‹ La situation financiere de la Province de Quebec en 1889, discoursChapitre 16 sur 22 · AUTRES CALCULS ERRONÉS DE MONSIEUR DESJARDINS · texte numérisé non relu

AUTRES CALCULS ERRONÉS DE MONSIEUR DESJARDINS

L'honorable députe nous dit :

" Les opérations financières du gouvernement actuel, depuis son avènement au pouvoir, ont été considérables. Il a commencé par des emprunts temporaires. Il a fait ensuite 1 emprunt permanent de trois millions et demi de piastres. Des corporations commerciales, de la province d'Ontario des terres de la couronne par l'augmentation de la rente foncière des concessions forestières et des droits de coupes de bois, etc., il a perçu des centaines et des centaines de mille piastres. Je crois, et la Chambre croira sans doute, avec moi, qu'il est important de calculer le montant de toutes ces recettes, à part le revenir régulier de la province produit par les sources qui existaient lorsque le changement de ministère a eu lieu, et de voir ce que tout cet argent, au montant de plusieurs millions, est devenu, et si le gouvernement est capable de nous en rendre compte d'une manière satisfaisante.

" A part le revenu ordinaire de la province, tel qu'il était, le gouvernement actuel a reçu les sommes suivantes, depuis le 31 janvier 1887, dans deux ans et quelques jours :

Emprunts temporaires $1,000,000

L'emprunt à long terme 3,500,000

De la province d'Ontario 100,000

Bêla cité de Montréal 125,000

Des corporations commerciales 558,393

Des corporations commerciales, depuis le 1er juillet 1888 117,581

Augmentation, rente foncière des concessions forestières,

Vente à l'enchère des coupes de bois, octobre 1888 100,000

Augmentation, rente foncière des concessions forestières,

Fonds en fidéi-commis, déduction faite des paiements, fonds

d'emprunt municipal et remboursement 122,574

Montant $5,717,548

" Etablissons maintenant la somme des paiements à compte du capital, que l'honorable trésorier a été obligé de faire.

Dépenses du capital depuis le 31 janvier 1887, jusqu'au 30

juin 1887 — chemins de fer $116,306.80

Dépenses du capital depuis le 31 janvier 1887, jusqu'au 30 juin 1887 —

Edifices publics 252,327.48

Banque Jacques-Cartier 100,000.00

Remboursements d'emprunts temporaires 1,500,000.00

En 1887-88— Edifices publics 460,000.00

En 1887-88— Chemins de fer 662.275.30

Jusqu'au 31 décembre 1888 — Edifices publics 115,416.91

Jusqu'au 31 décembre 1888— Chemins de fer 846,423.50

Montant $4,052,749,99

" Voyons quelle est la différence entre les recettes qui précèdent, et la ■somme des dépenses encourues à compte du capital, depuis le 31 janvier

Recettes extraordinaires et produites par de nouvelles sources

de revenus $5, 717,548

Dépenses à compte du capital 4,052,749

Balance $1,664,799

" Bien qu'entre les recettes et Ls dépenses, il y ait, comme on le voit une balance de $1,664,799, j'ai constaté avec surprise que des millions qu'il a reçus depuis deux ans, le gouvernement n'avait, il y a quinze jours, le premier février courant, déduction faite de $50,601 de mandats impayés, et de $135,459 de subventions payées aux chemins de fer en janvier, que la maigre balance de $41,418. kjÙ est allée la différence que j'établis comme suit :

" Excédent des recet:es extraordinaires sur les dépenses du

capital $1,664,799

Balance en caisse le 1er février 1888 51,418

Différence $1,623,381

Ce qu'est devenu cette somme d'un million six cent vingt trois mille piastres, qui devrait être disponible pour aider à payer la dette flottante de quatre millions de piastres dont je parlerai dans un instant, ce qu'elle est devenue, le voici : Elle a été absorbée par les déficits dans les opérations financières ordinaires du gouvernement depuis deux ans et par l'augmentation alarmante des dépenses."

