‹ La situation financiere de la Province de Quebec en 1889, discoursChapitre 4 sur 22 · ÉTAT DE LA CAISSE LE 31 JANVIER · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA CAISSE LE 31 JANVIER

Nous avons prêté le serment d'office le 29 janvier et nous sommes entrés en charge le 31. En arrivant au trésor, j'ai demandé à M. Machin, le sous-trésorier, un état de la caisse ainsi que des recettes et des dépenses pour le reste de l'exercice en cours. Cet état me fui r .mis peu de temps après. Je constatai que tout ce que nous avion- en banque d'argent disponible pour payer les dépenses ordinaires du service public, c'était l'énorme somme de $19.240.49, c'est-à-dire $15,540.86 à la Banque Union et $3,699.63

à la Banque des Cantons de l'Kst. Je constatai, d'un antre côté, que le 31 janvier, le compte du gouvernement à la Banque de Montréal accusait un découvert de $21,568.05, qu'il y avait au bureau du trésor pour $11,832.88 de mandats en souffrance et un ordre en conseil autorisant le paiement d'une somme de $35,000 à la compagnie du chemin de fer de la Baie des Chaleurs, à compte de son subside, c'est-à-dire qu'il y avait $71,400.98 de réclamations dues et exigibles et seulement $19,240.49 en disponibilité pour acquitter ces dettes, de sorte qu'il y avait un découvert de $52,160.44.

La perspective pour les trois mois compris entre le 1er février et le 1er mai était encore plus désolante que l'état de la caisse. Mon prédécesseur avait retiré toute la partie du subside fédéral payable au mois de janvier et l'avait dépensée. Les autres revenus un peu considérables, les recettes provenant des licences et des bois, ne se paient qu'en mai et juin, de sorte que nous ne pouvions compter que sur un revenu comparativement nul pour ces trois mois. D'un autre côté, les paiements à faire durant ces mêmes mois sont considérables. < >utre celles de la session, il y a le service semi-annuel de l'intérêt sur une bonne partie de notre dette consolidée, qui doit être fait avant mai, vu que cet intérêt devient dû le 1er mai en Angleterre. Enfin, le sous-trésorier m'informa que pour ces trois mois il fallait faire face à un découvert de $638,369.44 ; il me soumit un état constatant que les paiements s'élèveraient à $1,049,459.93 et les recettes, seulement à $411,090.49, y compris les $19,240.49 d'argent en banque et disponible le 31 janvier 188*7.

J'ai cité en détail, dans mon exposé financier de 1887, ces tableaux de recettes et des paiements préparés par les employés de mon département, et établissant que les montants à payer du 31 janvier au 1er mai 1887 s'élèveraient à $1,049,459.93 et les recettes à encaisser pour la même période à $411,090.49. On pourra les vérifier en consultant le Hansard de 1887, p. 425.

Pour parer au découvert, il n'y avait pas d'autre ressource que celle d'un emprunt. Mon prédécesseur l'avait si bien compris que peu de jours avant la démission du gouvernement Ross, il avait donné à M. Machin instruction de préparer un ordre en conseil pour se faire autoriser à emprunter $250,000. Cet ordre en conseil aurait été passé et l'emprunt aurait été contracté par l'honorable député de Sherbrooke, si la démission du gouvernement Ross et la défaite du gouvernement de l'honorable député de Montcalm n'étaient pas venues mettre un terme à ces opérations.

Il n'est pas hors de propos de constater que. dans le temps où l'honorable député de Sherbrooke se préparait ainsi à faire un emprunt de $250,000. il venait d'encaisser la partie du subside fédéral payable au mois de janvier, c'est-à-dire qu'il venait de recevoir du gouvernement fédéral la somme de $571.086.40. A même cette recette il avait remboursé, sur les $750,000 d'emprunts temporaires en caisse le 30 juin 1886. une somme de $250,000, attendu que la banque ne voulait pas continuer ce prêt à 44 o/o. et c'était sans doute pour remplacer ces $250.000 qu'il voulait emprunter une somme similaire.

Toilà quelle était la situation de la caisse quand nous sommes entrés en charge. Ce qui me surprend, c'est que les amis du gouvernement, qui nous a légué une si triste succession, aient eu le courage de nous accuser de gaspillage, même de pillage, quand nous n'avons trouvé qu'une caisse vide.

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