‹ La situationChapitre 9 sur 12 · LES MÉTIS · texte numérisé non relu

LES MÉTIS

- Eu parlant dés troubles du Nord-Nueft,.

kx"pensee se porte naturellement sur les’

‘Métis et cette pensee a le.double résultal

d'exciter le mécontenteient-chez les uns et les plus ardentes sympathies, chez les autres. “Tous, ceux ‘qui ‘m6 connaissent

‘savent que j'üime la population métisse,

de ue “rungerai toujours du été de ceux qui sympathisent avec lle. Avant do parler de la part, prise par les Métis, dans les troubles du - -Nôrd-Quest, je veux citer ici les paroles pranoncées à leur sujet, par | Lord Dufférin, ‘on son diseours d'adioux à à Manitoba, le:29 septembre 1877: “lln'ya

“pas le moindré doute qu'une large part

“ dus: bonnes dispositions; qui existent,

li entre les Peaux Rouges: et .nous-méêinés,

“ est due à l'influence et à-l'action:do cette

“ inappréciable classe. d'homines les Métis a | häbitants et pionniers d£#” Manitoba, (vifs

a applaudissements}: qui combinant, comme .

“ils le font la vigueur, la force et l'amour “ des aventures, naturels au sang indien de qui. coule ‘dans lours‘veines, avec la civi- “ lisation, l'instruction et Ki force-intellec-

. #tuelle qu'ils. tiennent‘ de. Jeurs 'ancèt'es

D paternels ont proclamé l'évangile de la : |

“ paix, de la bonne volonté ët du respect’

“mutuel, avec ‘des résultats également *

avantageux au chef sauvage A sa logé”

“ot-âu cafon dans son chantier. {Applau- :

‘ disseménts renouvelés.j. ls ont. télés “ ambassadeurs entre l'est et l'ouest; les

. ‘interprètes de ln civilisation et de ses

it exigeances vis-à-vis de ceux .qui- habitent

& la ”-prétrie, . Luut comme ils ont dit aux: -

.“ blancs, quelle est 1x considération’ juste- +

. 4 rite dug aux sisceptibilités, à l'amour ropre si sensible aux préjugés, au. désié °° - nn

de justice‘ de Îa race. sauvage.

“ se es Métis ont Rat à -continués.}. De’ fait,, - U Îles | Métis. ont fait pour La colonie sé. qui ‘

. +. ’ fu Footer à LS to se * : e ve ‘ 25 . ot EE

Ms tu.

“ne se serait pas atcompli sans eux: ils “ ont établi entre'la population blanche et “ indienne, des sentiments traditionnels de “Bon vouloir et d'amitiè, qu'il n'aurait pas « été possible d'établir sans eux. (Applau- # dissements).” ‘ . ‘ ,

Si, les paroles précédenñtes avaient été mieüx comprises, si la ligne de conduite qu'elles semblent indiquer avait été suivie, le pays n'aurait pas eu à déplorer les maux qui sont venus fondre sur lui Quand Lord Duffcrin a visité Manitoba, heureusement pour l'honneur des Métis, il n’y avait pas.

de chars pülais. Son Excellence a dû voyager comme on voyagéait alors, et tout naturellement, il a voyagé avoc des Métis, Avec eux, il a parcouru la prairie, il a traversé lu

. forèt,.il a connu lu: churette et le canot d'écorce, il n’a pas dédaigné de parler avec ses guides. Sachant Îe français, il n’a pas eu besoin d'interprète; intelligent, il a compris la population ; homme d'état, il a dit au pays ot aux aviseurs des ‘représentants de Sa Majesté: voici le passé des Métis, leur

. Utilité, quelquef-unes de leur nobles qualités; voyez ce que vous devrez faire à l'avenir.

Les suggestions du grand diplomate n'ont pas été comprises. On a mieux aimé continuer sur le ton donne; par le.soidat heu-

reux qui est entré au Fort Garry.longtemps après que les, Métis lui en ‘avaient ouvert.