Voilà, s'écrie l'honorable député, la différence entre les recettes et les paiements. Qu'est devenue cette somme d'un million et demi en chiffres ronds ?

Il est vraiment pitoyable d'avoir à répondre aune semblable insanité.

Ce million et demi, le député de Montmorency ne devrait pas l'ignorer, a été dépensé pour des fins d'intérêt public. Chacun des montants payés est régulièrement inscrit dans les comptes publics et A'isible pour toute personne qui prendra la peine de les ouvrir. Que l'honorable député consulte les livres du département du Trésor et il verra en blanc et en noir ce qu'est devenue cette somme d'un million et demi.

L'honorable député n'a qu'une chose en vue en posant une pareille question : insinuer à la Chambre et au pays que cette somme a été mal employée ; il le dit d'ailleurs dans une autre partie de son discours.

Eu faisant une telle assertion, sur quelle base s'appuie-t-il ? Est-ce sur une comptabilité sérieuse ? Il s'en garde bien, sachant que les chiffres ne réussiraient pas à rendre même vraisemblable sa malhonnête assertion,. Pour arriver à son but, il procède avec une apparente simplicité, mais d'une façon qui indique chez lui beaucoup d'audace. Voici le moyen de l'honorable député : il grossit autant que possible les recettes et laisse dans l'ombre une partie des paiements qui ont été faits ; car s'il faisait figurer ces paiements dans son tableau, cela nuirait à sa cause qui est de présenter au public un état financier aussi sombre que possible.

Mais, malheureusement pour le grand oracle de l'opposition, il nous est facile de montrer les choses sous leur véritable jour. En quelques mots, je vais mettre en évidence ce que mon honorable ami a volontairement et sciemment omis dans ses calculs fallacieux et mensongers.

Le tableau suivant établit d'une manière approximative l'emploi de ce million et demi :

Achat de terrain pour l'agrandissement du palais de justice

à Montréal, en 1887.T $ 18,000.00

Déficit entre les recettes et les dépenses ordinaires en 1887 et dont les amis du député de Montmorency sont responsables, (voir comptes Publics de 1887) 324,251.16

Dépenses spéciales ou extraordinaires, (voir comptes Publics

de 1888, page 13) 220,532.76

Dépenses spéciales, du 31 juin au 31 décembre 1888, (voir

état des recettes et des paiements, page 9) 48,927.75

Augmentation dans le service d'intérêt en 1888, comparée avec

1886, dont ses amis sont responsables 125,950.62

Différence entre le montant des titres du nouvel emprunt destiné à payer leurs propres obligations et le produit net tel qu'encaissé 121,668.00

Argent en caisse au 31 décembre 1888 227,478.92

Asile des protestants à Montréal, prêt sur hypothèque 15,000.00

Différence entre les recettes et les dépenses ordinaires du 30

juin au 31 décembre 1888, excès de la dépense 148,484.43

Excès de la dépense en 1888, comparée à 1886, à part du service de l'intérêt 213,799.00

Il €aut aussi déduire : rentes foncières et ventes à l'enchère

des coupes de bois 147,000.00

Il ne faut pas tenir compte de ces sommes a\raiit qu'elles soient réellement encaissées et qu'elles fassent partie des sources de revenu pour 1889.

Augmentation de la dépense en 1889, comparée avec 1886, y compris l'augmentation du service d'intérêt, différence en plus pour 6 mois 194.T82.42

Je viens de démontrer clairement, chiffres en main, et non pas à la manière de mon critique qui ne procède que par voie insinuative, que l'emploi des sommes perçues depuis le 31 janvier 188*7 est parfaitement exposé dans les comptes publics. Je le répète, l'honorable député devrait être le premier à se renseigner aux sources officielles avant de lancer do telles faussetés contre le gouvernement. Mais non. il préfère présenter des états incomplets afin de mieux mystifier son monde, et lui faire croire qu'un million et demi de piastres sont disparues du trésor sa:is laisser aucune trace !

