RETOUR SUR LE PASSÉ
L'honorable député n'est pas davantage sérieux quand il prétend que l'application de mes principes et de ma manière de calculer dans l'opposition donnerait le résultat suivant pour les opérations de l'exercice 1887-88 :
Dépenses de 1887-88 $3,335,032
A ajouter, les dépenses spéciales 680,532
Montant des dépenses de 1888 4,015,564
Recettes $3,738,228
A déduire : pour arrérages d'Ontario $70,000
Des corporations commerciales 430,000
Plus, fonds d'amortissement de 1 o/o pour $7,600,000 76,000
Plus, fonds d'amortissement, balance de l'emprunt de 1874 30,854
Déficit de 1887-1888 $914,190
" Ainsi, conclut-il, comme l'honorable trésorier calculait lorsqu'il n'était pas responsable de l'administration de nos finances, et qu'il n'avait qu'a critiquer, au lieu du surplus de $373,196 dont il nous a parlé, il y aurait eu un déficit de $914,190 en 1887-88. Il ne peut pas trouver à redire de ce que je tourne aujourd'hui contre lui, et avec tant d'avantage, les armes qu'il m'a fournies, et dont il a fait injustement un si grand usage contre ses prédécesseurs. J'ai d'autant plus le droit de le faire, qu'elles me permettent de prouver une fois de plus combien la critique financière de l'honorable trésorier, lorsqu'il était dans l'opposition, était peu fondée.
" Je n'ai fait le calcul qui précède que pour démontrer combien l'ancienne manière de calculer de l'honorable trésorier était erronée."
Cette citation de sa critique démasque tout son plan : ce qu'il veut avant tout, c'est démolir peu lui importe par quels moyens la réputation de compétence que je puis avoir acquise. Après avoir créé l'impression que, lorsque j'étais dans l'opposition, mes calculs et mes chiffras n'étaient
qu'un tissu d'erreurs, et que je ne cherchais qu'à tromper la chambre et le pays sur la véritable situation financière, il espère avoir ensuite meilleur marché de mon exposé financier. Il sait fort bien que je n'ai jamais fait les calculs de haute fantaisie qu'il me prête, mais son but est de faire croire qu'autrefois je m'amusais à dire de telles insanités et d'en conclure que mes antécédents sont de nature à diminuer la confiance que mes collègues reposent en moi.
Est-il bien nécessaire de réfuter le puéril argument que mon honorable ami fonde sur le tableau précédent ? Je me contenterai de lui rappeler que mes calculs, lorsque j'étais dans l'opposition, étaient d'accord avec les déclarations autorisées de ses propres amis les trésoriers du temps, et pour l'en convaincre je n'aurai qu'à le renvoyer aux discours de ces messieurs et aux miens. J'ajouterai que, quand je disais la vérité en compagnie des anciens trésoriers, l'honorable député disait le contraire, c'est-à-dire que c'est lui qui était dans l'erreur.
La meilleure preuve que mes vues étaient justes quand je parlais de déficits, qu'admettaient forcément les ex-trésoriers, c'est qu'il est aujourd'hui officiellement constaté, en dépit de l'habileté qu'on mettait alors à voiler la vérité, que pendant cette période où j'étais dans l'opposition, nous avons accumulé des déficits pour un montant d'audelà de $3,300,000, que de 18*75 à 1886, on avait accumulé une dette consolidée de 18 millions, et qu'à notre arrivée aux affaires nous avons trouvé toute créée, sous forme de déficits du budget ordinaire ou extraordinaire, une dette flottante de 4 millions en chiffres ronds, soit au taux d'un million par année depuis la date du dernier emprunt. Les faits sont là pour prouver que j'étais dans le vrai dans mes anciennes critiques financières. S'il y a quelqu'un qui ne devrait pas se permettre de retours sur le passé, n'est-ce pas l'honorable député de Montmorency, un homme qui a dit blanc et noir .sur la même question, qui, dans le temps même où ses chefs admettaient des déficits» venait froidement dire à la chambre qu'il n'y avait pas de déficits lorsqu'il y en avait entre les recettes et les dépenses ordinaires de $300,000 à $500.000, par année, d'après les déclarations officielles de ses propres amis, et qu'on accumulait une dette flottante d'audelà d'un million par année ?
Quant à moi, mes critiques des précédentes administrations appartiennent aujourd'hui à l'histoire ; on les trouvera dans le H'insard de 1884, 85, 86, 87. Que les personnes compétentes en la matière les examinent consciencieusement, elles constateront que mes calculs n'étaient que trop bien fondés. Ou l'honorable député ne les a pas compris, et cela ne
m'étoniierait pas, car ils contenaient des opérations de caisse et des états de comptabilité qu'un simple théoricien comme lui ne saurait saisir ; ou il a réussi à les comprendre, et alors il trompe sciemment la chambre et le pays sur les véritables conclusions de ces discours, dont le but était de démontrer sous son jour réel une situation financière qu'on admettait bien, il est vrai, être tendue et critique, mais qu'on n'en cherchait pas moins à voiler par une fausse comptabilité, de peur de donner l'éveil au publie avant les élections.
Tout le monde se rappelle les longs discours que savait faire l'honorable député de Montmorency à cette époque pour prouver ce qui n'était pas ; ses amis trouvaient la situation difficile, critique, lui la trouvait excellente, florissante ; eux admettaient des déficits, lui refusait de rien voir de tel. C'est le même homme qui vient aujourd'hui dénoncer comme des hérésies tous mes calculs passés et présents, soit quand j'étais dans l'opposition, soit comme trésorier. Voilà le critique consciencieux qui x>rétend avoir réfuté mon exposé budgétaire séance tenante, avant même d'avoir pu le lire et l'étudier attentivement, mettant à me répondre un empressement qui enlève à sa prétendue réfutation le cachet de la vraisemblance et de toute étude sérieuse sur la question. Il y a une certaine dose de prétention qui est permise, mais celle-là dépasse toutes les bornes.
Mais avant de disséquer les chiffres dont il a fait usage dans sa critique, étudions un instant quel était l'état financier de la province le 31 janvier 1881, date de notre entrée à l'administration ; ce coup d'oeil rétrospectif permettra à la chambre et au pays de voir lequel des deux est le plus digne de foi, de mon honorable ami ou de moi.
Voici quelle était cette situation financière à cette date, d'après les états officiels préparés par les officiers préposés à cett ! fin.