PAR M. DESJARDINS
" Nous sommes, dit-il, en mesure, cette année, de comparer les dépenses du ministère actuel avec celles du gouvernement précédent, et de prouver que ceux qui avaient promis la plus sévère économie ont, au contraire, été les ministres les plus prodigues qui aient encore gouverné la province.
" Eu portant, comme je l'ai déjà dit, au compte du capital des paiements " au montant de près de deux cent mille piastres, l'honorable trésorier a " pu apparemment réduire le chiffre vrai des dépenses de 1887-88. '' D'après les comptes publics, les dépenses ordinaires de 1887-
88 auraient été de 13,365,032.36
'; D'après le tableau E des mêmes comptes publics, les dépenses
de 1885-86 n'ont été que de 3,032,607.25
Augmentation $332,425.11
'* Mais j'ai déjà prouvé que les dépenses ordinaires se sont
réellement élevées à $3,552,800.12
" Comparons maintenant avec les dépenses de 1885-86 3,032,607.25
Augmentation réelle $520,192.87"
11 arrive donc, dans sa comparaison des dépenses ordinaires
de 1887-1888 avec 1885-1886, à une augmentation de 1-520,192.87
Mais de cette augmentation des dépenses il faut déduire les
dépenses spéciales dont j'ai déjà rendu compte, soit 187,767.76
Ce qui réduit cette augmentation à.. $332,-125.11
Il faut aussi tenir compte du surcroit dans le service d'intérêt causé par leurs propres obligations que nous avons été obligés de payer 125,950.62
Ce qui porterait l'augmentation dont nous sommes en partie
responsables, comparativement à 1886, à $206,474.49
et non à son chiffre erroné de $520,192.87.
Mais il y a un moyen plus simple de se rendre compte : c'est de comparer les recettes et dépenses ordinaires de 18»6 avec celles de 1888.
En 1886, les dépenses ordinaires se sont élevées à $3,032,607.25
Et les recettes ordinaires à 2,949,562.15
Déficit en 1886 $83,045.10
En 1888, recettes ordinaires $3,738,228.39
Dépenses ordinaires $3,365,032.36
Moins augmentation dans ;le service d'intérêt,
dont nous ne sommes pas responsables 125,950.62
Surplus $499,146,65
Que l'on prenne, si l'on veut, les recettes telles que calculées par l'honorable député lui-même, déduction faite des $500,000 d'arrérages, soit chiffre de M. Desjardins $3,238,228.39
Dépenses dont nous sommes en partie responsables 3,239.081.65
Même en prenant ses propres calculs, le déficit serait
de l'énorme somme de $853.26
A tous les points de vue, où est l'avantage, sinon en faveur de notre administration ? Les commentaires sont inutiles.
Tableau des recettes pour 1888 $3,738.228.39
Augmentation des recettes sur 1886 $788,666.24
Dépenses en 1888, y compris l'augmentation dans le service
d'intérêt 3,365,032.36
Dépenses en 1886 3,032,607.25
Augmentation dans la dépense en 1888... $332,425.11
Ainsi l'augmentation dans les recettes pour 1888 comparée
avec 1886 est de 788,666.24
Et l'augmentation de la dépense en 1888 comparée avec 1886
est de 332,425.11
L'augmentation dans les recettes, déduction faite de l'augmentation dans les dépenses en 1888, comparée à 1886, est donc de >* l»>d*. îi 4 B. 1:5.
Que deviennent les calculs alarmants du député de Montmorency ? N'ai-je pas raison de dire qu'il induit en erreur la Chambre et le pays par tout un système de fausses représentations, de calculs erronés ?
L'honorable député soumet ensuite le tableau suivant sur les augmentations et les diminutions dans les dépenses des diverses branches du service public. Tableau tristement intéressant, dit-il :
Augmentations.
