AVANTAGES DU SALAIRE AUX PIÈCES
Nous ne voulons parler que des avantages du salaire aux pièces au point de vue ouvrier : la question ne se pose pas pour les patrons, Car ils considèrent comme un avantage évident (ce qui d’ailleurs peut être contestable) tout mode de rémunération déterminant une augmentation de production.
Il nous semble que, durant les périodes de prospérité, c’est-à-dire quand, comme nous le disions plus haut, la masse du travail tend à s'accroître, le salaire aux pièces, augmentant la production individuelle sans provoquer le chômage, c’est-à-dire sans empêcher un seul ouvrier, non seulement de travailler, mais encore de donner son maximum du travail (et c’est le cas pour l'automobile), ne peut qu'accroître la masse des salaires. Nous n’avons pas pu déterminer la différence de production entre l’ouvrier aux pièces et l’ouvrier au temps, puisque jamais dans l’automobile les ouvriers n’ont été payés au temps; mais nous ne pensons pas trop nous avancer en supposant que si les ouvriers de l’automobile avaient été payés au temps, leurs salaires eussent été notablement inférieurs à ce qu’ils ont été
en réalité.
tion rationnelle et générale de production, prévenir, jusqu'à un certain point, la crise de l’automobile.
Un autre avantage du salaire aux pièces nous paraît avoir résulté, dans l'automobile, de la fréquence des contrats intervenant entre patrons et ouvriers au sujet du tarif des pièces. En effet, comme nous l’avons déjà indiqué pour les mouleurs, les changements continuels de modèles nécessitaient des changements de tarifs. Et comme pour les mouleurs, l'augmentation des bénéfices rendaient les patrons relativement larges. Seulement nous ferons remarquer ici que, alors que chez les mouleurs, ces discussions fréquentes avaient pour résultat une augmentation de tarifs, chez les mécaniciens, elle ne se traduisait guère que par le maintien de ces tarifs ; et nous croyons voir là l'influence de l’organisation ouvrière, qui, puissante et homogène chez les mouleurs, et de plus ayant en face d’elle, non des patrons isolés, mais un syndicat patronal, est au contraire à peu près nulle chez les mécaniciens de l’automobile (environ 14 p.100 de syndiqués, alors que les
mouleurs de Nouzon l’étaient tous (1).
Il nous semble aussi que le salaire aux pièces est plus souple que le salaire au temps, en ce sens qu’il se prête mieux à une limitation de la production de la part de
l'ouvrier. En effet, si des ouvriers au temps limitent
(1) Nous reviendrons plus loin sur les grands avantages que nous semblent présenter les syndicats patronaux, au point de vue des intérêts ouvriers.
leur production, comme nous le disions tout à l’heufe, les patrons les renverront ou baisseront les salaires. Tandis que si l’ouvrier aux pièces produit moius, Île salaire diminue automatiquement, et le patron n’éprouve d'autre préjudice qu’une diminution de bénéfices à laquelle il peut d'ailleurs remédier en embauchant de nouveaux ouvriers aux pièces ce qui n’augmentera pas la somme totale des salaires qu'il peut payer.
Seulement,cette souplesse particulière du salaire aux pièces ne serait vraiment précieuse que si une organisation ouvrière puissante, dirigée par des hommes éclairés, s’en servait pour régler la production générale de l’industrie de manière à éviter autant que possible la surproduction, et par conséquent les crises et le chômage : et c’est malheureusement le contraire
qui s’est produit dans l’industrie automobile.