les haies qui entouraient les jardins avaient été arrachées, mais de leurs racines étaient sorties de nouvelles pousses qui, depuis près d'un siècle, ont résisté à tous les efforts pour les faire disparaître. Le puits, très-profond à cause de la situation de la ferme sur une montag-ne, fut comblé avec les pièces des murs, on en voit encore aujourd'hui l'orifice à fleur du sol. Ce puits avait sa légende à cause de sa profondeur et les campagnards des villages voisins assurent qu'il communiquait avec des sources qui sourdrent dans des vallées étroites situées à des distances assez grandes.

Durant de longues années, les cultivateurs se trouvant à la brune dans les champs près de Plain-Lieu évitaient les ruines. De derrière chaque buisson, rappelant les anciennes haies, ils craig'nâient de voir apparaître un moine à la figure sévère, vêtu de sa longue robe ; mais le puits surtout inspirait une terreur profonde. La nuit, personne n'avait été assez hardi pour marcher sur ce trou comblé : on

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eût craint de disparaître dans les entrailles de la terre. De plus, quelques campag'nards prétendaient avoir entendu les eaux tourbillonner au fond avec un bruit de tonnerre. De l'endroit où s'élevaient les bâtiments on aperçoit la vaste plaine où l'on remarque à peine quelques lég-ères dépressions du terrain, puis des forêts qui s'étendent aussi loin que l'œil peut porter. Le bruit des cioches sonnant Vangelus dans les villages voisins n'arrive point jusqu'à Plain-Lieu. La nuit on n'3^ entend que le cri de la chouette et le glapissement du renard. Quand le vent souffle avec violence, les arbres de la forêt se courbent avec un bruit sinistre, et durant ces tempêtes l'énergie des plus braves faiblit quelquefois.

Vers 1860, le terrain de Plain-Lieu se trouva mis en adjudication; les amateurs étaient peu nombreux et on fut fort surpris à Démange lorsqu'on vit le notaire chargé de la vente pousser lui même les en chères au-dessus du prix normal de ce sol infertile. Naturellement les paysans ne s'amusèrent point à faire concurrence au notaire et se retirèrent en se demandant qui

pouvait bien avoir acheté l'emplacement de la ferme. Peu à peu les idées se modifièrent, quelques cerveaux brûlés émirent l'idée que l'acquéreur inconnu savait peut être que des trésors étaient enfouis sous les ruines et qu'il allait faire des recherches qui aboutiraient à le mettre en possession de l'or caché par les ruines au commencement de la période révolutionnaire. Cette idée courut tous les villages et chacun se rappelait alors avoir entendu parler par les ouvriers des richesses de l'abbaye d'Evaux, et on trouvait tout naturel que les religieux eussent enfoui une partie de leur avoir dans celte contrée perdue au milieu des forêts et éloignée de tout centre de population.

Les suppositions se changèrent en certitude lorsqu'on vit des ouvriers se diriger vers Plain- Lieu. Ces hommes creusèrent des fondations, élevèrent un pavillon, émondèrent les haies, et trois mois après le commencement des travaux le pavillon était construit. On ne creusa point le puits, ce qui eut demandé trop de temps et surtout exigé trop d'argent, on se contenta d'établir une citerne dans le jardin.

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Les habitants des campag-nes suivaient avec intérêt les progrès des travaux, et quand la maison fut terminée dans tous ses détails, ils attendirent avec une curiosité impatiente que le propriétaire vint s'installer. Ce jour tant attendu arriva, le bruit courut à Demang-e que Plain-Lieu était habité, non point par des moines comme quelques esprits forts l'avaient annoncé avec des gestes de terreur, mais par une femme. La calotte, comme disaient les fortes têtes du canton, n'était pour rien dans la recon.struction de la ferme; en effet, la nouvelle habitante n'avait pas la moindre apparence d'être l'ag-ent plus ou moins avoué d'un ordre relig-ieux quelconque.

On ne la vit pas dans les villages, elle vécut isolée avec trois domestiques qu'elle avait amenés. D'où venait cette femme, comment se nommait- elle? Telle était la question que, durant plus de deux mois, se posèrent les habitants de Demang-e. Cependant, grâce au facteur, on finit par savoir son nom, une lettre qui lui était adressée portait sur l'enveloppe:

A madame de Bermont,

à Plain-Lieu,

par Demang-e-aux-Eaux. (Meuse).

Quand on connut ce nom de de Bermont, on ne fut pas beaucoup plus avancé et les suppositions continuèrent d'aller leur train. Chacun se prétendait bien renseig-né, les uns disaient que c'était une veuve pleurant un mari, d'autres prétendaient que la propriétaire dePlain- Lieu s'était retirée au milieu des bois pour songer plus à son aise à un amoureux disparu.

Enfin un jour un habitant de Saint-Joire qui traversait la forêt rencontra dans un sentier celle qu'on appelait M"^ de Bermont.

Les splendides cheveux dorés de l'inconnue le frappèrent ; il se dit qu'il avait vu une chevelure pareille et song-ea, tout en marchant, où lui étaient apparus ces traits qu'il avait aperçus quelque part. Tout à coup un nom vint à ses lèvres, mais il haussa les épaules en se disant :

— C'est impossible! pourtant, comme elle lui ressemble !

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