" Intérêt de la dette, rachat et frais d'administration 1887-88 $1,103,710.94
Intérêt de la dette, rachat et frais d'administration, 1885-86 977,760.32
Législation 1887-88 $228,994.88
do 1885-86 181,987.75
Gouvernement civil 1887-88 $208,677.61
do 1885-86 183,675.41
Administration de la justice 1887-88 $438,755.10
do do 1885-86 363,746.48
Police, 1881-88 $19,020.00
do 1885-86 14,020.00
Inspection des bureaux Publics, 1887-88 $7,592.84
do do 1885-86 6,337.33
Instruction Publique, 1887-88 $354.219.80
do do 1885-86 344,735.00
Institutions littéraires et scientifiques, 1887-88. $11,739.78 do do do 1885-86. 8,387.75
Arts et métiers, 1887-88 $9,500.00
do 1885-86 9,000.00
Agriculture, 1887-88 $97,700.00
do 1885-86 79,182.89
Travaux et Edifices publics, 1887-88 $145,090.91
do do 1885-86 82,584.40
Institutions de bienfaisance. 1887-88 280,316 00
do do 1885-86 267,776.00
Divers, y compris agent en France, commission
des asiles, etc., 1887-88 $105,714.32
Divers, y compris ingénieur?- de mines, agent en
France, etc., 1885-86 92,348.95
Département des terres de la Couronne, 1887-88. $184,594.93 do . do do 1885-86. 130,000.00
Paiement par les officiers du revenu à même les
perceptions faites par eux, 1887-88 41,666.05
Paiement par les officiers du revenu à même les
perceptions faites par eux, 1885-86 26,531.79
Dépenses dites spéciales mais qui ne sont que
des dépenses ordinaires, 1887-88 131,922.83
Montant des augmentations... $601,147.02
Diminutions.
Irisons de réforme, Ecoles de réforme et Industrielles, 1885-86 $94,332.27
Prisons de réforme, Ecoles de réforme et indus-
frielles, 1887-88 88,708.13
Immigration, 1885-86 $9,089.71
do 1887-88 7,300.00
Colonisation, 1885-86 $161.205.40
do 1887-88 87,500.00
Montant des diminutions... $81,119.25
" Ainsi contre des augmentations an montant de plus de six cent-un mille piastres, nous n'avons des diminutions que pour la somme de quatrevingt-un mille, ce qui fait ressortir, comme les chiffres qui précèdent le prouvent, une augmentation de cinq cent vingt mille piastres. "
L'honorable député, dans ce tableau, a bien soin de mettre en regard les dépenses de 1888 aA'ec l'année qui lui est le plus favorable, et même dans cette comparaison il est injuste, car il a soin de grever cet exercice d'un montant de charges dont les unes ne devraient pas figurer dans le budget ordinaire et dont les autres sont, comme je l'ai déjà démontré, des dépenses dont nous ne sommes pas responsables.
Pourquoi ne fait-il pas une comparaison franche et loyale ? C'est que ce procédé ne servirait pas sa cause ; car il veut à tout prix mettre en défaut notre administration des finances. C'est pour cette unique raison qu'il prend pour point de comparaison un exercice qui n'indique pas la moyenne des dépenses des années qui l'ont précédé et de celle qui l'a suivi
C'est chez lui un parti pris d'exagérer nos dépenses ; mais alors, il devrait au moins mentionner l'augmentation dans les recettes. Il s'en garde bien, parce que ce procédé de simple justice aurait démontré que, même en acceptant son étrange comptabilité, on trouve pour l'exercice de 1888 un résultat financier bien supérieur à celui de 1886, puisque ce dernier exercice, tout en accusant un moindre montant de dépense, s'est terminé par un déficit de $83,045.10. tandis que celui de 1888 montre un Surplus.
Mon honorable ami, au reste, va me fournir lui-même la preuve de son erreur. Lorsqu'il était ministériel, il posait comme principe q\ie le seul moyen de déterminer le mouvement de la dépense avec précision n'était pas de comparer une seule année avec l'autre, mais de prendre comme point de comparaison une série de trois années. C'était, selon lui, la vraie pratique à suivre, la seule raisonnable. Pourquoi donc est-il le premier à n'en plus tenir compte, lui qui prétend calculer dans l'opposi-
tion exactement de la même manière que lorsqu'il appuyait un gouvernement à son goût ?
N'est-ce pas là le signe d'une critique fausse et partiale, ne tendant qu'à un but : dénaturer la situation financière ?
