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SITUATION DES MOULEURS DE NOUZON

Jusqu'en 1902, date de la grande grève des mouleurs de Nouzon, leur situation fut la suivante : travail à la journée et aux pièces, pour un 1/3 environ aux pièces. La journée de travail était de 12 heures, et les salaires s'élevaient au minimum de 6 francs pour les mouleurs à la journée, et pouvait atteindre 6 fr. 50, 6 fr. 75, même 7 francs. Le mouleur aux pièces gagnait de 7 à 8 francs.

Lorsque par suite de l'application de la loi Millerand, la journée de travail fut réduite à 11 heures,le statu-quo fut maintenu, tant pour les salaires journaliers que pour les prix des ouvrages aux pièces. C'était en somme une augmentation de salaires, et le développement de l'automobile, augmentant le besoin de main-d'œuvre, n’était pas étranger à cette concession patronale.

Mais en 1902, iors de la réduction de la journée à 10 h. 1/2, les patrons manifestaient l'intention de réduire les salaires du prix d’une 1/2 heure par jour (voir, ei-après le récit détaillé de ce conflit, d’après le

bulletin de l'Office du travail). Pour expliquer cette

attitude, qui pourrait paraître en contradiction avec le besoin croissant de main-d'œuvre, il semble qu’il faille tenir compte des habitudes de certains fondeurs au point de vue de l’apprentissage. En effet, un mouleur n’acquiert pas du jour au lendemain l’habileté nécessaire au modelage en sable des modèles, et un apprentissage sérieux dure environ un an. L'enfant commence généralement vers l’âge de 13 ans à travailler comme noyauteur. Dans certaines usines, malheureusement peu nombreuses,ils font ce métier de noyauteur (1) pendant trois ou quatre années, au bout desquelles ils manient assez bien la spatule pour mouler eux-mêmes sans aucune autre aide que les conseils des contre-maîtres ou des voisins de table. Ceux dont le père est mouleur sont placés près de lui, et apprennent leur métier généralement plus vite et mieux.

Mais ces usines, où tout noyauteur peut devenir mouleur, sont les moins nombreuses : le plus souvent, et c’est la coutume à laquelle nous faisions allusion plus haut, le patron détermine à son gré le nombre des noyauteurs susceptibles d'apprendrele moulage. Cette limitation du nombre des apprentis s’opère par exemple en faisant varier l’âge auquel le jeune homme aura

le droit de commencer son apprentissage.

(1) Le noyau est la forme de sable que l’on place dans le moule pour former les cavités de la pièce,

De plus, le père ou tuteur du noyauteur doit verser une somme (par exemple 100 fr.), qui lui seront rendus lors du départ du jeune mouleur au régiment, mais qui restent acquis à l’usine au cas de départ volontaire et prématuré du jeune homme. Cette clause du contrat d'apprentissage constitue, non pas une rémunération pour le patron, mais une garantie : elle a pour but d'empêcher l'apprenti; lorsqu'il est dégrossi, au bout de 12 ou 15 mois, d'aller porter dans une autre fonderie ce qu'on lui à appris.

Or, de 1900 à 1902, ces fonderies, ayant la possibilité d'augmenter le nombre de leurs mouleurs en développant le nombre des apprentis, et de s'assurer en même temps un personnel d'une stabilité obligatoire mais réelle, car un mouleur ne se résigne pas volontiers à perdre 100 francs qu’un peu de patience suftit souvent à lui faire conserver, ces fonderies répondirent au besoin croissant de main-d'œuvre que causait l’automobile par un développement constant de l’apprentissage.

De sorte qu’au moment où la journée de travail fut réduite à 10 h. 1/2, les patrons se sentirent plus forts vis-h-vis des revendications ouvrières, et purent décider une réduction de salaires correspondante à la réduction de la journée de travail. Telle fut l’origine du confit de 1902.

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