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LA THÉORIE DE L'OFFRE ET LA DEMANDE DE MAIN-D ŒUVRE

Il existe deux classes dont les intérêts sont en contradiction : d’une part les employeurs, qui ont besoin

de plus ou moins de main-d'œuvre suivant les mo-

LES MOULEURS ET L'INDUSTRIE AUTOMOBILE 9D ments ; d'autre part les salariés, qui ont toujours besoin de travailler, pour vivre, et élever leurs enfants. Or, les salaires de ces travailleurs augmenteront lorsqu'augmentera la demande de main-d'œuvre, ou que l'offre s’en ralentira, et diminueront lorsque l'offre augmentera ou que la demande diminuera. Mais il se produira ce fait : quand les salaires seront au-dessus de ce que Ricardo appelle le salaire normal, c’est-à-dire le salaire strictement nécessaire à l’ouvrier pour se nourrir, lui et sa famille, il aura tendance à augmenter sa famille, à élever un plus grand nombre d'enfants. Mais cette augmentation du nombre des travailleurs, développant l'offre de main-d'œuvre, aura comme conséquence de faire baisser les salaires, jusqu’à les ramener au salaire normal ou au-dessous. À ce moment, les privations, la difficulté d'élever des enfants, réduiront

la classe ouvrière, et les salaires remonteront.

Or, il semble que si cette théorie,ramenant les variations de salaires à des causes purement objectives, s'appliquait au premier des deux faits que nous signalons, l'augmentation des salaires que nous avons constatée devrait être proportionnellement la même pour tous les mouleurs, et ne pas rester à peu près nulle pour les mouleurs à la journée, tandis que la rémunération du travail doublait pour les mouleurs aux

pièces.

Ou bien il faut nécessairement supposer que cette différence est due à une demande de main-d'œuvre s’exerçant particulièrement sur une certaine classe de mouleurs.

Et nous avons vu que les mouleurs aux pièces étaient les plus habiles, les plus susceptibles de s'adapter aux besoins de l'industrie nouvelle. Nous sommes donc amenés logiquement à découvrir comme cause de cette absence de proportion dans l'augmentation des salaires des deux classes de mouleurs un élément subjectif qui nous paraît être /a productivité du travail de l'ouvrier.

Nous étudierons tout à l'heure ce nouvel élément.

La théorie de l'offre et la demande peut évidemment expliquer la hausse du salaire des mouleurs aux pièces.

Nous ne voulons pas dire qu'elle en soit l'explication réelle ; car si l'abondance de demande de maind'œuvre demeure la cause immédiate de l’augmentation des salaires, il conviendrait de rechercher la cause elle-même de cette demande abondante—la cause efficiente par conséquent de la hausse des salaires. Et nous verrons que, là encore, l’idée de productivité du travail pourra nous donner une solution satisfaisante.

Mais ce que la théorie de l'offre et la demande ne peut aucunement expliquer, c'est le maintien des salaires élevés malgré la rareté de la demande de main-

d'œuvre et l'abondance de l'offre, traduite par le chô-

mage. Nous verrons plus loin quel élément nous semble

intervenir pour expliquer ce fait.

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