‹ La sirène de l'argonneChapitre 20 sur 27 · PERE ET FILS · texte numérisé non relu

PERE ET FILS

Le chang-ement qui se produisit dans les habitudes de la baronne étonna son entourag-e. L'air de mélancolie répandu sur son visage ordinairement dur, la nonchalance de sa démarche, ses yeux quelquefois roug-is par les larmes cachées prouvaient aux plus incrédules que ce qu'on leur avait dit était vrai. Les rebuffades dont elle accabla ses admirateurs, si elles en éloignèrent quelquesuns en attirèrent d'autres. Parmi ces derniers se fit remarquer le vicomte Robert de Sauvoy.

Ayant d'abord été attiré chez M""" de Berraont par le bruit qui s'était fait autour du

nom de cette femme, il avait trouvé dvole de se poser en soupirant, de dépenser le patrimoine qui lui revenait de sa mère, morte depuis plusieurs années, à satisfaire les coûteux caprices de la fantaisiste et avare baronne. Un ami de sa famille, qui habitait Paris, avait averti le comte de Sauvoy des folies de son fils, et le gentilhomme, qui habitait toule l'année un château près de Lig-ny-en Barrois, rompit avec ses habitudes, prit le chemin de fer et se rendit à Paris pour lâcher de meltre un terme aux fantaisies de l'héritier de son nom et de sa fortune.

Il débarqua un matin à la g-are de l'Est et se fit conduire rue Saint Dominique où restait son compatriote, le baron d'Abainville. Ce dernier, qui n'avait point été prévenu, ne fut pas peu surpris de la brusque arrivée de son ami. Après les premiers compliments échang-és, le comte entama le chapitre de son fils:

— Tu m'as écrit, dit-il au baron, que mon fils avait une conduite des moins rég-ulières, qu'il compromettait son nom...

— Il est comme tous les jeunes gens...

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— Tu en parles bien à ton aise ! Comment, voilà un g-aillard qui se fait l'adorateur d'une fille de rien qui le compromet !

— Il ne faut point exag-érer. Robert est jeune.

— Eh, morbleu ! quand j'avais son âg-e je ne m'amusais point à courir la prétentaine. Je cultivais nos terres et nos vig^nes, je plantais des arbres, enfin j'étais utile à quelque chose.

— Robert fera comme toi, il plantera et cultivera.

— Il n'en prend guère le chemin.

— Ne t'impatientes pas.

— On voit bien qu'il n'est pas ton fils.

— Il y a un moyen de mettre fin à ses folies.

— Lequel !

— Le marier.

— Y song-es-tu? Quoi! donner à ce viveur une jeune fille innocente, ignorante de la vie ! ce serait un crime ?

— Ce crime se commet tous les jours.

— Chez les bourgeois, oui, qui ne voient que l'argent. Mais un gentilhomme, c'est autre chose.

— Il faut être de son temps. J'admets que ceux que tu traites de bourgeois visent un peu

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