‹ La sirène de l'argonneChapitre 2 sur 27 · LA DECOUVERTE D UX CADAVRE · texte numérisé non relu

LA DECOUVERTE D UX CADAVRE

Lesenfaols de Mou rot avaient passé la soirée, Iravai liant et causant, en attendant le retour de leur père. Henri était avec eus essayant d'amener sur les lèvres do Louise un sourire, de faire briller dans ses yeux un éclair de joie. Mais la je ne fille restait triste, malgré la g-aieté de ceux qui l'eatouraieat. Le temps s'écoulait et le clief de la famille n'arrivait pas. A oûze heures Louise se leva. Elle était dans un état d'ag-itation extrême.

— Souffrez- vous? lui demanda Henri.

— Non, je suis inquiète.

— Toujours ces terresirs qui ne vous abandonnent pas.

— Que voulez vous! c'est plus fort que moi. El mon père qui ne revient pas?

— Il aura rencontré quelque connaissance.

— Du reste il n'est pas beaucoup en retard, interrompit un des frères, étant parti assez tard de Saint- Joire, il est assez compréhensible qu'il ne rentre qu'assez avant dans la nuit.

— Tous vos raisonnements ne me rassurent pas, répondit Louise, et cependant je ne demanderais pas mieux que de vous croire.

Les causeries furent assez animées jusqu'à une heure du matin, mais à partir de ce moment une peur vag-ue vint s'appesantir sur les jeunes g-ens. Le silence se fit, chacun paraissait plong-é dans des réflexions tristes. Henri sentait la confiance l'abAndonner et essayait de réag-ir contre cette crainte qu'il ne s'expliquait pas. En efîet, le père Mourot pouvait s"étre trouvé avec des amis, avoir soupe avec eux ; après le souper était venu le café suivi d'un nombre considérable de petits verres d'eau-de-vie de marc; quand on est en joyeuse compag-oie, le temps passe vite et peut-être avait-on attendu que l'auberg-iste avertit qu'il était l'heure de quitter son établissement.

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Les yeux des jeunes g-ens se fixaient à chaque instant sur le cadran de l'horlog-B accrochée à la paroi de la chambre où ils se trouvaient. Les aig-uilles semblaient courir et franchir les minutes avec une rapidité désespérante. Enfin le jour parut, de pâles clartés pénétraient dans la pièce à travers les carreaux g-elés, puis que'ques rayons d'un soleil déjà chaud firent fondre la lég-ère couche de g-lace qui recouvrait les vitres et on put voir les arbres dénudés du jardin couverts d'une écorce rugueuse, noire et luisante , et au loin la campag-ne avec son manteau de neige.

— Il sera arrivé quelque chose à mon père, dit Louise.

— Je vais au devant de lui, répondit Henri. Tout le monde se leva et ou décida que les

hommes allaient immédiatement se mettre en route. Les habitants de Saint Joire surent bientôt qu'on n'avait point vu Mourot depuis la veille et comme la régularité de sa conduite ne permettait pas de supposer qu'il s'était amusé toute une nuit, chacun se proposa pour aider les enfants dans leurs recherches. Oa croyait qu'il était arrivé un accident à son cheval et que, par prudence, il n'avait pas

VjuIu se mettre en route à pied, la nuit, par un temps aussi froid. Peut être aussi l'animal avait il quitté la chaussée el traversé les terres en culture. La couche épaisse de neige étendue sur le sol faisait disparaître toutes les barrières ; il était impossible à dix heures du soir de distinguer !a route des terres qu'elle traversait.

— Mais la lune a brillé toute la nuit, fil observer un campagnard.

— Mourot se sera peut-être endormi et alors la bête, libre de ses mouvements, aura marché au hasard.

On s'organisa par petits gToupes qui, tous, se dirigèrent vers Demange-aux Eaux en remontant la vallée de l'Ornain.

Dans la matinée, un cullivaleur de S^iot- Joire aperçut le cheval de Nicolas Mourot. La pauvre bête n'avait pis bougé de place. Son dos et ses narines étaient couverts de givre. Dans le fossé du bois gisait le corps de la victime, formant une masse blanche et brillante sous les rayons d'un s leil d'hiver.

Ce ne fut pas sans terreur que le paysan contempla cet affreuz spectacle. Il promenait son regard de l'homme à l'animal, cherchant

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à s'expliquer ce que pouvaient vouloir dire cet hommemort et ce cheval arrêlé sur lachaus?ée. D'abord il chercha à s'assurer que l'assassin avait disparu et qu'aucun danger ne le menaçait en s'approchant du cadavre. Il frissonnait au moindre bruit; un mulot qui courait, une branche qui remuait le faisaient se redresser et regarder dans la forêt.

Peu à peu il s'enhardit el toucha, la iête de Mourct. La figure était pâle, les yeux ouverts, la bouche serrée. La plaie était gelée, le froid avait arrêtée l'hémorrhagie. Voyant qu'il n'y avait plus d'espoir de sauver Mourot, le cnllivateur remonta danb sa cariole el vint au galop à Saiot-Joire averlir 1-s autorités,

La nouvelle de l'assassinat se répandit dans tout le village; les habitants quitteront le coin du feu pour se transporter en masj:e sur le lieu du crime ; mais déjà le garde champêtre, envoyé par le meire, tenait les curieux à distance.

A chaque instant les groupes grossissaient. Les gens de Tréveray, de Démange, de La Xeuville, prévenus on ne sait commeat, accouraient par bandes. Les enfants criaient, les parents causaient plus ou moins sérieusement,

émettant sur le crime et ses causes les idées les plus contradictoires.

Enfin arrivèrent le maire de Saint-Joire, le juge de paix et le brig-adier de gendarmerie de Gondrecourt et un médecin. Le silence se fit lorsque ces quatre hommes, après avoir traversé la foule, pénétrèrent dans le demicercle dont la base était le fossé de la forêt.

Au centre, on voyait la place où la voiture avail été arrêtée. On devinait facilement que la lutte n'avait pas été longue ; le sol était peu piétiné et les pas étaient marqués bien nettement. Mourot devait donc être ivre ou endormi. On n'avait eu que la peine de l'emporter dans le fossé.

Le médecin ne put que constater la mort. Le couteau avait pénétré profondément dans le cou, et on voyait à la forme de la blessure, que la lame, dirigée dans tous les sens, avait pour ainsi dire déchiqueté l'artère carotide. Ce surcroît de précautions prouvait que l'assassin avail prémédité et exécuté son crime avec un sang-froid atroce.

On trouva sur la viclime sa bourse, une grosse montre en argent qui ne s'était pas

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arrêtée ; l'assassinat n'avait donc pas eu le vol pour mobile.

Le corps fut transporté à Saint Joire suivi d'une foule nombreuse. Le juge de paix ne put rien savoir des différents individus qu'il interrog-ea ; il partit pour Gondrecourl, attendant qu'un hasard mil la justice sur la trace du coupable.

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