Je le demande, est-ce là jouer un rôle digne d'un homme qui voudrait être pris au sérieux, qui pose à la précision mathématique dans tous ses calculs et prétend, gravevement et sentencieusement, posséder à lui seul la science infuse sur les questions financières ?

Non, un pareil genre de critique n'a qu'une épithète qui puisse lui convenir ; c'est du charlatanisme.

Je laisse à la Chambre et au pays le soin d'apprécier ce nouveau système de comptabilité dont tout le secret consiste à présenter un état des sommes reçues, sans mettre en regard tous les paiements faits, et cela dans le simple but de créer une fausse impression dans l'esprit de ceux qui i'écoutent. C'est ce que l'honorable député appelle exposer la vraie situation

financière de la province Un tel procédé, une fois compris par les

hommes sérieux, aura pour effet d'exposer la fausseté de ses calculs aux •yeux des honnêtes gens.

J'avoue, en toute sincérité, que ce genre de critique échappe à mon imagination, car il est incroyable qu'un homme aussi sérieux que l'est en apparence le député de Montmorency puisse s'abaisser à remplir le rôle de mystificateur pour satisfaire les besoins politiques d'un parti qui ne

voit eu lui qu'uu instrument docile à ses volontés. Ce rôle qu'il semble jouer avec complaisance n'est certainement pas de nature à lui mériter la confiance de ceux qui veulent et aiment la vérité avant tout.

Le fait est que jamais trésorier n'a eu affaire à une critique plus injuste. Dans les discussions de ce genre, il peut y avoir des divergences d'opinion ; mais dans le cas présent, du premier au dernier mot du discours de mon contradicteur, c'est tout un système de faussetés contre lequel j'ai à lutter. Toute son argumentation repose sur une base fallacieuse ; car sur toute la ligne, il omet volontairement et laisse dans l'ombre des faits essentiels, pour ne prendre que ce qui peut servir sa cause. Seul, un partisan outré comme l'honorable député peut adopter une pareille manière de discuter ; ce n'est pas la mienne, ce n'est pas celle des hommes d'affaires.

DETTE FLOTTANTE D'APRÈS M. DESJArTDLNS.

Sur cet article comme tous les autres, l'honorable député pousse l'exagération à l'extrême, afin de représenter la situation tout autrement qu'elle est. Là encore, c'est un agencement de calculs tout à fait faux, c'est une véritable toile d'araignée avec laquelle il espère si bien entortiller son mou de, qu'on ne pourra plus s'en échapper. Pour atteindre son but, tous les moyens lui sont bons et il passe d'un extrême à l'autre. Il sait bien que par ce système il finira par jeter le doute dans l'esprit d'un grand nombre toujours enclins à accepter comme prouvé ce qui est affirmé avec aplomb. Voilà le secret de tout le bruit que fait l'honorable député.

Malheureusement pour lui, il y a ici des gens qui ont étudié à fond ces questions et qui peuvent le suivre à la piste dans ses variations. On n'a pour cela qu'à jeter un coup d'œil sur un passé encore assez récent. De 1882 à 1886, mon honorable ami n'a cessé de vanter, dans les termes les plus pompeux, de sa parole et de sa plume, l'administration de ses amis an pouvoir; alors, il trouvait tout beau, il restait en extase devant les déficits et l'augmentation alarmante de la dette publique. Tout cela était à ses yeux pour le plus grand bien du pays, et il ne fallait pas s'aviser alors de chercher à lui enlever ces belles illusions ; il ouvrait alors les digues de son éloquence contre le contradicteur, et celui-ci risquait fort d'être noyé dans un torrent diluvien qui coulait sans interruption pendant des heures et des heures, et même des l'ours et des moitiés de semaine.

