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LE MODE D'EMBAUCHAGE DES OUVRIERS DE L'AUTOMOBILE

Si nous croyons devoir dire quelques mots de la question de l’embauchage des ouvriers dans l’automobile, c’est parce qu’il y présente certaines particularités, relatives aux rapports qui existent entre patrons et ouvriers dans notre industrie.

Nous savons que cette question est très délicate, et nous ne voulons l’aborder qu'avec beaucoup de circonspection, car il règne entre employeurs et employés de l'automobile une sorte d’antagonisme latent, dont il ne nous appartient pas de rechercher les causes, mais dont nous croyons pouvoir tout au moins constater les effets, sans risquer de manquer à l’impartialité dont nous

nous sommes fait une règle.

Cette tension des rapports entre patrons et ouvriers date surtout de la grève de l'automobile, que nous étudions d'autre part. Avant la grève, et surtout au début de l'automobile, alors que la plupart des usines étaient plutôt des ateliers, une coutume intéressante existait au point de vue de l’embauchage.

Le contre-maître ne s’en occupait pas lui-même ; mais il chargeait un ouvrier de l'usine, de la partie de l’ouvrier à remplacer (par exemple un fraiseur pour trouver un fraiseur) d’'embaucher un camarade.

Cette méthode offrait de grands avantages au point de vue purement professionnel : elle garantissait l'habileté de l’ouvrier embauché, que l’embaucheur choisissait avec soin, afin d'assurer une juste répartition du travail commun. Elle établissait entre les ouvriers une grande solidarité, car l'embaucheur se chargeait de fournir des outils à l’embauché, de lui expliquer son travail, en un mot de le mettre au courant. De plus, l’embaucheur garantissait pour ainsi dire moralement l'embauché, et avait à cœur de n’engager que des camarades sérieux, au sujet desquels ils pouvaient assumer toute responsabilité.

Malheureusement cette méthode, quoiqu’elle fût profitable non seulement à l'ouvrier, mais encore au patron, n'offrait pas à ce dernier ce qu’on pourrait appeler la « garantie politique ». Il ne savait rien

des opinions de son ouvrier, il ignorait s’il était syn-

diqué ou non, et craignait, à tort ou raison, il ne nous appartient pas de le dire, que les membres des syndicats professionnels s’entr'aidant naturellement, leur usine ne devint, à brève échéance, un syndicat organisé et puissant, contre qui ils n'auraient pu que diffi-

cilement lutter.

C’est pourquoi cette méthode d'embauchage fut supprimée, et remplacée par la méthode suivante : Dans un certain nombre d'usines, un homme est spécialement chargé d’embaucher les ouvriers. Il se renseigne sur les candidats naturellement et officiellement au point de vue professionnel, mais aussi au point de vue politique (1). Il établit une sorte de fiche qui renseigne le patron, et celui-ci accepte ou refuse le postulant,

suivant les renseignements qu'il reçoit.

Il existe aussi, dans le même ordre d'idées, un office de placement pratuit pour les ouvriers. Chaque usine adhérente à cet office verse une annuité de 1 france par ouvrier employé chez elle (par exemple 1.000 francs

par an pour une usine qui emploie 1.000 ouvriers).

(1) Remarquons en passant cette tendance fâcheuse à introduire une idée de politique dans la notion de syndicat professionnel. Il nous semble que le fait d'adhérer à un syndicat ne devrait pas être considéré comme une opinion politique. Il est vrai que certains syndicats, qui ont dévié de leur voie purement professionnelle, sont jusqu’à un certain point cause de cette manière de voir. Ce n'est pas; croyons-nous, une raison pour généraliser.

Moyennant quoi cet office lui fournit les ouvriers dont elle à besoin. Il convient d'ajouter que ces ouvriers présentent au patron toutes les garanties que celui-ci

peut réclamer.

Nous croyons que c'est en partie à ce mode d’embauchage, qui est en somme un moyen de lutte, qu'il faut attribuer la faible proportion des mécaniciens

syndiqués dans l’automobile (à peine 14 0/0).

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