. les portes, Le colonel Woiseley avait traité

les Métis de “ bandits et de läches.” Cette : slupide assertion {c'est l'appréciation qu'en:

a fait le ministre de la milice ‘d’alors) a fait

on chemin. Un grand nombre de jour-:.

aux l'ont répètée, Jes officiers de tous

rades s’en sont inspirés; et au lieu de endre.aux Métis la justice à laquelle, ils

avaient droit, on en’ a sonvent oublié, à :

léur égard les dagescriptions les plus élémentaires. Anl de les traiter comme des gentilshommes traitent tout le monde, on s’est permis à leur égard des grossibretés et des insolences capables de blesser les susceptibilités les plus légitimes. Un rude et dédaigneux : { dont tatk frenh, a souvent été l'unique réponse à des demandes. légi-

times.‘ On a publié qu'étant les enfants du

sol, ils avaient des droits particuliers. Si au moins,on avait voulu se souvenir qu'élant

‘le lien naturel, les intermédiaires les plus

eflicuces entre les sauvages et les blancs, leur concours était comme nécessaire! AU lieu de se rappeler ce que dit Lord Dutferin

el'ce qui est vrai, en parlant de Ja paix qui,

régnait dans le pays, on à invoqué une prétendue Canadian Policy with the Indians,

- qui n'existait que dans l'imagination, puis-

que, en réalité, le Canadu ne fait que d’entrer en relations avec nos sauvages. Les tristes événements de cette année prouvent jusqu'à l'évidence, que ce sont les Métis qui maintenaient jes tribus indiennes dans leur attitude pacifque. A la première rumeur

de rupture etre les Métis -et-les autorités, ‘les sauvages ke sont soulevés; ils se soulèes circonstances analo”

verort encore, gues 86 e reproduisent.

Quant à la question de ia prétendue là-

cheté des Métis, je crois qu'elle a été résolue .

amplement! : | Après ces rélexions et ce qu'il y a de ronnu officiellement, il m'est impossible d'exonérer les autorités de toute responsabilité. ‘Depuis quiuze ans, on aurait ‘dû faire autrement qu'on n'a fait. Je le répète, je ne suis pas homme de parti politique, maïs je crois que les deux partis ont leurs responsabilités. On aurait dû et on aurait pu prévenir les {roubles, . Que n’a-ton écouté ceux qui les prévoyaient ot qui

en ont averti qui de droit? Nos hommes,

d'Etat ont mon respect, mais, l'erreur est trop commune parmi les homines pour croire qu'ils ne pourront pas soulfrir qu'une voix aie leur dise, qu'ils se sont trompés.

D'ailleurs, la justice veut qu'on se souvienne qu'ils ne sont pas les seuls coupables. Les banquettes ministérielles sont au nombre de treize, mais les Banyuettes parlementaires se chiffrent par prés’de trois cents.

Ît est sans doute pénible, et humiliant de-

savoir, que des Ministres de la Couronne ent pu affirmer ofliciellemont qu'il ne s'était jamais fait de démarches en faveur des Métis, soit par eux-mêmes, soit par leurs

amis, mais d’un autre côté, il est aussi hien .

pénible de savoir que les voix isolées qui sc sont fait entendre dans les deux chambres de notre Législature, n'ont pas trouvé un appui assez influent pour forcer à l'étude ap- - profondie de la situation et des moyens de remédiér à "ce qu'il y avait-de défectueux.

Dire qu'îl n'a fallu rien moins que l'effu-

sion du sang et ln dépense de millions,

pour faire comprendre à ceux qui s'oc--

eupent de la chose publique, à quelquo titre

que ce soit, que non-seülement le Nord« uest est un vaste pays, mais qu'il y a là:

de vastes questions sociales, qui sont loin d'avoir recu ne solution satisfaisante |

On parle beaucoup de la puissance de la.

presse. © C'est en effet, un très-puissant le-

vier, Mais les aborigènes de ce pays ont.

le droit de se demander si tous les organes .

de ta publicité leur ont été utiles, ‘’En Canada, règle génépale, les journaux se rédigent au point de vue de l'intérêt des

partis politiques.” Les uns ‘attuquent ‘le ‘

.Bouvernement sans la modération nècesaire pour produire un: bon résultat.

D'autres au contraire Je louenñt avec nne

ardeur encore plus regrettable que les at

taques. Dire qu'aujourd'hui, il y a des:.

journaux qui jour déplacer la’ responsabilité veulent rendre le vénèérable Monscig- :

gneur Grandin, ses dévoués missionnaires

et moi-mêmé responsables des fautes com- -

mises à l'égard des Métis !