Or, quelle était la vraie position financière de 1882 à 1886? Nous pouvons maintenant en parler avec précision, car nous avons des données

officielles et irréfutables. Pendant cette période, la différence entre nos recettes et nos dépenses .ordinaires a été de $1,268,011 ; en d'autres termes, nos dépenses ordinaires ont excédé nos recettes de ce montant, ce qui constitue un déficit accumulé de $1,268,011.

Ce n'est pas tout. Notre dette consolidée, qui en 1882 était de $14,971,513.33, est aujotird'hui de $21,570,333.33 à part d'autres obligations non consolidées. Soit une augmentation de $6,548,820 de dette consolidée, dont les amis de l'honorable député sont seuls responsables pendant la période de 1882 à 1887.

Cependant, en face des déficits, en face de l'augmentation de la dette consolidée, l'honorable député proclamait asrec des accents convaincus que la situation n'avait jamais été aussi florissante. Plus on s'enfonçait, plus il élevait la voix pour nier l'évidence.

C'est le même homme qui aujourd'hui débite avec un aplomb digne d'une meilleure cause toutes sortes de faussetés sur notre administration financière. Non seulement il nie l'existence des déficits passés, qui sont consignés en blanc et en noir dans nos comptes publics ; nous lui montrons aujourd'hui un surplus évident, il nie carrément ; le voilà même qui cherche aujourd'hui à mettre à notice charge la création d'une dette flottante qui n'existe que dans sa féconde imagination. Cet homme est de force à nier qu'il fait soleil en plein midi, et mieux que cela, il est parfaitement de taille à faire des discours à la brasse pour le prouver.

Lui qui niait autrefois la dette flottante créée par ses amis, il nous en découvre une aujourd'hui. Pour y arriver, il est vrai, il oublie dans bien des cas de tenir compte de l'actif réalisable ; tantôt il perd de vue, sciemment ou non, que des montants considérables, qu'il fait figurer comme dette flottante, sont déjà payés ; tantôt encore, il met au compte du passif des obligations qui ne seront pas rembpursables avant trois ou quatre ans- Dans tous ses calculs enfin, il nous fait passer par des voies obscures et étranges, à travers un dédale de chiffres incompréhensibles et connus de lui seuls. Tout cela simplement parcequ'il est aujourd'hui dans l'opposition ; il a juré de ne rien trouver de bien dans notre administration, et cependant c'est le même homme qui s'est fait le défenseur banal des administrations les plus désastreuses que la province ixli jamais eues à sa tête.

Quel est donc notre grand crime ? Est-ce d'avoir mis fin aux déficits et de les avoir remplacés par des surplus ? Est-ce d'avoir porté nos sources

de revenu de $2,900,000 en chiffres ronds, qu'elles étaient en 1886, à 13,500,000 en 1888, soit une augmentation de .$600,000 dans le cours de deux années, et cela sans imposer d'onéreux sacrifices aux contribuables ? En supposant même que mon honorable ami pût di itérer d'opinion avec moi sur certains détails d'administration financière, ne devrait-il pas, s'il y avait chez lui quelque impartiabilité, se rendre à l'évidence de ces faits éclatants, comparés aux incuries des précédentes administrations ?

Pourquoi se donner tant de mal pour tromper la chambre et le pays ? Pense-t-il arriver à son but en s'appuyant simplement sur des colonnes d'hypothèses et de suppositions erronées, dont les conclusions sont nécessairement fausses ? Pourtant il devrait savoir que ce n'est pas la manière de procéder lorsque l'on veut sincèrement arriver à établir la vraie situation financière d'un pays. Il ne trouvera pas un seul homme compétent en pareilles matières qui oserait s'engager dans une telle voie sans avoir au préalable des données certaines pour appuyer ses chiffres et ses calculs. Pour ma part, je ne voudrais pas entreprendre une telle tâche sans avoir au préalable tous les renseignements officiels nécessaires afin d'arriver à des conséquences vraies et certaines. Je préfère m'appuyer sur les états officiels du département, dont les fonctionnaires sont tenus, sur leur serment d'office, de suivre une comptabilité parfaitement contrôlée et contrôlable et que personne ne voudrait mettre en doute, plutôt que sur ceux d'un critique irresponsable qui n'a qu'une fin politique à servir, et j'ose croire que la Chambre et le pays seront de mon opinion.

