‹ La situation financiere de la Province de Quebec en 1889, discoursChapitre 9 sur 22 · RÉPONSE DE M. DESJARDINS A LA RÉFUTATION D'UNE ANCIENNE ACCUSATION · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. DESJARDINS A LA RÉFUTATION D'UNE ANCIENNE ACCUSATION

L'honorable député dit que " l'honorable premier ministre, l'honorable trésorier et leurs amis ont accusé l'ancien gouvernement d'administrer nos finances avec un déficit annuel moyen de $500,000, un demi-million en chiffres ronds. " Ici encore l'honorable député joue sur les mots. Quel ancien gouvernement veut-il dire ? Est-ce celui de M. Chapleau, de M. Mousseaxx ou de M. Ross ? En 1885 et 1886, les déficits entre recettes ordinaires et dépenses ordinaires ont été sensiblement diminués par le subside additionnel de $247,000 en chiffres ronds ; mais en 188*7, année pour laquelle l'ancien gouvernement est responsable, le déficit du budget ordinaire s'est élevé à une somme de $324,251.11.

Je dois avouer ici que c'est une tâche fort difficile que de suivre l'honorable député dans sa critique : il mêle et confond constamment, à dessein ou par ignorance, je ne sais, deux choses bien distinctes pourtant : le budget ordinaire et le budget extraordinaire. Il se sert tour à tour de la dépense du compte du capital et du service ordinaire, il confond tout cela, et en arrive ainsi à nous faire dire les choses les plus contradictoires et les plus déraisonnables, ce qui est, on l'avouera, une manière fort commode d'avoir raison de son adversaire.

En voici un exemple :

" Je trouve, " dit-il pour Téfuter l'exactitude des déficits annuels de $500,000 que nous avions reproché aux anciens gouvernements, " dans le tableau E annexé aux comptes publics de 188*7-88, la preuve irréfutable que cette accusation n'avait pas le moindre fondement. "

" D'après le tableau E, ajoute-t-il, le déficit des deux dernières années entières du gouvernement conservateur a été comme suit :

Pour 1884-85 $10,585.91

Pour 1885-86 83,045.10

Montant des 2 ans $93,631.01

Comparons avec l'accusation portée contre l'ancien gouvernement :

Prétendus déficits des deux années 1884-85, 1885-86 $1,000,000.00

Déficits tels qu'établis par l'hon. trésorier dans les comptes

publics de 1887-88 93,631.01

Différence $906,368.99

" Les adversaires de l'ancien gouvernement se trompaient donc, volontairement ou non, sciemment ou non, de plus de neuf cent mille piastres, lorsqu'ils calculaient un déficit d'un million pour les deux années que je viens de mentionner. "

Il m'est vraiment pénible, M. l'orateur, d'être obligé de venir, devant une assemblée éclairée et honorable, pour Téfuter de telles absurdités. En lisant cette partie de ses remarques, je me suie demandé si l'honorable député était réellement sérieux en mettant devant la chambre des comparaisons aussi exagérées et erronées.

Vérifions année par année, en commençant par 1885.

Que l'on ouvre le Hansard de 1886, à la page 1050. On verra que j'établissais qu'au lieu du prétendu surplus de $24,950 de M. Robertson, le déficit entre recettes et dépenses ordinaires eût été de $73,525.84 s'il n'eût pas fait entrer comme recette ordinaire une somme du fonds d'emprunt municipal de 142,671.84, et s'il eût placé, comme la loi l'y obligeait, le fonds d'amortissement sur la balance de l'emprunt de 1874, soit 130,854.00 ; l'addition de ces deux sommes donnait un déficit de $73,525. 84# J'ajoutais à la même page :

" Ainsi, en prenant l'état même que nous a donné le trésorier, on trouve que le6 dépenses ordinaires ont excédé les recettes ordinaires de $73,525.84, c'est-à-dire qu'il y a dans le budget des dépenses et des recettes ordinaires un déficit de $73,525.84. "

Il est clair que les $30,854 de service du fonds d'amortissement n'ayant pas été payés en 1885, cette somme n'a pas pu entrer en ligne de compte dans le tableau E, cité par mon honorable ami. Mais l'autre item de $42,671.84, compté comme recette ordinaire par l'honorable trésorier d'alors, figure au tableau E comme recette spéciale, et en déduisant cette dernière somme du prétendu surplus de $24,950 de l'honorable trésorier, ce prétendu surplus se trouve converti en un déficit de $17,721.84. Il est donc facile de reconstituer mon calcul de 1886 ; en retranchant ces $42,- 671.84, et en ne payant pas au fonis d'amortissement les $30,854.00, je puis dire que le déficit, tel qu'établi par moi dans le temps entre les recettes et dépenses ordinaires, déduction faite du surplus de $24,950.00, était de $17,721.84. Toute la différence dans mes calculs d'alors, c'est que j'avais omis de tenir compte du prétendu surplus de $24,950.00, réduisant ainsi mon déficit de $73,525.84 à $48.575.84. Voilà pour 1885,

Quant à l'exercice de 1885-86, à la page 391 du Hansard de 188*7, j'établissais que le déficit apparent, entre les recettes et dépenses ordinaires, était de $78,545.10.

Résumons ces calculs :

D'après mes discours (y. Hansard 1886, p. 1050, et H. 1887, p. 391).

Déficit pour 1885 $17,721.84

D'après le tableau E :

Déficit pour 1885 $10,585.91

Différence entre mes calculs d'alors et le tableau E $2,635.93

Nous voilà bien loin de l'écart de $906,368.99 que me reproche l'honorable député.

Il est évident que, pour donner contenance à cette ineptie, il a confondu, sciemment ou par ignorance, ce qui a été payé pendant ces deux années à compte du capital avec le service du budget ordinaire. En effet, pendant l'exercice de 1885, nous avons dépensé sur le compte du capital, une somme de $753,153.05 au-delà de nos ressources (voir discours du député de Sherbrooke, Hansard 1886, p. 1014, et mon discours, même Hansard, pp. 1051 et 1052.) Eu 1886, le montant dépensé à compte du capital est de $564,118.48 (voir Hansard 1887, pp. 394, 395 et 396.) Ces deux sommes réunies forment :

Pour 1885, d'après les calculs mêmes de l'hon. M. Robertson.. $7ô3,15-'!.05 " 1886 564,118.48

D'après mes calculs en 1885, la somme à compte du capital était de $892.827.12. Mais de cette somme il faut déduire une réclamation pour chemin de fer laissée en souffrance, réclamation se chiffrant à $66,147.54. Aussi, pour service d'amortissement, laissé en souffrance $30,854.69. mon-

tant du capital remboursé sur le fonds d'emprunt municipal, $42,6*71.84. En déduisant ces trois sommes nous arrivons au montant de 1753,153.05, montant réel payé à compte du capital.

Excédant des paiements sur les recettes pendant ces deux

années $1,317,271.53

Ce qui dépasse en chiffres ronds même l'addition de l'honorable député. Je le défie de nier l'exactitude de ces calculs, consignés dans mes discours.

Comme on lu voit, sa prétendue réfutation ne fait qu'indiquer à quels indignes procédés il a recours pour induire la chambre en erreur. Pour tromper ceux qui ne sont pas en état de vérifier ses assertions, il confond le montant payé à compte du capital avec le service ordinaire du budget. Je n'ai pas besoin de qualifier* un pareil procédé, car il n'a aucune valeur aux yeux des gens qui se donnent la peine de vérifier les choses par ellesmêmes.

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