Ces assertions ridicules et mensongères

font plus de tort que de bien à ceux que:

l'on veut servir et par suite, sont très-dommageables aux inléréts publiques. °

LES SAUVAGÉS. ‘

En commençant à parler des. Métis: j'ai

été heureux d'invoquer, en leur faveur, :le .

témoignage de Lord Dufferin. ‘

En parlant des sauvages, j'éprouve une joie analogue, puisqu'il m'est permis do.

citer . les paroles d'un autre roprésentunt de notre Gracieuse Souveraino.

Le Marquis de Lansdowne a voulu voir les sauvages, leur parler, 1es: ontendro et voici les nobles paroles, que ces conversations lui ont inspirées, d’après la traduclion que jiaisous des yeur: “Il est ‘impossible de rencontrer .ces pauvres “ gens ct d'entendre leur dire, sans resson- “tir une vive symputhie pour eux; vu la :

“ situation actuelle où ils sc trouvent. ls “ sont les habitants originaires de ce conti- “nent. Ils se considèrent eux-mêmes, et‘:

non sans raison, comme légitimes pos- “ sesseurs du sol. Aussi, il ne faut pas

être surpris de voir ces pauvres sauvages, “ maintenant que le buflle, de l'existence duquel dépendait leur'propre existence, “ depuis nombre d'années, est prosque “ complètement disparu, se livrer de temps # à autre, à une sorte de désespoir, cela, “ surtout lorsqu'il voit, comme ils le disent . eux-mêmes, les blancs s'enrichir d'année “en année, et eux, au contraire, devenir “ de plus en plus pauvres. Ce n'est pas “ici Pendroit de discuter lu question du “ titre qu'ils prétendent avoir aux terres du “ Nord-Ouest. La valeur de ce titre, ne se + rêsume.pas tant à une question légalr, “qu'à un droit moral que possèdent ces ‘“ pauvres gens, de recevoir un traitement “ équitable de ceux qui ont répandu dans “ce pays, le flot irrésistible de la civilisa-

VAK MGI ALEXANDRE TAGHÉ. {9

“tion, dévaut lequel res ruces primitives “ ont dû cèder le pas et reculer.” .

Ces paroles ont été prononcées pur le ‘Gouverneur-Général à Winnipeg le 22 oc.

tobre dernier. J'ai eu le plaisir de les.

“entendre. L'émotion de Son Excellence était si profonde qu'elle se trahissait dans sa voix. Ces paroles si sympathiques . furent vivement ‘applaudies. On voyait

l'homme intelligent qui a compris la gravité d'une question et l'homme de cœur, épris d'un généreux enthounsinsme pour des. êtres humains que notre civilisation tant vantée ne. suit que reculer en attendant qu'elle les détruise, :

Les sauvages ont eu leur part aux troubis.” Les uns ‘par de crucls massacres, dont rien ne peut pullier. l'horreur, les autres par une attitude regrettable sans doute,rmais jileines, à certains points de vue, d'éhscignenents importtnts pour ceux qui savent réfléchir ct sentir.

Les sauvages du Nord-Ouest ! Voilà une etässe d'hommes bien peu comprise du, peuple Canädien'én général et qui.ne le -sera jumais enlièrernént que par ceux qui parlent leur langue; qui ont vécu: avec eux et qui leur ont voué leurs syinpathiess Jamuis le Canada nt saura quelle épreuve il faif subir aux fiers enfants du désert, en les parquant sur des réserves pour ‘souffrir les angoisses de: la faim et devorer Îles répugnances d'une demie captivité,

? faut avoir vu l’indomptable sauvage sedresser aù militu des, immenses prairies ra

ee qe a qe nn

se drapev avee complaisance, dons sa demie nudité; promener sonitregard de fou sur

ves horizons says horues:; humer une

almosphère de liberté qui ne se trouve nulle pret ailleurs; se cotuplaire dans une sorte de royauté qui n'avait ni les embarrus de la richesse, ni la responsahilité de Ja dignité ! , ‘

Ilfaut avoir.vu cet infatigable chasseur, . fluvant jusqu'à une sorte d'enthousiasme religieux, les péripéties, les chances el: les succès d'une chasse qui n'a jenais eu de parallèle! . : ——

Lfaut avoir connu ce flâneur à qui l'abohdaneé permettait dé passer presque.

toute at Vie,tlans-fiñe -oîsiveté à laquelle le éuprice seulofMfil des variétés. . Oui,.il faut avoir vdftont/éelk'el voir le sauvage d'aujourd'hui, traineutsa misère ; privé de son incomparable ‘indépendance ; dans un élat continue] de güie et de demi-jeûne ; ayant ajouté à ces vices les dégoutüntes conséquences de l’immoralité des blancs !