Voyons donc quelle est la véritable situation d'après les états officiels du département du Trésor, états basés sur une comptabilité raisonnée et non sur des calculs isolés et imparfaits.

D'après l'état approximatif de l'actif et du passif tel que préparé parles officiers du Trésor et qui est un relevé officiel, l'excès du passif sur l'actif était au 30 juin 1888 de .$11,895.492.07

Comparé avec l'état du 31 janvier 1887, lors de notre entrée

aux affaires, l'excès à cette date était de 11,389,167.11

Excès du passif sur l'actif au 30 juin 1888 comparé à celui

du 31 janvier 1887 $506,324.96

Ce chiffre est officiel. Cette augmentation s'explique ainsi :

Différence entre le montant de l'emprunt et le produit encaissé, soit un écart, entre le pair et la somme nette réalisée, de $121.667.00

Estimation au-delà de ce qui avait été prévue par l'empruut de

1887, pour finir le Palais de Justice et l'Hôtel du Parlement. 1225,000.00

Balance due pour achat de terrains et autres réclamations se

rapportant à la vente du chemin de fer Q. M. O. & 0 90,000.00

Contrats pour statuts, engagement de nos prédécesseurs 25,000.00

Ces différentes sommes réunies forment un total de $461,667.00

La balance entre l'excès du passif et cette dernière somme s'explique par le fait que les frais de construction de nos édifices ont excédé les crédits qui devaient être couverts par l'emprunt.

Telle était la vraie situation au sujet de notre dette flottante au 30 juin dernier. L'excès du passif était donc à cette date de $506,324.96 de plus qu'en 1887, dû aux obligations de nos prédécesseurs.

En face de cet état, que vaut l'échafaudage erroné de l'honorable député ? Au lieu de prendre des chiffres ça et là, même avant qu'ils soient vérifiés, il eût mieux fait d'attendre l'état officiel du 30 juin prochain qui seul pourra représenter alors l'état vrai des affaires de la Province plutôt que de fabriquer un montant de dette flottante qui ne représente pas la situation réelle.

A la dernière session, la Chambre nous a autorisé de payer une somme de $460,000 pour le rachat des biens des Jésuites. Ce montant n'est pas encore payé à l'heure -qu'il est et ne le sera pas pendant cet exercice. Cependant, mon honorable ami s'empresse de le mettre à la charge de la dette publique, sans même tenir compte de la valeur que représentent ces propriétés qui vont devenir les nôtres.

11 oublie aussi de tenir compte de l'argent en caisse ; une somme d'audelà de $300,000, car au 31 décembre, nous avions en caisse une somme ronde de $176,000, plus la différence entre les recettes et les dépenses qui devait s'équilibrer quelques jours plus tard par certaines rentrées sur lesquelles nous comptions. On n'ignore pas en effet que l'argent en caisse à une date particulière n'indique pas toujours la vraie situation ; il arrive souvent qu'à certaines dates nous déboursons plus que nous ne recevons.

Il oublie encore de mettre en regard de sa prétendue dette flottante l'actif réalisable qui est de $300,000 en chiffres ronds.

Il met aussi à la charge du passif les subventions de chemins de fer accordées à la dernière session en faveur de certaines compagnies, et quj

ne seront payables qu'au fur et à mesure que les travaux se feront. Ainsi, le paiement de ces subventions sera réparti sur plusieurs aimées, et parmi ces compagnies subventionnées il y en aura qui ne se conformeront peutêtre jamais aux exigences de la loi, d'autres seront périmées ou resteront à l'état de projet.

Il a d'autant plus tort de vouloir ainsi porter à notre charge des obligations dont les unes n'auront peut-être jamais d'existence, tandis que d'autres seront payables dans un temps assez éloigné, que j'ai précisément contre cette prétention l'opinion formelle de l'honorable député lui-même.

