‹ La sirène de l'argonneChapitre 21 sur 27 · I.A SIRÈNE · texte numérisé non relu

I.A SIRÈNE

trop à la bourse , et qu'ils marient leurs enfants sans s'occuper le moins du monde si les caractères s'accordent. Une mère trouve à caser sa fille en lui faisant épouser un homme vieux, elle en est enchantée, une fois le mariage fait, c'est au mari de se tirer d'affaire. Mais nous n'en sommes pas là. Robert est jeune, riche, porteur d'un beau nom.

— Et tu veux que son nom seul lui serve à trouver une femme ? car il ne faut pas parler de ses qualités, qui n'existent point.

— Mon Dieu oui. Ce n'est pas nous qui avons fait la société telle qu'elle est. Il faut s'arrang-er comme on peut.

— Tu as une morale bien facile.

— Enfin il faut pourtant en finir. Ton fils se ruine et se compromet pour une cocotte. Il 3^ a à cela un remède, c'est le mariage. Si ce remède te déplaît, alors laisse faire ton héritier.

— Je le déshériterai !

— Et après ? tu ne peux pas lui enlever un nom qui est le tien.

Le g-entilhomme hésita.

— Enfin, dit-il, agis pour le mieux.

— Tu me donnes carte blanche?

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— Oui.

— Dans deux mois Robert sera marié.

— Est ce que la future est déjà trouvée?

— Je le crois.

— Réfléchis bien et song-e à la responsabilité que tu assumes.

Le comte partit laissant seul M. d'A±)ainville. Celui-ci réfléchit à ce qu'il venait de dire et oraig-nit de s'être trop eng-ag-é. Le fils de son ami n'ofl"rait pas toutes les g-aranties indispensables pour faire un mari même ordinaire. On pouvait supposer que ses défauts n'étaient qu'une exhubérance de jeunesse, mais d'un autre côté il était permis de craindre que ce qu'on considérait comme des folies de jeune homme ne survécut au mariag-e. Dans ce dernier cas c'était vouer à un malheur immérité une enfant sans défense en la livrant à un débauché. Le baron se promit de bien étudier le caractère de Robert avant de trop s'eng-ager.

M. de Sauvoy en quittant son ami s'était rendu au domicile de son fils, mais ce dernier était sorti et son père laissa une carte sur

laquelle il lui donnait rendez-vous pour le soir. Il revint vers sept heures et trouva son héritier qui l'attendait. Robert se doutait bien que le comte n'avait point fait le voyag-e do Lig-ny à Paris dans le but de le voir, de l'embrasser et de lui faire des compliments sur sa conduite. Aussi après l'avoir serré sur sa poitrine à plusieurs reprises, il se décida à entamer le chapitre brûlant des confidences :

— Pourrais-je vous demander, mon père, à quelle cause je dois la surprise ag-réabie de vous voir? demanda- t-il à M. de Sauvoy.

— Vous devez bien vous en douter, monsieurmonfils, répondit leg-entilhomme en prenant possession d'un fauteuil.

— Moi! pas le moins du monde. Cependant le plaisir de visiter Paris...

— Ce motif n'eut point suffi pour me décider à quitter la campag-ne.

— Alors, mou père j'attends de votre complaisance une explication.

— Je ne serai pas long-.

— J'écoute avec tout le respect qu'un fils doit à son père.

— Mon fils, votre conduite laisse à désirer.

— En quoii

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— En tout. Au lieu d'étudier, vous vous amusez. Le théâtre remplace pour vous l'école de droit.

— Je travaille sérieusement.

— Ne mentez point. Vous dépensez votre arguent avec des filles et, comme beaucoup de jeunes g-ens de votre âg-e qui ont des parents riches, vous faites des dettes.

— Oh! si peu.

— Ne plaisantez point. Vous compromettez mon nom qui est devenu la risée du Paris viveur .

— Je ne comprends plus.

— Diable! Vous avez la tête dure. Vos relations ne me plaisent point ; il faut en finir avec cette existence débraillée qui ne peut vous conduire qu'à la ruine et peut-être au déshonneur.

— Voilà de bien g-rands mots pour de petites choses.

— Il est possible que vous n'attachiez aucune importance à ce que vous appelez ag-réablement vos fredaines, vos péchés de jeunesse. Moi, je vois les choses d'un autre œil, et si vous le permettez, je vais en quelques mots, vous expliquer ce que je désire et ce qu'au besoin je veux.

— Voire volonté sera respectée.

— C'est bien ainsi que je l'entends. J'ai vu aujourd'hui mon ami, le baron d'Abalnville.

— Un être bien morose.

— Je ne vous demande pas votre opinion sur le caractère du baron. Mais enfin voici: nous avons causé de vous et voici ce qui est résulté de noire entretien. Un projet de mariage....

— Pour moi !

— Oui.

— Y songez vous ! à mon âge !

— J'y pense sérieusement. Du reste ce projet n'est pas de moi.

— C'est le baron qui vous a mis cette belle idée dans la tête.

— Vous avez deviné.

— Eh bien, je refuse !

— Vous finirez bien par vous soumettre.

— Jamais !

— Ne prononcez ce mot-là dans aucun cas. Il arrive presque toujours que celui qui l'a dit avec la plus entière bonne foi, est forcé, pour des causes qu'il n'a point prévues, de modifier sa manière de voir les choses.

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— Je ne me trouverai pas dans une situation aussi humiliante.

— Si, si vous vous entêtez.

— Comment cela?

D'une façon bien simple. La part d'héritage qui vous revenait de votre mère est dévorée depuis longtemps. Vous avez même déjà escompté ma succession, mais je vous préviens de ne point trop vous illusionner sur ce qui pourra vous revenir après ma mort, car il ne vous restera rien, absolument rien.

— Vous me déshériterez ?

— Parfaitement. Je vendrai tous mes immeubles, je convertirai ce que je possède en argent et quand j'aurai disparu de ce monde, ne vous dérangez pas. Argent et titres au porteur auront disparu. A présent que vous connaissez mes idées à votre égard, agissez au mieux de vos intérêts. Je vous quitte pour retourner en Lorraine ou j'espère avoir bientôt de vos nouvelles.

Le comte se leva et sortit sans même dire adieu à son fils. Quant à celui ci il était abasourdi par ce qu'il venait d'entendre. Evidemment son père aurait le dernier mot dans

cette lutte d'enlêtement. Il faudrait bien un jour ou l'autre subir les volontés de celui qui tenait les cordons de la bourse.

— C'est qu'il serait capable de mettre ses menaces à exécution, se dit le jeune homme, et je ne me vois pas sans ressources, battant le pavé de Paris. C'est une position qui ne me conviendrait pas le moins du monde. Mais j'ai du temps devant moi; le baron d'Abainville n'a pas comme cela, toute prête, une héritière à laquelle il me jetterait en pâture.

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