Je ne m'attarderai donc pas à refaire l^Mbmparaison des dépenses) article par article, entre l'exercice de 1887-88 etcelui de 1885-86 ; j'ai déjà fait ce travail dans mon discours budgétaire et donné sur tous les points toutes les explications désirables. Je me contenterai d'appliquer la règle posée par mon honorable ami lui-même et d'établir, les comptes publics en mains, quel a été le mouvement de la dépense depuis un certain nombre d'années, en faisant déduction de l'accroissement graduel du service de l'intérêt d'année en année, afin de bien faire voir quelle a été l'augment tation de la dépense ordinaire.
Voici ce que nous apprennent là-dessus les comptes officiels :
Total des dépenses ordinaires 13,090,981.00
Déduction de l'intérêt 889,794.00
Dépenses ordinaires nettes $2,201,18*7.00
Total des dépenses ordinaires $3,088,0*75.00
Déduction de l'intérêt 964,192.00
Dépenses ordinaires nettes $2,123,883.00
Total des dépenses ordinaires $2,031,443.00
Déduction de l'intérêt 980,110.00
Dépenses ordinaires nettes.. $1,051,333.00
Total des dépenses ordinaires $3,023,283.00
Déduction de l'intérêt 977.760.00
Dépenses ordinaires nettes $2,045,523.00
Total des dépenses ordinaires $3.286,232.00
Déduction de l'intérêt 1.016,022.00
Dépenses ordinaires nettes $2,270,210.00
Total des dépenses ordinaires 13,363,032.00
Déduction de l'intérêt 1,103,710.00
Dépenses ordinaires nettes $2,259,322.00
Ces chiffres démontrent qu'à l'exception de 1885 et 1886, la moyenne des dépenses ordinaires annuelles susceptibles de contrôle a été à peu près la même que celle du dernier exercice ; et, pour ce qui est de 1885 et 1886, il est bon de se rappeler que ces années sont celles qui ont précédé immédiatement les élections générales. En vue de cet événement et dans le but de se concilier à temps les bonnes grâces des électeurs, le gouvernement d'alors crut qu'il était temps d'entrer dans une nouvelle voie, en préconisant une politique bien différente de celle qui avait été suivie jusqu'alors. On se mit tout à coup à retrancher sur les dépenses des différents services publics, au point même d'en compromettre l'efficacité, afin d'offrir une apparence d'économie et de tâcher de réduire au minimum les déficits qui jusqu'alors avaient figurés dans les comptes publics. Inutile de dire que cette économie n'était qu'apparente ; lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, le 31 janvier 1887, la caisse était vide, l'ex-gouvernement avait déjà dépassé ses crédits au bout de six mois à peine, l'estimation de la balance des recettes prévues pour le reste de l'exercice et des dépenses auxquelles il fallait pourvoir pour le même temps établissait que ces crédits étaient tout-à-fait insuffisants. La conséquence a été que nous avons dû demander des crédits additionnels pour faire face à la situation.
L'augmentation des dépenses n'a donc pas été ce que dit l'honorable député, $520,192:87. Il faut commencer par éliminer les $187,767.76 de dépenses spéciales dont j'ai déjà parlé, ainsi que l'augmentation de $125,950.52 dans le service d'intérêt, dont nous ne sommes nullement responsable, soit $313,710.28 à déduire de ces $520,192.87, ce qui laisse, comme augmentation réelle de la dépense de 1888 sur celle de 1886, un chiffre de $206,474.49. Je dis augmentation réelle, mais je pourrais au besoin démontrer que ces $206,474.49 de dépenses additionnelles comprennent plusieurs articles dont nous ne sommes aucunement responsables.
Mais mon honorable ami aurait dû compléter son tableau et montrer en même temps le mouvement de la recette. En comparant les recettes de 1888 avec celles de 1886, il aurait trouvé une augmentation réelle de $788,666.24. Il n'y a pas un homme d'affaires, ayant quelque expérience en ces matières, qui ne comprendra de prime abord qu'on n'obtient pas à
deux ans d'intervalle une augmentation de revenu de $788,666.24 sans que cela entraine nécessairement un surcroit de dépense. Tous diront au contraire que dans le cas actuel, l'augmentation des dépenses a été peu de chose proportionnellement à l'augmentation des recettes, et que les opérations de l'exercice de 1888 ont été bien supérieures à celles de l'exercice de 1886, choisi entre tous par le député de Montmorency. De fait, c'est le résultat le plus magnifique qu'on ait obtenu depuis bien des années.