L'ANNÉE
Pour l'exercice en cours, l'honorable député présente un état tout aussi erroné que ceux qui l'ont précédé, et du reste facile à démolir. Citons-le d'abord, pour pouvoir le juger en connaissance de cause.
Voici, d'après lui, l'état des dépenses que le gouvernement demandait l'autorisation de faire en 1889 :
" Budget général de 1888-89 $3,211,359.14
"Premier budget supplémentaire 60,642.47
"Deuxième " " 102,592.01
Total delà dépense ordinaire $3,440,594.22
Notons ici une première déviation de la vérité. L'évaluation des dépenses ordinaires, d'après le budget, document officiel donné à la Chambre, est de $3,422.172.10
Soit en moins que son estimation $18,422.12
Voilà déjà $18,422.12 à retrancher du déficit qu'il cherche. Mais ce n'est pas tout. Pour atteindre son but et présenter la situation sous un j'our aussi sombre que faux, il défalque du compte de capital toute une liste de dépenses spéciales et les ajoute d'un trait de plume aux dépenses ordinaires. Toujours le même procédé, le même parti pris de jeter la confusion dans les comptes. Avec un pareil système, qui que ce soit peut ea arriver à trouver des déficits dans l'administration la mieux tenue.
Ainsi, il inscrit comme dépenses ordinaires des articles qui appartiennent réellement au budget extraordinaire, et que lui-même, lorsqu'il était ministériel, avait bien soin de ne pas compter comme dépenses ordinaires, ce qui ne l'empêche pas de déclarer solennellement aujourd'hui qu'il n'a modifié en rien sa manière de calculer.
Il faut ajouter, dit-il, les articles suivants :
Spencer Wood (construction de cave aux légumes, remise et
loge du garde) $ 4,000.00
Poigp en fer 100,000.00
Cour de circuit de Kamouraska (nouvelle bâtisse) 2,500.00
Appareils de chauffage dans les nouveaux districts 6,000.00
Construction d'une îaile pour le logement du geôlier et du gardien du palais de justice et de la prison de Bonaven-
ture 4,000.00
Palais de justice et prison d'Arthabaska (nouvelles fondations)' 1,400.00
Codification des lois 63,000.00
Prêt à l'asile protestant de Montréal (pour lequel nous avons
une hypothèque portant intérêt 15,000.00
Dépenses autorisées par statut (qui n'existent pas) 30,000.00
Il ajoute ces dépenses aux budgets 3,440,594.22
Et forme ainsi un grand total de prétendues dépenses ordinaires de.. $3,666,494.22
Tel sera, d'après ses calculs, le total des dépenses ordinaires de 1889. Heureusement pour le pays, il n'y a dans tout cela de correct que l'addition, mais le calcul est faux dans toutes ses. parties. On n'a qu'à examiner un à un chaque article du montant de $225,900.00 pour s'assurer qu'aucun ne constitue une dépense ordinaire.
La codification des lois est une dépense extraordinaire, parceque ce n'est pas une charge annuelle, mais une dépense qui ne reviendra plus d'ici à vingt ans.
Le montant inscrit pour ponts en fer ne sera pas dépensé en entier cette année, il faut en déduire $50,000 qui sont revotées pour l'année prochaine. Le député de Montmorency, en poussant sa théorie à ses extrêmes limites, n'ira toujours pas jusqu'à insister sur l'inscription d'une dépense qui n'aura pas lieu. D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit, il n'est pas permis de songer pour un instant que les recettes ordinaires sont destinées au paieraient de la construction des ponts en fer. C'est là une dépense pour le moins aussi utile et aussi légitimement imputable au capital que celle que nous faisons annuellement à titre de subventions aux chemins de fer-
Le p*rêt à l'asile protestant n'est pas une dépense ; pourquoi l'honorable député persiste-t-il à le considérer comme tel ? Sa prétention est
tout simplement renversante, et je sais bien que celui qui, dans le monde des affaires, s'aviserait de raisonner de cette manière passerait pour un mauvais plaisant. Il est vraiment pénible pour un homme sérieux d'avoir à réfuter de pareilles absurdités.
