‹ La sirène de l'argonneChapitre 6 sur 27 · INDIGNATION · texte numérisé non relu

INDIGNATION

A peine arrivés chez eux, les frères et les sœurs se reg-ardèrent, et après un instant de silence, l'aîné demanda, sérieusement si M. du Mirel n'avait pas perdu la tête.

— C'est, répondit une des jeunes filles, qu'il ne sait qui accuser ; alors voulant quand même avoir un coupable il s'est rejeté sur ce malheureux Hubert. Au même moment l'idiot rentra.

Tous l'entourèrent, lui pressant les mains et lui racontant les soupçons du jug-e d'instruction. Il pâlit d'abord affreusement, mais personne ne s'aperçut de ce chang-ement de S3 physionomie. Remis de cette émotion, ses

lèvres épaisses s'entr'ouvrirent laissant voir de loDg-ues dents blanches ; ses yeux s'ég-arèrent au plancher, il se mit à rire de sou rire bêle et sortit sans rien dire.

Deux heures après, tout le village connaissait les soupçons de M. du Mire! sur Hubert; dans les cabarets on s'iodig-nait ; entre deux verres de vin, on ne trouvait pas de mots assez énerg-iques pour blâmer sévèrement et criliq-:er durement la conduite de la justice.

M. Simon était assis à une table de l'auherg-e de Saint-Joire, ayant devant lui une demi-tasse et un carafon d'eau-devie de marc. Vêtu d'une blouse et d'un pantalon g-ris, coiffé d'un petit chapeau bas de forme, il resseml)lait à un âls de campag-nard en promenade.

Un consommateur vint s'asseoir près de lui.

— Ça ne vous gêne pas, au moins? lui dit-il.

— Pas le moins du monde, répondit M. Simon en souriant. Avec la curiosité souvent indiscrète du paysan, le client demanda au jeune homme s'il était du pays.

— Je suis de JoinTille, dit à tout hasard l'agent.

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— Vous y retournez?

— Oui, clans quelque temps. Je me sens indispofcé et je vais probablement rester ici plusieurs jours.

— Que font vos parents?

— Ils sont rentiers.

— Joli métier. Par le temps qui court, la terre ne produit rien, il faut travailler comme des animaux du premier janvier à la Saint- Sylvestre pour arriver avec beaucoup de peine à joindre les deuï bouts. Alors vous êtes ici en flâneur?

— Justement!

— Chançard, va !

— Voulez-vous partager avec moi une bouteille de bière?

— Ce n'est pas de refus.

M, Simon fit servir la bière, fit sauter le bouchon au plafond et emplit les deux verres de la boisson mousseuse.

— Vous savez la nouvelle ? lui dit son loquace camarade de table.

— Non. Quelle nouvelle?

Le campagnard lui raconta tout au long l'assassinat de Mourot, la mort de sa fille et les soupçons de la justice.

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