Il faut avoir vu tout cela, et l'avoir vu suus l'influence de la $ympathie, pour comprendre tout ce que souffrent les Sauvages aujourd'hui. 5 .

“Qu'on ne parle pas des trajlés comme compensation ce changanent.| Ces traités, le sauvage sas culture ne led an pas conipris, Îl en a compris la forme, si vous voulez, müis il n'en u passais] lu portée, pu conséquent n'en a pas’ accepté les conséquences. Je dis plus, le gohvernement rt ceux qui ont fait des traités dn son nom,

Pl

ee | . PAR MGR ALEXANDUÉ TACHÉ. 21;

n PE ER |

ont jamais eumpris eux-mêmes er qu'ils

tisaient, dans ce sens du moins qu'ils n'ont

Amais su quelle position inaceepluble its wéparaient aux Sanvages, on maintes cir-

onslances. Aussi, volontiers, je dirui,

ivec Son Excellence le Gouverneur-Géné-

ral: + ne faut pas étre surpris de voir.

+ ces pauvres Sauvages so livrer de temps

ke autre à uno.sorts de désespoir." Les

lus stoïciens né pourront s'empécher de

dire que ces Sauvages ont “un droit moral

à un traitèment équitable.”

C'est plus le temps que jamais de penser ‘aux, fantes qui qut été commises à leur égar d. (Ori les à Rissis eu proie aux séductions d'hommes d'une immoralitérévoliantr, et quand. l'attention a été allirée sur ce point, les amis de l'humanité ont eu un regret. de plus à enrégistrer, par suite les Sauvages. ont’ conçu un profond mépris .pour des personnes qu'ils auraient eu

besoin de respecter.

Dans dautres circonstancus on a dépouilié les Sauvages de la pitance qui leur était assignée, -ou on: la leur a donnée de plus mauvaise grâce qu’on ne.sert un chien.

On a dit blunc et noir quand ce n'était ni l'un ui l'autre. L'indien qui est beaucoup plus intelligent qu'on ne fait semblant de

e croire a senti son: mépris s'augmenter. :

., C'est parmi les Sauvages surtout, qu’il :

est important:de faire un choix judicieux de ceux qui ont à exercer une ‘autorité quelconque. Ce choix, je suis heureux de le dire, est ce qu'il doit être en maints en-

‘en-188Â, que tel indiv

22 * LA RITUATION Fr

droits, et la conséquence c'est que: Ai, lés Sauvages sunt satisfaits 61° le gour érmement a aussi raison de l'être, ., -

Rien, absolument rien ne péut atténuer les masarores ‘du’ luc La Grenonille, c'est même un sentimentalité exagéré, ue de vouloir blämer:le gouvernément d'avoir:

Taissè exéenter les duteurs da ces Forfaits

‘ Je ne veux :done ullemènt justifier les

- Sauvages, - mais puisqu'il est à propos que

la .vérilé soit connue, -et au risque d'étonner beaucoup, j ‘firme que ces massneros n'ont .

“p@s été sans provocations du mains ëloi-

‘’gnées, J'invoque le témoignage d'une ‘des

viclimes ellémêmes Le Révd P: Fafard disait à, un’ de ses confrèrés qui mé l'a ‘répété: Un 'tel-est d'une brutalité indigne envers les Sauvages. “HU se fera hier quel que jour. ": Celui dont il était question a été -

Aué’et deux généreux missionnaires ont aug-

menté le nombre des victimes, qu'ils voit laient protéger.

Un gentithomune, contre la: véricité du-

‘quel je ne puis avoir de doute, m'a assuré’ à -

moianème que des Sguvases lui avait dit.

ù tes traflail:comme des chiens, et ce dernier aussia été tué par un des Sauviges qi se plaignaient' de lui.

Je dis ces choses, si pénibles à dire, pare que les deux vasque -je cite.ne sont pas lès”

- seules exceptions aux bons traitements aux- «quels ces pauvres gens oùf-un droit moral,

et je lé dis; puisque. je, parle pour l'avenir

‘ encore plus que pour le passé.

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