‹ La Situation des Ouvriers dans l'Industrie AutomobileChapitre 9 sur 29 · LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL

On a défini la productivité du travail en ces termes : la relation d'une certaine somme de travail à l'effet utile produit par ce travail (1).

Cette définition très claire nous paraît un peu synthétique. Il nous semble que pour acquérir une notion précise de la productivité du travail, il convient d’analyser cette donnée, et de dégager les différents éléments qui peuvent contribuer à rendre le travail plus ou

moins productif.

Ces éléments, croyons-nous, peuvent être divisés en deux catégories :

1° Les éléments subjectifs, c'est-à-dire dépendant de l’ouvrier seul ;

2° Les éléments objectifs, &épendant de circonstances

extérieures à l’ouvrier, et non soumises h sa volonté.

Dans la première catégorie, on peut ranger :

L'intelligence de l'ouvrier.

(1) Simian, thèse, Paris, 1904. Cette définition s’applique-t-elle à la productivité en quantité, ou en valeur? Nous n’entendrons, quant à nous, par productivité, que la productivité en valeur, car la quanlité produite n'est qu'un des facteurs de Ja productivité en valeur du travail.

Son habileté professionnelle et par conséquent la qualité el la quantité des objets produits.

La volonté de produire le maximum ou au contraire, de réduire sa production.

Le mode de travail (au temps ou uux pièces).

Dans la seconde catégorie, nous comprendrons :

Les conditions économiques de l'industrie (monopole de fait ou élat de concurrence).

La demande plus ou moins abondante de l’objet produif,

La durée de la journée de travail.

Les perfectionnements techniques.

En un mot, tout fait susceptible d'augmenter la rente de l'industriel augmente la productivité du travail,

tout fait contraire la diminue.

Si maintenant nous nous appuyons sur ces données pour expliquer la différence de salaires entre les mouleurs au temps et les mouleurs aux pièces, nous cons-

tatons :

Les mouleurs au temps sont les moins intelligents et les moins habiles — productivité moindre.

Les mouleurs au temps continuent à fabriquer des poëles, ou des casseroles, ou des pièces que fabriquent toutes les fonderies, et dont les prix sont des prix de

concurrence — productivité moindre.

La demande des objets fabriqués par les mouleurs au temps varie peu — productivité moindre.

La durée de la journée est la même pour les mouleurs uu temps ou aux pièces,mais dans le premier cas l'effort de l’ouvrier est l'effort minimum, puisqu'un surcroît de travail n’augmenterait pas son salaire — producti-

vité moindre.

Au contraire :

Les mouleurs aux pièces sont les plus intelligents et les plus habiles -— productivité plus grande.

Ils produisent le maximum de travail (sauf dans certains cas, lorsqu'ils réduisent leur production dans leur propre intérêt) — productivité plus grande.

Ils travaillent pour une industrie qui constitue un véritable monopole, étant donné le nombre limité des fonderies qui fabriquent des pièces d'automobiles — productivité plus grande.

La demande de pièces d'automobiles croît avec ra-

pidité — productivité plus grande.

On voit donc que la différence de condition des ouvriers au temps ou des ouvriers aux pièces s’explique très logiquement par la productivité différente du travail des uns et des autres.

Remarquons en passant qu'un autre élément de fait

exerce une certaine influence sur la question qui nous

LES MOULEURS ET L'INDUSTRIE AUTOMOBILE Al occupe : l’ouvrier aux pièces devant, à chaque modèle nouveau, discuter le prix du moulage avec le patron, pouvait, à chaque discussion, s'appuyer sur le monopole que lui conférait son habileté professionnelle, et d'autre part le patron, pressé de commandes et voyant sa rente augmenter, cédait assez facilement. L'ouvrier aux pièces avait donc l’occasion de discuter, tandis que les ouvriers au temps, indépendamment de la productivité moindre de leur travail, auraient dû, pour présenter leurs revendications, sinon se mettre en grève, du moins dessiner un mouvement collectif, infiniment plus difficile à réaliser que les observations indivi-

duelles des mouleürs aux pièces.

Page 1