Voici ce qu'il disait en 1884 (voir Hansard, p. 1049) :

'• Je dois l'y ire remarquer que dans les états donnés jusqu'à présent du passif de la province, on a commis une irrégularité qui aggrave inutilement la position de nos affaires, et qui ne permet pas de la juger exactement. Nous comptons comme dette actuellement contractée la balance des subventions, autorisées par la loi, à certaines compagnies de chemins de fer. L v 31 décembre 1888, cette balance était de f 1,605,075.75. Sans dout ■ que dans nos prévisions de l'avenir, nous devons considérer les obligations nouvelles que la construction de ces chemins de fer subventionnés nous fera encourir. Mais il est certainement irrégulier d'ajouter au passif actuel de la province pins d'un million six cent cinq mille piastres, qui ne seron : p lyées qu'au fur et a mesure que les compagnies de chemins de fer auront droit de les réclamer, après avoir rempli les conditions auxquelles les subventions ont été accordées.

"• A Ottawa, où, certes, l'on s'y entend aussi en finances, on n'a jamais compté dans le passif du Canada, les millions à être dépensés dans l'avenir, sous l'autorité législative, pour les grands travaux publics. Ouvrez les comptes du Canada de 1882-83, et dans 1 ■ tableau du passif de la Puissance qui y est annexé pour toute la période depuis l'union des provinc ss, vous verr •/< que l'on n'a toujours tenu compte que de la somme actuellement due li1 30 juin de chaque exercice. Le gouvernement libéral de l'honorable M. McKenzie. tout comme les ministères conservateurs qui l'ont précédé et suivi, a employé le même système, pour la bonne raison qu'il est d'une rigoureuse exactitude financière, Éîir Richard Cartwright, le ministre des finances du ministère libéral, qui a régné depuis 1873 jusqu'à 18*78, et sans contredit la plus Forte autorité de l'opposition en ces matières, pas plus que Sir John Rose, Sir Francis Hincks, Sir Léonard Tilley, les ministres des finances conservateurs depuis 1867, n'a pensé à ajouter au passif du Canada, à la fin d'un exercice, les subventions autorisées par la loi, mais non encore dues, ni les sommes certainement à être déboursées pour les travaux publics en cours d'exécution.

" Des $70,000,000 environ de dépenses actuellement autorisées par les statuts du Canada et prévues, pour la balance de la subvention à la com-

pagnie du chemin de fer du Pacifique, pour le prêt à la même compagnie, pour les subventions à divers chemins de fer, pour les irais de construction de la partie du chemin de fer du Pacifique à la charge du gouvernement en vertu du contrat, de l'élargissement et du creusement des canaux, pour l'Intercolonial, les avances aux commissaires des havres de Québec et de Montréal, les nouveaux édifices des ministères à Ottawa, pas une piastre, et cela avec raison, ne sera comptée, à la fin des exercices prochains, dans le passif du Canada, avant qu'elle soit actuellement payée pour l'un ou l'autre de ces objets.

" Je le demande, ne serait-il pas tout à fait irrégulier, et même au détriment du grand intérêt national du crédit de la Puissance, de représenter la dette actuelle comme de $70,000,000 de plus qu'elle n'est en réalité ? N'est-ce pas, pour l'avenir du pays, un devoir d'expliquer que ce ne sera pas le Canada tel qu'il est aujourd'hui qui sera responsable de cette dette accrue de soixante-dix millions, mais bien le Canada traversé dans toute son étendue par une voie ferrée reliant les deux océans, sillonné d'un nouveau réseau de plusieurs milliers de milles de chemins de 1er ? Ce sera le Canada avec le parachèvement de l'un des plus vastes et des plus beaux systèmes de canalisation du monde, avec ses grands ports améliorés, avec des centaines de millions d'acres de terre fertile ouverts à la colonisation, avec toutes les ressources de la moitié d'un continent livrées à l'exploitation d'un peuple intelligent, actif, fort et libre !