Au 31 décembre dernier, nous avions perçu, à part de nos r^ettes ordinaires, une somme de $80,000 de recettes spéciales, et cette somme pourrait bien atteindre une centaine de mille piastres. Cependant, mon honorable ami n'en tient nul compte, quoiqu'il rangeât les mêmes recettes comme recettes ordinaires quand ses amis étaient au pouvoir. Ainsi, même en acceptant ses calculs d'aujourd'hui, si vous mettez en regard des #225,000 qu'il veut ajouter aux dépenses ordinaires afin de trouver un déficit qui n'existe pas, les $50,000 non dépensées pour ponts en fer, les $15,000 prêtées à l'asile protestant, et si vous déduisez de ses $225,000 une somme de $100,000 en chiffres ronds provenant de recettes spéciales, perçues sur le fonds d'emprunt municipal et autres remboursements, il ne reste plus qu'une soixantaine de mille piastres de toutes les dépenses extraordinaires qu'il ajoute aux dépenses ordinaires. Pour être logique, il devrait au moins déduire ces $165,000 de ses $225,000, mais il n'en fait rien, parcequ'il n'a qu'une chose en vue : trouver un déficit, déprécier l'administration aux yeux du pays, dùt-il pour cela renverser toute l'arithmétique.
Ayant réussi par ses faux calculs à trouver un total de dépenses en chiffres ronds de $3,650,000.00
Il évalue les recettes à 3,450,000.00
Et fixe ainsi sou prétendu déficit à $200,000.00
Ce calcul ne vaut rien, comme je viens de l'établir.
Du montant des dépenses fixé par lui, en chiffres ronds, à $3,650,000.00
Il faut déduire, comme je l'ai démontré, les dépenses spéciales qu'il ajoute aux dépenses ordinaires et qui ne doivent pas y figurer 225,900.00
Ce qui laisse le montant réel de la dépense ordinaire à $3,424,100.00
Il faut de plus déduire la différence entre le budget officiel et
le sien $18*,422.12
Le total de la dépense ordinaire ne serait donc que de $3,405,6*77.88
Pour les recettes je prends ses propres chiffres, quoiqu'ils
puisseut fort bien atteindre un montant plus élevé $3,450,000.00
Total des dépenses ordinaires 3,405, 6*71. 00
Il resterait donc un surplus de $44,323.00
Nous sommes loin du déficit de $200,000 qu'il avait réussi à bâtir en imagination.
Maintenant, comment se compareront les opérations du présent exercice avec celles de 1885- *6, dernière année dont le précédent gouvernement soit seul responsable.
Dépenses de 1888-89 $3,405,677.88
Augmentation de 1889 sur 1886 $373.070.43
A déduire : augmentation sur le service d'intérêt entre li et 1886, augmentation dont le précédent gouvernement est responsable, soit en chiffres ronds.. $125,000.00
L'augmentation de dépense dont on pourrait nous tenir responsable n'est donc, par comparaison avec 1886, que de $248,070.43 au lieu de $617,- 392 comme le prévoit l'honorable député, qui ne s'est trompé que de $369,322 dans ses calculs.
Etendons la comparaison aux recettes, chose dont il se garde bien.
Recettes prévues en 1889 $3,450,000.00
de 1886 2,949,562.15
Surplus de recettes sur 1886 $500,437.85
Il est vrai que la dépense prévue est de $248,070.43 de plus qu'en 1886, mais nos recettes accusent une augmentation de $500.437.85. N'est-ce pas un résultat magnifique et bien supérieur à celui de 1886, tant vanté par mon honorable collègue ?
l'année 1889-90
L'honorable député de Montmorency fait encore subir les mêmes étranges opérations au budget de l'an prochain.
" Nous n'avons, dit-il, aucune raison d'espérer que la situation s'améliorera pendant l'année prochaine. Voici quelles sont les prévisions pour cet exercice :