" Pourquoi donc ne pas appliquer cette règle si juste, si raisonnable, si vraie, dans la manière d'établir le compte de notre dette provinciale ? De même qu'il ne faut pas grossir le chiffre des dépenses odinaires du service public de la province, en y ajoutant celui des dépenses pour les travaux imputables au capital, de même nous ne devons pas augmenter le montant de notre passif, en y comptant, comme dette actuellement contractée, des sommes qui ne seront payées qu'après l'accomplissement plus ou moins éloigné de certaines conditions très favorables au progrès du pays, sommes qui peuvent aussi fort bien n'être en partie jamais déboursées. La province de Québec, qui sera responsable de la dette accrue d'à peu près $2,000,000, si toute cette somme est dépensée, ne sera-t-elle pas telle qu'elle est aujourd'hui. Mais ce sera la province de Québec avec de grands chemins de 1er jusqu'au lac Sà^nt-Jean et à Pembroke. au nord de Montréal et d'Ottawa, à la fr ntière du Maine par le prolongement de la ligne du Québec-Central, avec de superbes édifices pour sa Législature et ses ministères publics, et un magnifique palais de justice dans sa capitale! Ce sera la province de Québec, avec surtout les millions d'acres de terre du Saguenay, des cantons du nord de Montréal, de la vallée de l'Ottawa, de la Beauce ouverts à une colonisation plus facile et plus rapide, avec nos vastes forêts du nord livrées à une exploitation plus avantageuse par les nouveaux moyens de transport des approvisionnements nécessaires aux travailleurs et des bois produits ! Pour un, j'y vois une très grande différence.

" Je suis certain que pas au marchand ne compte dans son passif uue dett^ qu'il se décide à contracter dans l'avenir, pour se placer dans de meilleures conditions pour continuer et développer ses opérations commerciales. Pourquoi alors conserver dans nos finances provinciales un système de comptabilité que l'on ne trouverait dans aucun des livres des maisons d'affaires du pays ? "

L'honorable député de Sherbrooke, alors trésorier, s'exprimait aussi dans le même sens (voir Hansard, 1884, p. 906).

Comme on vient de le voir, l'honorable député de Montmorency se prononçait pour sa part, avec une telle énergie que j'ai raison de lui demander pourquoi il tient aujourd'hui un langage si différent. Est-ce simplement pareeque ce ne sont plus ses amis qui sont au pouvoir? Il n'a pas d'autre raison. Mais alors, quelle foi ajouter à ses protestations quand il se donne comme le seul homme véridique et qu'il pose modestement comme une autorité en matières de finances ? On sait maintenant à quoi s'en tenir sur la valeur de ses déclarations.

Je crois avoir suffisamment démontré l'absurdité de ses calculs sur la dette flottante, qui dans le moment, je puis l'affirmer, est dans un état plus favorable qu'elle ne l'a jamais été depuis 1876. Je l'avais déjà amplement prouve par mon tableau des recettes et dépenses, montrant des surplus au lieu de déficits et une augmentation considérable dans les revenus comparativement ave • l'année 1886, année qu'il avait pourtant choisie à tort comme point de comparaison, car elle ne donne pas une idée juste du mouvement de la recette et de la dépense sous les administrations précédentes.

Je crois avoir exposé clairement la situation telle qu'elle était le 30 juin 1888. Nous n'avons pas pris d'autres engagements que ceux qui ont été mis devaut la Chambre et sanctionnés par celle-ci, c'est-à-dire le rachat des biens des Jésuites et les subventions aux chemins de fer, deux mesures qui ont été, si je ne me trompe, supportées par mon honorable ami luimême. Voilà tout ce qui a été fait, et cette politique a reçu l'approbation de la Chambre, circonstance qui enlève toute justification à la critique erronée et fallacieuse du député de Montmoi-ency.

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